À l’Université de Kananga (UNIKAN), un travail académique met en lumière une réalité longtemps ignorée dans le système de santé congolais. Augustin Tshibanda Muamba, étudiant finaliste en Médecine, a soutenu le samedi 7 février son mémoire de fin de cycle consacré à la tocophobie, une peur pathologique et intense de l’accouchement.
Fruit d’une recherche menée à l’Hôpital de l’Amitié sino-congolaise de Kinshasa, cette étude révèle que la grossesse n’est pas toujours vécue comme une période sereine. Derrière l’attente joyeuse, certaines femmes vivent une angoisse profonde liée à la perspective de donner naissance. Les résultats sont éloquents : 84,4 % des femmes enceintes interrogées présentent une peur élevée de l’accouchement, tandis qu’une sur quatre souffre d’une forme sévère de tocophobie. Les femmes âgées de moins de 30 ans apparaissent comme les plus exposées.
Selon l’impétrant, cette peur ne relève pas uniquement de l’émotionnel. Elle s’inscrit dans des mécanismes biologiques et psychologiques complexes, souvent renforcés par des récits sociaux anxiogènes et l’absence de prise en charge psychologique adaptée. À Kinshasa, le manque d’accompagnement mental durant la grossesse accentue cette détresse silencieuse.
La tocophobie peut avoir de lourdes conséquences : crises d’angoisse, troubles du sommeil, refus de l’accouchement par voie naturelle, voire demande de césarienne non médicalement indiquée. Dans les cas extrêmes, elle peut compromettre la santé de la mère et du nouveau-né.
Face à ce constat, Augustin Tshibanda plaide pour une intégration systématique de la santé mentale dans le suivi prénatal. Dépistage précoce, écoute bienveillante et accompagnement psychologique pourraient transformer l’expérience de l’accouchement et prévenir des traumatismes durables.
Son travail ouvre ainsi le débat sur une dimension essentielle mais négligée de la santé maternelle en République démocratique du Congo.

