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Tribunes

Francophonie : Prof. Paul-René Lohata réagit au discours d’Emmanuel Macron

Lors du 19e sommet de la Francophonie, l’attitude d’Emmanuel Macron a suscité l’indignation en République Démocratique du Congo (RDC), surtout dans la sphère des intellectuels. Pour le Professeur, Paul-René Lohata, en évitant de mentionner le conflit en RDC et l’agression rwandaise dans son discours, le Président français, Emmanuel Macron a montré une préférence évidente pour Kigali, dans une logique que Léopold Sédar Senghor résumait par « l’émotion est nègre, la raison est Hélène ».  Il perçoit ce silence comme un déni de la souffrance congolaise. Paul-René Lohata déplore que Macron mette plutôt en avant la musique congolaise, comme si la danse était le seul attribut culturel au Congo. Il note que ce n’est pas la première fois que les congolais subissent ce genre de mépris. « Patrice Lumumba et Laurent-Désiré Kabila ont, dans le passé, défendu la dignité de la RDC face à des tentatives d’humiliation », rappelle-t-il dans les lignes qui suivent. Après avoir pris part,  samedi matin à la séance de travail du Grand Palais, à Paris, le Chef de l’État congolais n’a pas participé aux travaux à huis clos de l’après-midi.  Ci-dessous, la tribune du Professeur Paul-René Lohata.


L’attitude de Macron, humiliant toute la nation de Lumumba, est conforme à la logique coloniale : « l’émotion est nègre, la raison est Hélène » (L.S. Senghor). Il s’est permis, en conséquence, d’omettre volontairement, sur la liste des pays choisis de manière préméditée, de citer la RDC comme pays martyr, avec des crimes et souffrances liés à l’agression rwandaise. Pour nous endormir, il fait appel, entre autres, à la musique congolaise, comme pour dire que la danse est bonne pour les Congolais, mais que la pensée, la raison, et le droit d’avoir un pays nous seraient étrangers, confirmant ainsi l’idéologie civilisatrice et coloniale (Hegel, Céline, etc.).

Ce qui nous est arrivé il y a trois jours en France, les Congolais l’ont vécu au moins à trois reprises. Mais les réactions de P.E. Lumumba et de L.D. Kabila ont préservé notre honneur et notre dignité. Fatshi, bien que tardivement, l’a également fait en refusant le huis clos et le dernier repas des chefs d’État présents au 19e anniversaire de la Francophonie. On regrette cependant qu’il n’ait pas quitté la cérémonie à chaud, au moment du discours d’occultation et d’omission prononcé par Macron.

Lumumba, quant à lui, a répondu héroïquement sur le champ au roi Baudouin, le 30 juin 1960, lors de la célébration de notre indépendance. Le ciel ne s’est jamais écroulé. Certes, on l’a tué, mais son discours a solidifié la conscience nationale des Congolais et même des Africains. Il a, en outre, restitué la dignité et l’honneur qui nous avaient été arrachés par les colonisateurs. Ce n’était pas un acte isolé ou passager. Cinq jours après l’indépendance, le même Lumumba récidivait, en intimant l’ordre à l’officier belge le plus gradé en RDC. Lors d’une causerie liée à la mutinerie avec les forces publiques, Jansses, confondant les époques, déclara aux militaires congolais qu’après l’indépendance égale avant l’indépendance. Lumumba le convoqua et lui donna 24 heures pour rentrer chez lui en Belgique. Ce qui fut fait, et le Congo gagna ainsi en dignité.

L.D. Kabila, qui avait juré devant sa mère d’être le deuxième Lumumba, l’a prouvé. Non seulement il demanda aux Rwandais qui l’avaient aidé à renverser le régime dictatorial de Mobutu (L.D. Kabila affirma plus d’une fois que d’autres États nous avaient aidés, et non seulement le Rwanda de Paul Kagame) de rentrer dans leur pays en 1998, mettant ainsi fin à la coopération avec eux. De plus, lorsque Mathieu Kérékou, lors d’une réunion des chefs d’État africains, critiqua imprudemment le recours par l’AFDL au drapeau de l’indépendance, abandonnant celui du Zaïre de Mobutu, L.D. Kabila décida de venger le pays en créant un incident public. Informé, Kadhafi servit de médiateur entre lui et Kérékou. Ce dernier, en guise de réconciliation, remit l’or congolais que les amis de Lumumba avaient gardé à la Banque du Bénin.

Voilà comment se construit une puissance, au sens géopolitique, et comment se développe la conscience nationale. L’État ne négocie pas avec les autres pour se faire respecter, il s’impose.

Professeur Lohata Tambwe Okitokosa Paul-René

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