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Kabila entre dans l’arène par Goma : retour d’un stratège ou début d’un fiasco annoncé ? (Par David Otshudiema)

Le vendredi ,18 avril 2025, l’ancien président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange a fait une entrée remarquée à Goma, ville sous contrôle de la coalition M23-AFC, dans la partie Est du pays, encore en proie en insécurité. Un retour soigneusement orchestré, presque théâtral, dans un contexte où le pays vacille sous le poids d’un conflit asymétrique. Les bruits de bottes se mêlent aux échos politiques, et une question brûle toutes les lèvres : Kabila revient-il pour « libérer » ou pour conquérir ?

Un retour aux allures de manœuvre

Goma n’est pas un choix innocent. Ville stratégique, au cœur du territoire contrôlé par des groupes rebelles que Kinshasa accuse justement Kabila de soutenir dans l’ombre. Tout comme Corneille Nangaa, autre ex-haut cadre de l’État devenu acteur de l’insurrection, Kabila semble aujourd’hui incarner cette frange de la vieille garde qui croit encore pouvoir imposer le silence des armes à la voix des urnes.

Avec des réseaux encore vivaces dans l’armée, dans les circuits financiers et diplomatiques, l’ancien raïs n’est pas seul. Il a gardé, en politique comme à la guerre, cette capacité à tisser des alliances là où d’autres tombent dans l’isolement. Il a les moyens, il a des relais. Et surtout, il connaît la machine congolaise de l’intérieur, pour l’avoir huilée pendant plus d’une décennie.

Félix Tshisekedi : dos au mur mais regard de feu

En face, Félix Tshisekedi n’est pas le même homme qu’en 2019. Le chef de l’État s’est aguerri. Certes, ses ennemis le disent esseulé, contesté et parfois débordé. Mais il a montré qu’il pouvait encaisser les coups sans tomber. Sa force, c’est cette opinion nationale qui n’a jamais vu d’un bon œil le retour de ceux qu’elle associe aux plaies non refermées du passé. Son bouclier, c’est cette armée qui, malgré ses fissures, tient encore debout et refuse l’humiliation d’une guerre par procuration.

Lui aussi a des cartes : une diplomatie offensive, un soutien accru des États-Unis et un appui populaire renforcé dans les zones non occupées. Le président togolais, nouvellement désigné médiateur, entre en scène au moment où l’exécutif de Kinshasa veut éviter à tout prix l’internationalisation ouverte du conflit, qui donnerait un avantage symbolique au camp rebelle.

Guerre psychologique et bataille d’image

Dans cette guerre, les armes parlent, mais l’image aussi. Qui paraîtra comme le défenseur du peuple ? Qui passera pour le traître ? Kabila a beau avoir ses contacts, ses troupes, ses plans… il affronte un peuple jeune, mieux informé, qui ne veut plus être spectateur de son destin.

Tshisekedi, lui, joue la montre et le terrain. S’il parvient à éviter l’encerclement politique, s’il réussit à contenir les offensives militaires à l’Est, il pourra transformer cette tentative de retour en baroud d’honneur de son prédécesseur.

Alors, échec ou victoire ?

Tout dépendra de la suite. Si Kabila veut vraiment « reconquérir » le pouvoir par la ruse des armes, il devra affronter la triple réalité : un peuple lassé de la guerre, une armée qui, malgré ses fragilités, ne s’est pas effondrée, et un président qui n’a pas dit son dernier mot. Il ne suffit pas de connaître les failles du système pour le renverser. Il faut encore être capable de s’imposer comme alternative crédible. Or, le souvenir du régime Kabila n’est pas tendre dans les cœurs congolais.

Tshisekedi, pour sa part, devra sortir de la gestion classique. Le moment est venu de passer à une stratégie de survie politique. La guerre n’est pas qu’une question de munitions, elle est aussi une question de narration. Celui qui gagnera l’histoire gagnera le pouvoir.

Conclusion : la partie ne fait que commencer

Le rideau vient à peine de se lever. Kabila est entré en scène, mais c’est le peuple congolais qui, au final, décidera qui mérite d’occuper le fauteuil présidentiel. Entre le come-back d’un général de l’ombre et la résistance d’un chef en exercice, l’issue reste incertaine. Mais une chose est sûre : en RDC, le pouvoir ne se donne pas. Il se conquiert… ou il se défend avec rage.

David Otshudiema
Enseignant-chercheur, Conférencier,
Spécialiste en droit pénal et politique criminelle

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