Le sénateur André Ipakala exprime son indignation face à la banalisation du vaste projet d’asphaltage de la RN4. Il insiste sur la nécessité de réorganiser la cérémonie de lancement, avec la présidence du chef de l’État lui-même. La RN4, une route essentielle reliant Kisangani à Beni sur 741 km, est depuis des décennies en terre battue, entraînant des perturbations majeures dans la circulation et des hausses de prix exorbitantes. Les usagers et les riverains sont témoins, de manière sporadique, des scènes chaotiques où des centaines de véhicules, chargés de marchandises et de carburant, restent bloqués sur cette artère au péril des vies des voyageurs qui y passent des nuits entières dans des conditions inhumaines.
Il soutient que les plus récents projets d’envergure ont bénéficié du soutien financier de la Banque mondiale. À chaque fois, des milliers de dollars américains ont été débloqués par le gouvernement central et les provinces concernées le long de cet axe routier pour sa réhabilitation.
Les derniers grands travaux, soutient -il, sur la RN4 remontent à 2004, financés par la Banque mondiale pour remettre la route en état après plusieurs années de fermeture et d’impraticabilité.
Ces travaux, d’un coût de 400 millions de dollars USD, ont été réalisés par deux entreprises étrangères, la chinoise SINO-HYDRO et la libanaise TABET, travaillant respectivement depuis Beni et Kisangani, avec pour point de jonction la cité de Bafwasende, chef-lieu du territoire du même nom au pk262.
Après la réhabilitation, la circulation sur la RN4 est devenue fluide. Les conducteurs pouvaient y rouler aisément, réalisant le trajet Kisangani-Beni en moins de 6 heures.
Déclin inédit
Selon ses observations, le Sénateur André Ipakala avance que c’est depuis l’ère florissante de la Transition 1+4 et une partie du premier mandat de la 3ème République que la RN4 se détériorait. Son état actuel nécessite des investissements considérables pour sa réhabilitation. Bien que sollicitée à maintes reprises pour financer son asphaltage , la Banque mondiale a toujours refusé. Cependant, cette institution de Bretton Woods est désormais prête à soutenir sa réhabilitation en tant que route non goudronnée.
Plaidoyer
Lors d’une audience accordée au caucus des députés nationaux de la Tshopo par le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, du gouvernement de coalition FCC-CACH, l’asphaltage de la RN4 a été discuté. Ce dossier a été confié au député national élu du territoire de Bafwasende par ses pairs, étant donné sa connaissance et son expérience de cette route ainsi que les difficultés qu’il endure depuis des années.
Dans son plaidoyer, André Ipakala Abeiye Mobiko a souligné le paradoxe concernant les routes en République Démocratique du Congo (RDC) devant le Premier ministre. Il a noté que des routes comme celle de Matadi entre Kinshasa et le chef-lieu de la province du Kongo Central (RN1) et de Kasumbalesa dans le Haut-Katanga sont asphaltées, bien qu’elles se trouvent dans des zones moins pluvieuses.
En revanche, selon lui, la RN4, située dans une zone sujette à des précipitations fréquentes et abondantes, est restée une route non goudronnée pendant des décennies, avec toutes les conséquences néfastes qui en découlent.
M. Sylvestre Ilunga Ilukamba a pris note de ces remarques et a constitué un dossier à ce sujet. Ce dossier a été transmis à son successeur, M. Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, de l’Union Sacrée de la Nation (USN), que le député national ( à l’époque) André Ipakala a régulièrement rencontré pour lui faire part des informations transmises à son prédécesseur par le caucus des députés nationaux de la Tshopo.
Le gouvernement n’est pas resté inactif. Il a entrepris un lobbying pour trouver un partenaire financier pour l’asphaltage de la RN4. Cette démarche a porté ses fruits, car un Accord-cadre a été signé le 26 novembre 2022 à Kinshasa entre le gouvernement congolais, représenté par le ministère des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction, et l’entreprise chinoise China Communication Construction Company LTD (CCCC), en vue de l’asphaltage et de la modernisation de la RN4.
Les travaux sont estimés à près de 1,4 milliard USD, avec une participation chinoise de 85% et congolaise de 15%. La durée prévue est de 4 ans. Selon les informations obtenues par André Ipakala auprès du ministre des Finances, Nicolas Kazadi, le gouvernement congolais a déjà versé 30 millions USD en garantie exigée par le partenaire chinois pour permettre à la Banque chinoise de débloquer les fonds nécessaires au début des travaux. Ces travaux devaient initialement commencer avant la campagne électorale des élections générales de décembre 2023, comme annoncé par le président de la République, M. Félix-Antoine Tshesekedi Tshilombo, alors candidat à sa propre réélection.
Vigilance tous azimuts
Impliqué dans le suivi des négociations entre le gouvernement congolais et l’entreprise chinoise CCCC LTD, le député national honoraire André Ipakala, également candidat au poste de sénateur, souligne que le coût de l’asphaltage de la RN4 sera supporté par ses utilisateurs. Ainsi, cinq postes de péage seront érigés entre Kisangani et Beni pour permettre à la partie chinoise de recouvrer ses dépenses. En tant que représentant du territoire de Bafwasende à la Chambre basse du Parlement pour la législature 2019-2023 et candidat sénateur n°31 de la province de la Tshopo, dont les élections se dérouleront le 29 avril prochain, il en appelle aux Bureaux Techniques de Contrôle à effectuer leur travail de manière adéquate pour que l’ouvrage réalisé par les Chinois soit conforme aux normes internationales. Parallèlement, la société civile est encouragée à jouer son rôle de contrôle citoyen, étant donné que l’argent investi provient des contribuables congolais.
Dénonciation
Le candidat sénateur actuellement en visite à Kisangani exprime son indignation face à la manière dont la cérémonie de lancement des travaux d’asphaltage de la RN4 a été minimisée. Pour André Ipakala Abeiye Mobiko, cet événement, qui aurait dû être grandiose, s’est déroulé presque en secret au pk13, à la bifurcation de l’axe routier menant à l’aéroport international de Bangboka et au poste de péage en construction sur la RN4, le dimanche 18 février 2024.
La délégation dirigée par le ministre sortant des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction, M. Alexis Gisaro, est arrivée à Kisangani discrètement pour une cérémonie expéditive avant de repartir vers Kinshasa.
Il considère que la cérémonie a été précipitée, ternissant ainsi l’image de ce projet historique, d’autant plus que plus de deux mois plus tard, les travaux n’ont toujours pas commencé. Les équipements de génie civil de l’entreprise CCCC LTD n’ont même pas encore quitté Nairobi, au Kenya, pour rejoindre la RD Congo, notamment Kisangani. Dans les provinces directement concernées par la RN4, telles que le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, la Tshopo et le Bas-Uélé, les populations sont de plus en plus impatientes.
Appel à l’implication du Chef de l’État
Ipakala Abeiye Mobiko estime que la cérémonie du 18 février 2024 doit être refaite, présidée cette fois-ci par le chef de l’État en personne, M. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. C’est ainsi qu’il pourrait honorer la Tshopo et donner du poids à ce projet crucial pour son second mandat. Il convient de rappeler qu’à l’époque du président Joseph Kabila Kabange, 60 km de la RN4 étaient asphaltés, partant de Beni jusqu’au-delà de Luna, bien que certains endroits connaissent actuellement un délabrement. Quant à l’axe Kasindi-Beni-Butembo, où des travaux d’élargissement sont réalisés par la société DOT, l’asphaltage n’a pas encore été réalisé après le remblaiement en terre battue.
Aubin Kandembi

