En République démocratique du Congo, l’ignorance de la loi semble être devenue une norme sociale plutôt qu’une exception. Pourtant, le principe selon lequel *nul n’est censé ignorer la loi* est clairement consacré par la Constitution, notamment à son article 62, qui rappelle le caractère obligatoire du respect des textes légaux. En théorie, l’ignorance de la loi n’exonère donc personne de sa responsabilité et demeure punissable.
Dans la pratique cependant, ce principe fondamental est largement bafoué. Des citoyens ordinaires aux agents de l’État, nombreux sont ceux qui agissent en dehors du cadre légal, souvent par méconnaissance, mais plus fréquemment par indifférence ou par calcul. La loi est perçue comme lointaine, abstraite, voire facultative, tandis que l’autorité d’un supérieur, d’un chef ou d’une personnalité influente s’impose comme la véritable référence.
Cette situation révèle une crise plus profonde de la culture juridique. L’État peine à vulgariser les lois, à les rendre compréhensibles et accessibles à tous. En parallèle, l’impunité persistante affaiblit la portée dissuasive des textes : lorsque la violation de la loi n’entraîne aucune conséquence réelle, son respect devient optionnel.
Le paradoxe est frappant : la Constitution affirme l’obligation de connaître et de respecter la loi, mais le système tolère son ignorance quotidienne. Cette contradiction fragilise l’État de droit et entretient une société où la règle écrite cède face aux rapports de force et aux intérêts particuliers.
Tant que la loi ne sera pas incarnée par des institutions crédibles et appliquée de manière équitable, elle restera un principe proclamé mais rarement vécu. Restaurer le respect de la loi en RDC passe donc autant par l’éducation civique que par l’exemplarité des dirigeants et la fin de l’impunité.
Martin Tadiya, Actu2.cd

