Le président rwandais Paul Kagame traverse l’une des périodes les plus sensibles de son règne. En quelques mois, une succession d’événements diplomatiques, sécuritaires et financiers est venue fragiliser l’image d’un pouvoir longtemps présenté comme solide et stratégiquement protégé sur la scène internationale.
En janvier 2026, Kigali a officiellement reconnu sa collaboration avec les groupes armés opérant dans l’Est de la République démocratique du Congo, mettant fin à des années de dénégations malgré de nombreux rapports des Nations unies. Cet aveu a accentué la pression diplomatique sur le Rwanda, accusé d’ingérence directe dans le conflit congolais, et ravivé les critiques de plusieurs partenaires internationaux.
Sur le plan interne, le chef de l’État rwandais a procédé à des nominations sécuritaires sensibles, notamment au sein de l’armée et de l’aviation, traduisant un climat de méfiance accrue et une volonté de renforcer sa sécurité personnelle face à un environnement régional devenu incertain.
À ces tensions s’ajoute désormais un bras de fer juridique avec le Royaume-Uni. Le Rwanda a annoncé mardi avoir engagé une procédure d’arbitrage contre Londres à la suite de l’annulation du Partenariat pour la migration et le développement économique (MEDP). Selon un communiqué officiel, Kigali a soumis, le 24 novembre 2025, une notification d’arbitrage à la Cour permanente d’arbitrage, conformément à l’article 22 du traité bilatéral, ouvrant formellement une procédure contentieuse.
Le gouvernement rwandais rappelle que le MEDP, entré en vigueur le 25 avril 2024 à la demande du Royaume-Uni, visait à dissuader les migrations irrégulières et à répondre aux déséquilibres économiques mondiaux. Kigali affirme que cet accord s’inscrivait dans sa politique d’accueil des réfugiés. Toutefois, en juillet 2024, le nouveau Premier ministre britannique avait déclaré l’accord « mort et enterré », sans notification préalable, selon le Rwanda.
Kigali indique également que Londres a refusé d’honorer deux paiements de 50 millions de livres sterling dus en 2025 et 2026, et n’entend plus organiser la réinstallation de réfugiés vulnérables. Trois griefs ont été soulevés dans la procédure arbitrale, portant sur des violations financières et humanitaires du traité.
Entre isolement diplomatique croissant, crispations sécuritaires et contentieux internationaux, l’étau semble désormais se resserrer autour de Kigali, plaçant Paul Kagame face à une séquence politique parmi les plus délicates de son histoire.

