Dans cette réflexion, le Professeur Paul-René Lohata analyse l’absence d’idéologie et de projet de société au sein des partis politiques congolais, un problème chronique qui gangrène la sphère politique nationale. En prenant pour exemple l’attitude confuse du Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) et de son président, Jean-Pierre Bemba, au sujet de la révision ou du changement de la Constitution, il pointe du doigt le manque de cohérence et de vision dans les prises de position politiques. Ce cas récent, qui a dominé l’actualité congolaise ces dernières 48 heures, symbolise le dysfonctionnement structurel des partis, davantage tournés vers les intérêts individuels que collectifs.
Le Professeur Lohata invite ainsi à une réflexion profonde sur le besoin de renouveler la classe politique, condition sine qua non pour redonner espoir au peuple congolais et crédibilité au pays sur la scène internationale. Ci-dessous, lisez cette réflexion
Entre le peuple et la mangeoire, le choix est clair en RDC. On le savait : rares sont les partis politiques qui ont une idéologie ou un projet de société, raison pour laquelle le vagabondage politique règne en RDC avec une progression géométrique. Les partis politiques congolais sont des organisations dont la logique du champ politique les éloigne largement, voire totalement, des préoccupations populaires. Leur caractère hypertrophique montre qu’il n’y a pas d’idéal commun ou collectif, mais un fonctionnement isolé, individualiste et personnalisé.
En leur sein, les intérêts du fondateur et de sa famille l’emportent sur les quelques rares membres adhérents qu’ils comptent. C’est une nouvelle forme de la loi d’airain de l’oligarchie (R. Michels), teintée de népotisme, qui s’exerce sur eux. Pire encore, aujourd’hui, on assiste avec le MLC à une attitude déshonorante. Tenez : pas plus tard qu’il y a 24 heures, le secrétaire général de ce parti, probablement avec l’aval de son président (car si c’était le contraire, il aurait été révoqué), s’est permis de remettre en cause la position officielle de Jean-Pierre Bemba. Ce dernier a déclaré mercredi, sur Top Congo, que le changement de la Constitution n’est pas constitutionnel, tout en exprimant un penchant pour une révision constitutionnelle. Il a cité certains articles révisables, notamment celui relatif à l’élection des gouverneurs au suffrage universel indirect, en faveur d’un suffrage universel direct.
Le jeudi soir, après une réunion des dirigeants de ce parti, le secrétaire général Babala déclare que le MLC est totalement d’accord avec l’option du changement préconisée par le Président de la République (Top Congo du vendredi 6 décembre 2024).
Comment espérer le développement avec une classe politique de cet ordre ? Comment encore attendre que la communauté internationale nous prenne au sérieux ? Et enfin, comment éduquer la jeunesse ?
En tout état de cause, il faut inventer un nouvel homme congolais, une nouvelle classe politique et de vrais partis politiques, en sortant du Made in RDC. Dans ce pays, le déficit anthropologique est grand et chronique.
Professeur Lohata Tambwe Okitokosa Paul-René

