Le club emblématique du Sud-Kivu traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Quatre défaites consécutives, dont deux par forfait, symbolisent la descente aux enfers d’une équipe autrefois crainte sur les pelouses de la Linafoot. Entre manque de moyens, gestion chaotique et désintérêt apparent de la direction, le mythe Bukavu Dawa semble vaciller.
La saison 2025–2026 a démarré sous de mauvais auspices pour les « Corbeaux » de Bukavu.
La préparation n’a été lancée qu’à moins de deux semaines du coup d’envoi du championnat, un retard qui a lourdement pesé sur la performance de l’équipe.
Pire encore, les 4 000 dollars d’affiliation exigés par la Linafoot n’ont été réunis qu’après le début de la compétition, preuve d’un manque criant de planification et de ressources financières.
À ces difficultés s’ajoute une scène devenue virale sur les réseaux sociaux :
des joueurs de Bukavu Dawa transportés à bord d’une moto-tricycle à Kindu.
En prélude à la rencontre contre Dauphin Noir, le club s’est déplacé avec une délégation d’une vingtaine de personnes seulement.
Faute de moyens logistiques, une partie de l’effectif a dû emprunter ce véhicule rudimentaire pour rallier le lieu d’hébergement.
Ces images, humiliantes pour une institution aussi historique, traduisent l’ampleur de la crise qui frappe le club : désorganisation, pauvreté structurelle et absence de leadership.
Derrière ce chaos, un nom revient avec insistance : Aimé Boji Sangara, président du club depuis 2022.
Son premier mandat arrivé à terme, le dirigeant a menacé de se retirer tout en conservant le contrôle du processus électoral via son secrétaire, Boka Boroto.
Une attitude qui alimente les critiques au sein des supporters et des observateurs, certains y voyant une manœuvre politique visant à conserver son influence sur le club.
Réélu à la tête de la coordination, Boji n’a jusqu’ici posé aucun acte concret pour redresser la situation.
Pas de communication avec les supporters, pas de programme sportif clair, ni de soutien financier visible.
Entre-temps, plusieurs joueurs de la saison dernière ont quitté le navire, parfois transférés dans des conditions opaques.
Bukavu Dawa a déjà enregistré deux forfaits cette saison.
En cas de troisième, le club serait automatiquement exclu de la Linafoot, une catastrophe sportive et symbolique pour toute la région du Sud-Kivu.
Pour certains passionnés, le simple fait de voir l’équipe se présenter sur la pelouse relève désormais de l’exploit.
« Le résultat importe peu, confie un fan abattu. Ce qui compte, c’est que le club ne disparaisse pas. »
Face à cette situation dramatique, des bénévoles et anciens du club tentent de maintenir Bukavu Dawa en vie, parfois au prix de lourds sacrifices personnels.
Des élans de solidarité se multiplient à Bukavu et dans la diaspora pour tenter de soutenir financièrement le club.
Mais la survie des « Corbeaux » passe avant tout par une refondation en profondeur : transparence dans la gestion, mobilisation des supporters et engagement réel des autorités sportives.
Sans cela, l’un des clubs les plus historiques du Congo risque de disparaître dans l’indifférence générale.
Isaka Kijana

