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Politique

« Kabila n’est pas l’ennemi du pays » : Adolphe Muzito a-t-il contredit Félix Tshisekedi ?

La crise sécuritaire persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo continue de peser lourdement sur la scène politique nationale, révélant parfois des divergences notables dans la communication officielle. Les récentes déclarations du président de la République, Félix Tshisekedi, et celles du ministre du Budget, Adolphe Muzito, illustrent ces tensions et relancent le débat sur la cohérence de la parole publique de l’État.

Il y a quelques mois, Félix Tshisekedi avait affirmé sans détour que « l’AFC/M23, c’est Joseph Kabila », établissant un lien direct entre l’ancien chef de l’État et la rébellion active dans l’Est du pays. Cette sortie présidentielle s’inscrivait dans un contexte judiciaire sensible, marqué par la condamnation de Joseph Kabila par la Cour militaire pour crimes de guerre et haute trahison. Une déclaration forte, à portée politique et symbolique, visant à désigner clairement des responsabilités dans un conflit qui fragilise durablement la RDC.

À contre-courant de cette ligne dure, Adolphe Muzito a adopté un ton plus mesuré. Dans un entretien accordé à France 24, le ministre du Budget a déclaré que « Joseph Kabila n’est pas un ennemi de la République démocratique du Congo », appelant à éviter toute instrumentalisation politique de la figure de l’ancien président. Interrogé sur l’hypothèse d’une arrestation ou d’un traitement extrême à son encontre, Muzito s’est voulu rassurant : « Connaissant Félix Tshisekedi, je ne le vois pas faire cela ».

Cette prise de position, loin d’être anodine, intervient dans un climat politique tendu, alimenté par les spéculations autour du rôle supposé de Joseph Kabila dans la crise sécuritaire actuelle. Son apparition surprise à Goma, en 2023, après un séjour à l’étranger, avait déjà suscité de vives inquiétudes à Kinshasa. Pour plusieurs observateurs, la condamnation judiciaire de l’ancien président viserait également à neutraliser sa capacité à fédérer une opposition interne, alors qu’il conserve un réseau d’influence encore actif.

En mai dernier, dans une rare allocution en ligne, Joseph Kabila s’était d’ailleurs présenté comme un opposant déclaré au régime en place, affirmant que « la dictature doit prendre fin » en RDC et se disant prêt à « jouer sa partition ». Une posture politique qui renforce les soupçons d’une confrontation indirecte entre les deux hommes.

La sortie d’Adolphe Muzito traduit ainsi une stratégie de communication plus prudente, distinguant le champ politique du champ judiciaire, tout en maintenant un discours de fermeté sur le plan sécuritaire. Le ministre a rappelé que l’État congolais a investi près de 5 milliards de dollars dans le renforcement des Forces armées, affirmant que si le Rwanda voulait la guerre, il l’aurait.

Dès lors, la question demeure : s’agit-il d’une contradiction ouverte entre le président de la République et l’un de ses ministres clés, ou d’une répartition calculée des rôles dans un contexte diplomatique et sécuritaire complexe ?

Martin Tadiya (Actu.cd)

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