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International

La xénophobie en Afrique du Sud : l’échec du test de l’unité africaine

Les récentes vagues de violences xénophobes en Afrique du Sud constituent bien plus qu’une série d’actes criminels isolés. Elles représentent un échec majeur de l’idéal panafricain et mettent en lumière les limites de l’Union africaine face aux crises qui touchent directement les peuples du continent.

Depuis des décennies, les dirigeants africains proclament leur engagement en faveur de la paix, de la libre circulation des personnes, de l’intégration économique et d’une Afrique unie. Pourtant, lorsque des Africains sont persécutés parce qu’ils sont Africains, ces nobles principes semblent céder la place au silence et à l’inaction.

Voir, au XXIᵉ siècle, des Africains poursuivre, terroriser et chasser d’autres Africains de leurs maisons, de leurs lieux de travail et de leurs commerces ressemble à un véritable cauchemar. Ces images sont une trahison de l’héritage du panafricanisme et des sacrifices consentis par des générations entières pour libérer le continent du colonialisme et de l’apartheid.

Cette crise dépasse largement les frontières sud-africaines. Dans la région des Grands Lacs, les conflits persistants, aggravés par la rébellion du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo dont le soutien du Rwanda est officiellement reconnu par les États-Unis, les Nations Unies et plusieurs partenaires internationaux, continuent de provoquer des déplacements massifs de populations et une profonde instabilité régionale. Dans le Sahel, le terrorisme et les crises sécuritaires continuent de ravager plusieurs États. Face à ces défis, l’Union africaine peine à démontrer le leadership collectif attendu par les peuples africains.

L’Afrique n’a pourtant pas oublié le rôle déterminant qu’elle a joué dans la lutte contre l’apartheid. Les États africains ont soutenu politiquement, diplomatiquement et économiquement la libération de l’Afrique du Sud. Des milliers d’enseignants, médecins, universitaires, ingénieurs et autres professionnels africains ont également contribué au développement du pays après la fin de l’apartheid.

Aujourd’hui, beaucoup d’Africains ont le sentiment que cette solidarité historique est récompensée par « la monnaie de singe ». Des citoyens africains sont agressés, humiliés, dépouillés de leurs biens ou contraints de fuir simplement en raison de leur nationalité.

Les condamnations officielles ne suffisent plus. Affirmer qu’il ne s’agit que des « actes d’une minorité » perd toute crédibilité lorsque les instigateurs présumés de ces violences continuent d’organiser des rassemblements publics et de diffuser des discours haineux sans être inquiétés par la justice. L’État de droit doit s’appliquer avec fermeté afin de protéger toutes les personnes vivant sur le territoire sud-africain, quelle que soit leur origine.

Nous saluons les gouvernements africains qui ont rapidement rapatrié et assisté leurs ressortissants victimes de ces violences. Ils ont démontré que protéger ses citoyens, même à l’étranger, constitue une responsabilité fondamentale de tout État. Nous invitons les gouvernements, spécialement la République Démocratique du Congo qui n’ont pas encore réagi ouvertement à prendre toutes les mesures diplomatiques, consulaires et humanitaires nécessaires pour assurer la sécurité de leurs citoyens et partant, des congolais.

La diaspora africaine a également un rôle majeur à jouer. Les millions d’Africains vivant à travers le monde et bénéficiant de la protection de leurs pays d’accueil doivent se mobiliser pour soutenir les victimes de la xénophobie en Afrique du Sud. L’aide humanitaire, le soutien juridique, les collectes de fonds et le plaidoyer international sont autant de moyens de démontrer que la solidarité africaine est une réalité. Une attaque contre un Africain est une attaque contre tous les Africains.

Enfin, l’Union africaine doit dépasser les déclarations de principe. Elle doit mettre en place des mécanismes efficaces de prévention des conflits, de lutte contre la xénophobie et de protection des citoyens africains sur l’ensemble du continent. L’Agenda 2063 et la Zone de libre-échange continentale africaine ne pourront réussir que si chaque Africain peut circuler, travailler et vivre en sécurité partout en Afrique.

L’Afrique mérite mieux.

Le continent qui s’est uni pour vaincre le colonialisme et l’apartheid doit aujourd’hui s’unir avec la même détermination pour vaincre la haine entre Africains.

L’unité africaine ne peut plus reposer sur de simples promesses. Sans actions concrètes, la confiance des peuples africains dans ce projet continuera de s’éroder.

 

 Prof. Dr. Ngoie Joel Nshisso

Consultant et Expert AGOA

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