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International

Prorogation du mandat de la MONUSCO : Pékin et Moscou fustigent toute instrumentalisation politique de la mission en RDC

Alors que le conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo fait rage, le Conseil de sécurité a choisi la voie de la continuité  du mandat de la MONUSCO. La décision a été votée vendredi 18 Décembre 2025 par ses 15 membres. Ils ont prorogé à l’unanimité le mandat de la mission de maintien de la paix de l’ONU dans le pays pour une durée d’un an.   

Elle devait pourtant fermer ses portes. En février 2024, le Conseil avait entamé le retrait progressif de la mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) des trois provinces de l’Est où elle était déployée depuis 1999, à commencer par le Sud-Kivu. Mais le contexte géopolitique a depuis fortement changé.

Le texte, porté par la France, acte de fait une pause dans le processus de désengagement progressif précédemment annoncé, en raison de la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.

Cette prolongation du mandat de la MONUSCO continue de révéler de profondes lignes de fracture au sein du Conseil de sécurité. Vendredi les représentants de la Chine et de la Russie n’ont pas gardé silence face au role que devrait incarner réellement la mission onusienne dans un pays comme la RDC.

Selon l’ambassadeur chinois, Sun Lei , la mission onusienne en République démocratique du Congo ne doit en aucun cas être façonnée selon les agendas politiques ou stratégiques de certains États. Pour Pékin, toute tentative de personnalisation de la MONUSCO au profit d’intérêts égoïstes fragiliserait non seulement sa crédibilité, mais aussi son efficacité sur le terrain congolais.

L’ambassadeur Sun Lei, a souligné que le Conseil de sécurité devait impérativement préserver l’indépendance, la neutralité et l’autorité de la MONUSCO, tout en respectant les fondements mêmes des opérations de maintien de la paix. Pékin estime que ce n’est qu’à ces conditions que la mission pourra conserver la confiance et le soutien de l’ensemble des États membres, ainsi que des populations concernées.

La Russie a, pour sa part, mis l’accent sur le respect des engagements pris par les parties au conflit. L’ambassadrice Anna Evstigneeva a appelé les acteurs impliqués dans le cessez-le-feu à appliquer scrupuleusement la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qu’elle considère comme un cadre essentiel proposant des solutions clés pour mettre fin à un conflit qui continue de faire souffrir des millions de Congolais et d’habitants des pays voisins.

Avant le vote, l’ambassadeur français Jérôme Bonnafont a expliqué que la résolution visait à maintenir la MONUSCO en première ligne pour accompagner les efforts de paix, notamment ceux de l’Union africaine, des médiations régionales conduites par le Togo, ainsi que les initiatives diplomatiques soutenues par les États-Unis et le Qatar. Selon Paris, la mission doit jouer un rôle central de soutien, en coordination avec les organisations sous-régionales et les facilitateurs internationaux.

S’agissant du cessez-le-feu, la France a défendu une approche graduelle. La MONUSCO est désormais autorisée à appuyer la surveillance d’un cessez-le-feu permanent, notamment à travers le mécanisme issu des discussions de Doha et les dispositifs régionaux. Toutefois, le Conseil de sécurité se réserve la possibilité de revoir ultérieurement les modalités de cet engagement, sur la base des propositions du Secrétaire général de l’ONU et de l’évolution de la situation sur le terrain. Pour la diplomatie française, cette méthode traduit un compromis entre des positions parfois divergentes au sein du Conseil.

Un mandat recentré sur une crise persistante

Dans le fond, la résolution entérine une réalité : les conditions ne sont pas réunies pour une réduction significative de la présence onusienne. Le Conseil rappelle que le retrait progressif de la MONUSCO reste strictement conditionné à un renforcement simultané des capacités et de l’autorité de l’État congolais, un objectif encore loin d’être atteint dans l’est du pays.

La reprise des combats, l’effondrement de l’accès humanitaire et la multiplication des déplacements forcés ont rendu politiquement et sécuritairement impossible toute accélération du désengagement. Le texte souligne d’ailleurs que la zone principale d’opérations de la MONUSCO demeure le Nord-Kivu et l’Ituri, tout en autorisant des activités de surveillance liées au cessez-le-feu au Sud-Kivu. Une cartographie du mandat qui épouse celle d’une crise marquée par des fronts mouvants et des fractures communautaires profondes.

Sur le terrain, la mission est appelée à évoluer sur une ligne étroite : protéger les civils sans se substituer à un État souverain, soutenir les forces congolaises tout en conditionnant son appui au respect strict du droit international humanitaire. La résolution insiste également sur l’application rigoureuse de la politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme des Nations Unies. Toute assistance aux opérations conjointes qui ne respecterait pas ces principes devra être suspendue.

Une mission contestée mais toujours incontournable

Sur le plan politique, le Conseil de sécurité réaffirme son soutien aux efforts de médiation, de Luanda à Nairobi, de Washington à Doha, tout en rappelant le rôle central de l’Union africaine dans la recherche d’une solution durable. Il autorise également la MONUSCO à appuyer la mise en œuvre d’un cessez-le-feu permanent, à condition que celui-ci dépasse le stade des engagements diplomatiques pour se traduire concrètement sur le terrain militaire.

Dans un pays où la présence onusienne est régulièrement contestée par une partie de l’opinion publique, la résolution insiste enfin sur l’importance d’une communication stratégique renforcée. La mission est appelée à mieux expliquer son mandat et à lutter contre les campagnes de désinformation qui fragilisent sa légitimité.

Plus de 25 ans après le déploiement des premières opérations de paix en RDC, la MONUSCO reste l’une des missions les plus robustes et les plus exposées de l’ONU. Malgré son retrait du Sud-Kivu, elle compte encore près de 10 000 Casques bleus et plus de 1 000 policiers déployés principalement au Nord-Kivu et en Ituri, une province également confrontée à la prolifération de groupes armés.

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