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Kananga : une enveloppe présidentielle à l’origine d’une bagarre entre chefs coutumiers de Demba

La récente visite du président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, à Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï-Central, continue de susciter des réactions contrastées. Un incident survenu à l’issue de la remise d’une enveloppe dite « de transport » aux chefs coutumiers des territoires de Demba a jeté une ombre sur un moment qui se voulait symbolique et rassembleur.

Selon plusieurs témoignages concordants, après la remise de l’enveloppe par le Chef de l’État, l’un des chefs coutumiers aurait tenté de s’enfuir avec une part jugée importante de la somme destinée au groupe. La situation a rapidement dégénéré : l’homme a été rattrapé non loin de la paroisse Saint-Laurent par ses collègues, provoquant une altercation publique qualifiée par de nombreux observateurs de scène « de mauvais goût », indigne du rang des acteurs impliqués.

Le regard critique des intellectuels

Une élite n’a pas tardé à s’emparer de l’affaire, y voyant l’illustration d’une pratique politique décriée : la monétisation systématique de la participation citoyenne. Pour ses détracteurs, cet épisode dépasse le simple fait divers et révèle un problème plus profond lié à la culture politique congolaise.

Dans une analyse largement relayée, le professeur Paul-René Lohata Tambwe Okitokosa, directeur de SSCEPLA, replace l’incident de Kananga dans une dynamique sociopolitique plus large. Selon lui, la dispute autour de quelques dollars, survenue dans le sillage de la présence du Chef de l’État, met en évidence une conception dominante du militantisme politique assimilée au pourboire.

En République démocratique du Congo, explique-t-il, participer à une réunion politique, coller des affiches, manifester pour ou contre le gouvernement ou même dénoncer une agression extérieure est souvent conditionné par le versement d’une somme d’argent. Le fameux cri de « transport ! » lancé par les foules avant la fin des meetings est devenu un rituel banal, mais révélateur.

Certes, l’« économie de la rétribution du militantisme », concept développé par le politologue Daniel Gaxie, existe aussi dans les démocraties occidentales. Toutefois, rappelle le professeur Lohata, elle y est réservée à des militants quasi professionnels, engagés de manière permanente dans la gestion des partis. En Afrique, et particulièrement en RDC, l’engagement politique est trop souvent perçu comme une source immédiate d’avantages pécuniaires.

Ce phénomène rend difficile l’inculcation du civisme, de la citoyenneté et du patriotisme. Le paradoxe est frappant : les amateurs de football peuvent parcourir à pied de longues distances — de Masina au stade — sans la moindre contrepartie financière, alors que la politique, censée être un acte citoyen par excellence, devient un service rémunéré.

L’exemple venant d’en haut

Pour le professeur Lohata, la responsabilité est partagée. Les dirigeants africains, qui entrent souvent en politique pauvres et en sortent très riches, donnent un contre-exemple puissant. Dans ces conditions, la socialisation politique devient problématique : comment exiger de la population un comportement vertueux que les élites elles-mêmes ne pratiquent pas ?

Alors que, dans les vieilles démocraties, les citoyens cotisent pour faire élire leurs candidats, en RDC, un citoyen pauvre — même intelligent et compétent — est pratiquement exclu de la vie politique. Malgré l’égalité proclamée par la Constitution, une véritable ploutocratie s’est installée.

Qui éduque qui ?

En conclusion, le professeur Lohata dresse un constat sévère : gouvernants et gouvernés apparaissent comme des « mineurs politiques ». Les premiers pratiquent un néo-patrimonialisme au sommet de l’État ; les seconds conditionnent leur engagement au gain financier. Une question fondamentale demeure alors sans réponse claire : qui doit éduquer qui en République démocratique du Congo ?

L’incident de Kananga, au-delà de son caractère embarrassant, agit ainsi comme un révélateur brutal des failles profondes de la culture politique nationale.

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