L’ancien président Joseph Kabila, qui s’est éclipsé de la scène politique congolaise depuis près d’un an, a échangé avec l’opposant Moïse Katumbi , la semaine dernière, du 16 au 17 décembre, à Addis-Abeba, en Ethiopie.
Au menu de leurs échanges : la situation politique, sécuritaire et socio-économique du pays avec d’énormes critiques à l’égard du pouvoir en place.
Les deux leaders trouvent inopportune et rejettent catégoriquement toute tentative de modification ou du changement de la Constitution, estimant que c’est une démarche enclenchée « pour consolider la dictature »
Cette prise de parole est rendue public au moment où le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi poursuit son itinérance dans l’espace Grand Kasaï où il ne cesse de jurer sur le pouvoir discrétionnaire du peuple, seul pouvant permettre ou non, la réforme constitutionnelle qu’il estime en déphasage avec les réalités congolaises actuelles.
Ces deux antagonistes d’hier, devenus aujourd’hui et désormais combattants de lutte, ne sont pas restés indifférents aux atrocités qui sévissent à l’Est du pays. Ils expriment leur solidarité envers ces populations victimes dans cette région privée de « paix et de liberté ».
Les deux figures de l’opposition déplorent que la communauté internationale ait jusqu’à présent toléré les « dérives du régime en place ». Elles exhortent cette dernière à abandonner son inertie et à soutenir les aspirations du peuple congolais à se libérer d’une dictature caractérisée par des violations intentionnelles de la Constitution, une mascarade électorale orchestrée en décembre 2023, ainsi qu’une impunité persistante face à de graves crimes perpétrés notamment à Goma, Lubumbashi, Kilwa, et plus récemment à la prison centrale de Makala par « les forces de défense et de sécurité ».
Kabila et Katumbi soulignent que « nul n’est propriétaire du pouvoir, mais seulement locataire, le mandat démocratique étant limité dans le temps conformément aux dispositions constitutionnelles. » Ils appellent donc les congolais à une résistance active contre la volonté manifeste du régime actuel de « trahir le pacte républicain, fruit d’un large consensus national qui a permis la réunification du pays, la stabilité et le rétablissement des institutions démocratiques ». Selon eux, cette dérive pourrait aggraver les divisions parmi la population congolaise et accélérer l’effondrement de la Nation.
Selon eux, une telle initiative viserait uniquement à renforcer la dictature en ouvrant la voie à une Présidence à vie en République démocratique du Congo.
Cette rencontre marque la deuxième fois que les deux figures politiques, autrefois alliées au sein de l’ex-majorité présidentielle, se retrouvent après leur mise à l’écart du pouvoir. En effet, en 2022, sous l’impulsion de Fulgence Muteba, archevêque métropolitain de Lubumbashi, Kabila et Katumbi s’étaient croisés pour la première fois depuis 2014, à l’occasion des assises de réconciliation organisées dans la ville minière. Voir aujourd’hui Tshisekedi aux affaires, l’un comme l’autre regrette, sans nul doute, l’ingérence des conflits qui s’étaient exacerbés à l’époque, alors Kabila président de la République…
Gustave Kabasele

