La séance plénière du mercredi 16 octobre 2024 à l’Assemblée nationale, consacrée à l’examen de la reddition des comptes de l’exercice 2023 et à la loi rectificative du budget 2024, a révélé une tension palpable entre les députés et les membres du gouvernement.
Le mécontentement des députés trouve son origine dans la crise sociale qui secoue le pays. Le cycle primaire des écoles publiques est paralysé depuis plus de deux mois en raison d’une grève généralisée des enseignants, et la situation ne semble pas s’améliorer.
La rentrée scolaire ayant eu lieu en septembre, les élèves restent sans cours. Cette crise a été amplifiée par le mouvement de grève des médecins du Syndicat des médecins du Congo (SYNAMED), qui réclament, entre autres, des revalorisations salariales et de meilleures conditions de travail.
Ce climat d’insatisfaction sociale a profondément marqué les débats à l’Assemblée nationale. Les députés, toutes tendances confondues, ont fait preuve d’une fermeté inattendue envers le gouvernement, à l’instar d’Eliezer Ntambwe, Godé Mpoy, Steve Mbikayi etc.
Lors de la plénière, plusieurs députés ont dénoncé l’inaction du gouvernement face à ces crises.
Godé Mpoy, visiblement en colère, a lancé un avertissement sans équivoque : « Payez les enseignants ou dégagez. » Pour lui, il est incompréhensible que le gouvernement puisse se vanter d’un excédent budgétaire au 30 juin 2024 alors que les fonctionnaires de l’État, y compris les enseignants et les médecins, ne perçoivent pas leurs salaires.
Le député national a également menacé de déposer une motion de censure contre certains ministres si la situation ne s’améliorait pas rapidement. « Si vous ne régularisez pas la paie des agents de l’État, je serai le premier à initier une motion de censure contre ce gouvernement », a-t-il déclaré, exprimant ainsi la frustration des élus et de leurs électeurs.
Steve Mbikayi souhaitait même qu’un ou deux ministres puissent tomber. « En principe, c’est le Ministre des finances (Nicolas Kazadi) qu’on devrait faire tomber, mais il est déjà parti. Cependant, comme son homologue du Budget est toujours là (Aimé Boji), il doit être sanctionné. », a-t-il indiqué
La situation est d’autant plus critique que les revendications des enseignants, bien que récurrentes, prennent une ampleur inédite en raison de la crise économique qui affecte le pays. Les enseignants réclament non seulement des revalorisations salariales, mais aussi des primes et une amélioration globale de leurs conditions de travail.
Ces revendications sont partagées par les médecins du SYNAMED, qui, après plusieurs avertissements, ont entamé une grève illimitée le 15 octobre 2024. Ils exigent également une reconnaissance des risques liés à leur profession ainsi que la régularisation de la situation des médecins diplômés, dont certains attendent depuis plusieurs années une mécanisation.
Face à ce marasme économique généralisé, le gouvernement de Judith Suminwa se trouve dans une position délicate. Malgré les efforts de la Première ministre pour apaiser les tensions, notamment en appelant au patriotisme et en réaffirmant l’engagement en faveur de la gratuité de l’enseignement primaire, les résultats concrets se font attendre. Même les discussions entamées avec les syndicats des enseignants, menées par le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique et le ministre de l’Éducation nationale, n’ont pas encore permis de débloquer la situation.
Dans ce contexte, les députés de l’opposition comme de la majorité semblent déterminés à faire pression sur l’exécutif pour obtenir des réponses rapides aux crises qui touchent les secteurs essentiels du pays. Des membres influents du gouvernement risquent de perdre leurs postes si des mesures concrètes ne sont pas prises dans les jours à venir.
RC

