Face à 51 responsables de médias nationaux et internationaux, la ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi, a lancé un appel sans détour : « J’ai besoin de vous. Sans vous, ça ne réussira pas. »
La rencontre a visé à présenter les enjeux de la campagne de solidarité nationale, à définir des mécanismes de collaboration durable avec la presse et à recueillir ses propositions.
Des besoins immenses
La ministre a dressé un tableau des vulnérabilités dont elle a la charge : orphelins, veuves, enfants de la rue, personnes âgées, malades chroniques, mais aussi victimes de conflits, d’épidémies, de catastrophes naturelles ou d’origine humaine. Selon elle, environ 15 millions de Congolais auront besoin d’une aide urgente, pour au moins 1,4 milliard de dollars. Le pays compte plus de 7 millions de déplacés internes et plus de 90 000 femmes victimes de violences basées sur le genre. Les conflits représenteraient environ 60 % des crises humanitaires, les épidémies 25 % et les aléas climatiques 15 %. Elle cite aussi plus de 23 millions de Congolais analphabètes et environ 15 % de la population vivant avec un handicap.
L’aide extérieure s’effondre
À ces besoins s’ajoute une chute des financements. La ministre estime que la RDC a perdu plus de 70 % de son aide humanitaire, notamment avec le retrait de l’USAID, auxquels s’ajoutent environ 15 % venus du Royaume-Uni, soit près de 85 % au total. Le reste provient de philanthropes et de coopérations bilatérales. « Un responsable doit faire preuve d’initiative et de créativité », a-t-elle dit, plaidant pour une diversification des ressources, en se tournant vers les Congolais et les entreprises qui investissent dans le pays.
Une campagne désormais permanente
Lancée par le chef de l’État le jeudi 27 août, la campagne prolonge les éditions de 2022 et 2024, mais devient permanente. Elle ne remplace pas l’État, dont le Trésor public continuera d’intervenir. La Caisse de solidarité nationale, établissement public, reçoit les dons en numéraire et peut être auditée par l’IGF. La Direction générale des solidarités nationales, créée en 2008 mais jamais opérationnelle, collecte les dons en nature via des centres institués par arrêté.
Un « problème sérieux de communication »
Six semaines après le lancement, la ministre reconnaît un déficit de visibilité. « Si on n’entend rien, on n’agit pas », a-t-elle résumé. Elle ne demande pas une simple couverture ponctuelle, mais un partenariat formel et durable, conscient que la communication a un coût. Citant l’exemple de grands médias étrangers qui défendent une ligne éditoriale cohérente, sans prôner le mimétisme, elle souhaite que la presse congolaise porte avec constance « la cause congolaise ». Elle compte sur les médias publics, mais aussi sur les médias privés et les partenaires étrangers installés en RDC, pour toucher la diaspora et sensibiliser les entreprises au-delà de leur responsabilité sociétale envers leurs employés.
« Je ne veux pas échouer »
Le ton s’est fait plus personnel en fin d’intervention. « Je ne veux pas échouer dans mon mandat », a déclaré la ministre, pour qui l’échec serait de continuer à voir des personnes aveugles mendier dans la rue. Elle dit préférer « être la mendiante nationale » pour elles, par souci de dignité humaine. Elle a remercié les ONG et les confessions religieuses engagées auprès des personnes handicapées, des aînés et dans l’alphabétisation, tout en rappelant le devoir de l’État de renforcer ses capacités.
Garantissant « crédibilité, traçabilité et transparence », elle a souhaité que la souffrance d’un Congolais de Kasumbalesa, de Goma ou de Djugu intéresse ceux de Kinshasa ou de Lodja. La ministre s’est ensuite mise à la disposition des journalistes pour des questions et propositions.
Aubin Kandembi

