Face à l’aggravation de la crise humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le gouvernement a réuni, mardi 17 février 2026 à Kinshasa, ses partenaires humanitaires et diplomatiques autour d’une table ronde stratégique consacrée à la protection des services essentiels en contexte de conflit.
Initiée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, cette rencontre de haut niveau, organisée au Pullman Hôtel en partenariat avec l’Union européenne (UE) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), visait à dégager des mécanismes concrets pour garantir la continuité des soins de santé, l’accès à l’eau potable et l’assistance humanitaire dans les zones les plus affectées par l’insécurité.
Garantir l’accès aux services vitaux
Dans un contexte marqué par des déplacements massifs de populations et une pression croissante sur les infrastructures sociales de base, l’enjeu est majeur : préserver la dignité humaine, protéger les civils et maintenir l’accès aux services vitaux.
Devant un parterre composé de membres du gouvernement, de partenaires techniques et financiers, de diplomates et d’acteurs humanitaires, la Cheffe du Gouvernement a donné le ton. Elle a réaffirmé l’attachement de la RDC aux principes du droit international humanitaire, insistant sur la protection des civils, du personnel médical et des infrastructures essentielles.
« Nous sommes déterminés à faciliter, dans le respect de notre souveraineté, les opérations humanitaires permettant d’assurer un accès sûr, rapide et non discriminatoire aux services essentiels dans les zones de conflit », a déclaré Judith Suminwa, saluant le rôle de l’UE et du CICR.
Vers un « compact santé »
Les conclusions de la table ronde seront examinées par la task force gouvernementale compétente en vue de l’adoption de mesures concrètes. La Première ministre a notamment évoqué la possibilité d’un « compact santé », un cadre structuré d’engagements partagés entre l’État, les partenaires techniques et financiers et les organisations humanitaires, afin de garantir la continuité des services essentiels et de renforcer la résilience des systèmes de santé locaux.
Une crise d’ampleur exceptionnelle
La situation sécuritaire dans l’Est, marquée par l’activisme des groupes armés, dont l’armée rwandaise et ses supplétifs de l’AFC/M23, continue d’aggraver la crise humanitaire. Près de 14 millions de Congolais dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire, dont environ 7 millions de déplacés internes et réfugiés, principalement concentrés dans cette région.
À l’issue des travaux, Judith Suminwa s’est entretenue avec Hadja Lahbib, Commissaire européenne chargée de la gestion des crises. Cette dernière a dénoncé les entraves persistantes au travail des humanitaires dans les zones affectées par le conflit.
Elle a pointé les difficultés d’acheminement de l’aide, les taxes et lourdeurs administratives imposées aux acteurs humanitaires, rappelant que l’action européenne repose sur les principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.
Un test pour la gouvernance humanitaire
Plusieurs membres du gouvernement, dont le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, et la ministre des Affaires sociales, Ève Bazaïba, ont pris part aux échanges.
Au-delà des engagements, cette table ronde constitue un test pour la gouvernance humanitaire en RDC. La mise en œuvre effective des recommandations, la levée des obstacles administratifs et sécuritaires ainsi que la protection des acteurs humanitaires seront déterminantes pour crédibiliser la volonté politique affichée.
Dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante, garantir l’accès aux services essentiels apparaît désormais comme un impératif vital et un marqueur fort de la priorité accordée à l’humain dans l’action publique.

