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International

Pétrole à plus de 85 dollars, Gaz à 65 € : l’onde de choc du conflit s’amplifie au Moyen-Orient

Trois jours après l’embrasement militaire au Moyen-Orient, les marchés de l’énergie réagissent violemment. Le baril de Brent a franchi mardi la barre des 85 dollars, un niveau inédit depuis l’été 2024. Dans le même temps, le gaz européen a brièvement dépassé 65 euros le mégawatt-heure, retrouvant des sommets qui n’avaient plus été observés depuis janvier 2023.

À l’origine de cette flambée : la dégradation rapide de la sécurité dans une zone stratégique pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. Plusieurs infrastructures énergétiques ont été prises pour cible ces derniers jours. Des installations de traitement de gaz, des raffineries et même un terminal pétrolier à Abu Dhabi auraient été visés par des attaques de drones. Certaines compagnies ont suspendu leurs opérations par mesure de précaution, accentuant les tensions sur l’offre.

Le point névralgique de cette crise reste le détroit d’Ormuz. Large d’une cinquantaine de kilomètres, ce corridor maritime voit transiter environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. S’il n’est pas officiellement fermé, il est devenu extrêmement risqué à emprunter. Les assureurs revoient fortement à la hausse leurs primes, tandis que plusieurs armateurs préfèrent différer leurs traversées. Des incidents visant des navires marchands ont été signalés depuis le début des hostilités, renforçant la nervosité des marchés.

Ce climat d’insécurité pèse directement sur les exportations des grands producteurs du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Irak, ainsi que sur les cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar. Or, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, plus de 80 % des volumes transitant par Ormuz sont destinés aux économies asiatiques, particulièrement dépendantes de ces flux.

L’Europe apparaît, en théorie, moins exposée au pétrole passant par ce corridor maritime. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, les États membres ont diversifié leurs approvisionnements et accru leurs importations de GNL. Le Qatar figure désormais parmi les principaux fournisseurs de l’Union européenne. Toutefois, en cas de perturbation prolongée des livraisons qataries, les Européens pourraient se retrouver en concurrence directe avec les acheteurs asiatiques sur le marché spot, ce qui alimenterait davantage la hausse des prix.

Les pays importateurs disposent bien de réserves stratégiques. Les membres de l’OCDE sont tenus de maintenir l’équivalent d’au moins 90 jours d’importations nettes. Mais ces stocks ne constituent qu’un amortisseur temporaire. Si les tensions persistent et que le trafic reste entravé dans le détroit d’Ormuz, les analystes n’excluent pas un retour du baril vers le seuil psychologique des 100 dollars.

Un tel scénario aurait des répercussions bien au-delà du seul secteur énergétique. La hausse des coûts de transport, l’augmentation des charges pour les industries fortement consommatrices d’énergie et la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement, notamment en Asie, pourraient freiner le commerce mondial et raviver les pressions inflationnistes.

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