Image default
A la uneInternational

Capitaine Ibrahim Traoré : « Il  y a plus de putschistes au sein de la CEDEAO. Ils tuent sous silence »

Trois jours après les décisions du Mali, du Burkina Faso et du Niger de quitter sans délai la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest « CEDEAO », le Président de la transition du Burkina Faso a parlé des conditions de la rupture, de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), de la situation sécuritaire dans la sous-région, des relations avec la Russie et avec la France, dans une interview exclusive qu’il a accordée à Alain Foka, le mardi 30 Janvier et diffusée un jour après.

Sans tabou, le capitaine Ibrahim Traoré a pointé du doigt la CEDEAO qui aurait contribué à mettre à genoux l’économie et la sécurité de ces trois pays .Justifiant la raison du départ de cette organisation, il a indiqué que « Ce n’est pas de gaieté de cœur que de tourner le dos à une telle organisation mais c’est à l’issue d’une analyse profonde. Je pense que cette organisation est née à 1975 avec des chefs d’Etat, pour la plupart militaires.  Je pense que c’était une volonté donc d’intégrer les groupes, de faire de l’épanouissement de l’économie, la solidarité, de l’entraide, en tout cas des vertus panafricanistes qui ont conduit donc les chefs d’État à créer cette organisation. Malheureusement, au fil du temps, l’organisation a perdu ses valeurs là, et aujourd’hui le constat est clair, je pense que, depuis plus d’une décennie, La République soeur du Mali, du Niger sont en guerre contre le terrorisme et au Burkina bientôt près d’une décennie on est en guerre. Cette organisation qui était sensée donc créer de l’entraide, de la solidarité, nous n’avons jamais reçu d’aide venant de cette organisation aucun soldat aucune logistique, aucune compassion ».

S’agissant du putsch au Burkina Faso ou au Mali et Niger, il le soutient par le devoir de patriotisme étant donné que « la Nation était en péril ». « Si on le fait c’est parce que nous avons une envie d’emmener nos peuples donc vers une certaine souveraineté. Les coups d’état on les fait pas parce qu’on le veut c’est cette manière de voir les choses qu’il faut changer. Vous êtes d’accord avec moi que voir ces états en crise, pour faire un coup d’état et assumer ses responsabilités c’est très lourd ?mais si on le fait c’est parce que nous avons une envie d’amener nos peuples vers une certaine souveraineté parce que nous connaissons l’origine de cette crise. Je pense qu’on devrait être accompagné ? Les gens sont fiers de citer à 4 millions de déplacés dans ces contrées là mais qu’est-ce que vous faites pour les aider ?».

Et de préciser : « C’est par devoir de patriotisme lorsque la nation est en péril à un moment donné il fallait prendre des décisions importantes. S’il se trouve que ce sont les militaires qui ont le courage de prendre cette décision Eh bien c’est ce qui est là,  de toutes les façons civiles et militaires, nous sommes tous les enfants de ce pays et quiconque est animé de ce sentiment de pouvoir libérer son pays il pouvait le faire donc ce n’est pas une question des militaires. Ailleurs des militaires ont réussi ici aussi des militaires peuvent bien réussir ».

Parlant des relations avec la Russie, il faut retenir que le Capitaine Traoré a nié tout accord d’échange des minerais du Burkina Faso avec la Russie. A l’en croire, le soutien logistique qu’apporte la Russie dans l’arsénal de l’armée Burkinabé est payé. La Russie met à sa disposition ses experts qui travaillent pour former les spécialistes burkinabés. Au front du combat, selon lui, il n’y a aucun russe : les Burkinabés se battent eux-mêmes pour leur patrie.

Faits

Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, trois pays de l’Afrique de l’Ouest dirigés par des militaires arrivés au pouvoir après des coups d’Etat, ont annoncé dimanche dernier leur retrait de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision est consécutive aux relations conflictuelles entre ces trois pays et l’organisation sous régionale depuis l’évènement des coups d’Etat.

A l’origine de ces tensions, les coups d’Etat intervenus dans ces trois pays et les sanctions décidées par la CEDEAO, soutenue par la France et les Etats-Unis. L’organisation a ordonné le rétablissement de l’ordre constitutionnel dans ces pays à chaque coup d’Etat. Une injonction à laquelle les militaires au pouvoir ont refusé d’obéir.

Contre le Mali, la CEDEAO a décidé, en août 2020, de la fermeture de ses frontières aériennes et terrestres et imposé un embargo sur les échanges financiers et commerciaux, à l’exception des produits de première nécessité.

Le Burkina Faso, quant à lui, a été suspendu des instances de l’organisation.

En plus de l’interdiction de voyager aux militaires auteurs du coup d’Etat, des sanctions économiques ont coupé le Niger de bon nombre de ses partenaires commerciaux traditionnels, ce qui a aggravé l’insécurité alimentaire dans le pays.

L’institution sous régionale avait organisé plusieurs sommets extraordinaires au cours desquels d’importantes décisions ont été prises pour amener les nouvelles autorités militaires à la tête de ces pays à instaurer l’ordre constitutionnel.

Des missions ont été dépêchées dans ces pays pour négocier avec les putschistes. Ces derniers ont à plusieurs reprises demandé à l’organisation de faire lever les « sanctions illégales et illégitimes » décidées contre eux. Mais rien n’est fait, même si la CEDEAO a, à un moment donné, allégé les sanctions, notamment contre le Mali.

Ces tensions entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso et la CEDEAO ont connu un autre rebondissement la semaine dernière avec une mission de l’organisation qui a manqué sa présence dans la capitale nigérienne. Une situation qui a amené le Premier ministre Mahaman Lamine Zeine à qualifier l’institution d’être de « mauvaise foi ». Etait-ce la goutte de trop ?

La CEDEAO, pas saisie officiellement

L’organisation, dans une réaction à travers un communiqué, dit ne pas être saisie officiellement du départ des trois Etats en son sein. Toutefois, elle reste préoccupée par cette annonce et se rend disposée à trouver des solutions négociées.

« Le Burkina Faso, le Niger et le Mali restent membres importants de la Communauté et l’autorité reste déterminée à trouver une solution négociée à l’impasse politique CEDEAO », indique le communiqué de la Commission de la CEDEAO.

Il est à rappeler que le retrait de la CEDEAO est réglé par l’article 91 de la charte qui guide cette institution. Cet article stipule : « Tout Etat membre désireux de se retirer de la Communauté notifie par écrit, dans un délai d’un (1) ans, sa décision au Secrétaire exécutif qui en informe les Etats membres. A l’expiration de ce délai, si sa notification n’est pas retirée, cet Etat cesse d’être membre de la Communauté ». Et l’alinéa 2 d’ajouter : « Autour de la période d’un (1) an visée au paragraphe précédent, cet Etat membre continue de se conformer aux dispositions du présent traité et reste tenu de s’acquitter des obligations qui lui incombent en vertu du présent traité ».

Mais les trois pays ne sont visiblement pas dans ce schéma si on analyse bien le ton de leur annonce. D’ailleurs, le Mali, dans un communiqué rendu public ce lundi, a voulu clarifier la situation à la CEDEAO.

La montée de l’Alliance des Etats du Sahel (AES)

Les relations tendues entre la CEDEAO et les trois pays ont conduit ces derniers à créer l’Alliance des Etats du Sahel (AES) qui prévoit de créer sa propre monnaie.

Ce dimanche, les autorités militaires à la tête de ces pays sont allés plus loin. Ils ont annoncé leur retrait de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest sans délai.

« Leurs excellences le Capitaine Ibrahim Traoré, le Colonel Assimi Goita et le Général de brigade Abdourahamane Tiani, respectivement Chefs d’État de la République du Burkina Faso, de la République du Mali et de la République du Niger, prenant toutes leurs responsabilités devant l’histoire et répondant aux attentes, préoccupations et aspirations de leurs populations, décident en toute souveraineté du retrait sans délai du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest », lit-on dans le communiqué sanctionnant leur rencontre.

Le Niger, le Mali et le Burkina Faso estiment que la CEDEAO ne répond plus aux aspirations de leurs peuples. « Après 49 ans d’existence, les vaillants peuples du Burkina Faso, du Mali et du Niger constatent avec beaucoup de regret, d’amertume et une grande déception que leur organisation s’est éloignée des idéaux de ses pères fondateurs et du panafricanisme », souligne le communiqué.

Ils accusent l’organisation d’être « sous influence des puissances étrangères » et de représenter une « menace pour ses Etats membres et ses populations dont elle est censée assurer le bonheur ».

La CEDEAO, ont-ils ajouté dans le document, ne leur a apporté aucune assistance dans leur lutte contre le terrorisme. Au lieu de cela, elle leur a plutôt imposé des sanctions « illégales, illégitimes, inhumaines et irresponsables, en violation de ses propres textes » qui portent préjudice à leurs peuples. C’est donc pourquoi ils ont décidé de « prendre leur destin en main ».

Aubin KANDEMBI

 

Articles similaires

Ce mercredi au Sénat : débat général en plénière du règlement intérieur

Rédaction

Vers le renforcement de la sécurité frontalière entre la RDC et le Congo : Peter Kazadi échange avec son homologue Raymond Zéphirin Mboulou !

Rédaction

Soudan : l’officier Abu Lulu, le visage de la terreur des FSR, diffuse des exécutions horribles sur TikTok

GLMLuban

« Ce n’est pas une élection, c’est un couronnement » : Samia Suluhu au cœur de la tourmente

GLMLuban

RDC : Les résultats provisoires des ligislatives nationales et provinciales sont attendus le 3 janvier 2024 !

Rédaction

CAN 2025 : le Sénégal gâte ses joueurs,133 000 USD à chacun et des hectares de terrains…

Rédaction