POURQUOI ALIAS JOSEPH KABILA A CHOISI DE S’ADRESSER AU PEUPLE SEULEMENT APRÈS LA MORT DE KALEV ?
Par Mingiedi Mbala N’Zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba
La deuxième sortie médiatique d’alias Joseph Kabila depuis son départ du pouvoir soulève une question fondamentale : pourquoi avoir choisi ce moment précis pour s’adresser au peuple congolais, après la mort de Kalev Mutond, son ancien patron de l’Agence nationale de renseignements (ANR) et l’un des hommes les plus influents de son régime sécuritaire ?
Est-ce une simple coïncidence ? Je pose la question.
Kalev est parti. Et avec lui, beaucoup de secrets de l’époque d’alias Joseph Kabila sont peut-être partis. Dès lors, cette prise de parole tardive mérite d’être interrogée, surtout lorsqu’un ancien président revient donner des leçons de démocratie, de liberté et de bonne gouvernance à un pays qu’il a dirigé pendant dix-huit ans
La mort de Kalev ne constitue pas, à elle seule, une preuve d’un quelconque lien avec la prise de parole de Kabila. Mais la proximité des événements suscite légitimement des interrogations politiques auxquelles l’ancien président pourrait répondre.
Aujourd’hui, alias Joseph Kabila évoque la démocratie, les prisonniers politiques, la répression et les libertés publiques. Mais peut-il parler du présent sans répondre aux questions que soulève son propre bilan ?
En janvier 2015, des manifestations contre les modifications envisagées de la loi électorale avaient été réprimées à Kinshasa et dans d’autres villes du pays. Ces événements avaient fait des morts, des blessés et de nombreuses arrestations, selon les bilans et témoignages rapportés à l’époque.
En mars de la même année, la découverte d’une fosse commune à Maluku avait provoqué une vive controverse. Les autorités avaient reconnu l’inhumation de 421 corps, présentés comme ceux d’indigents, de fœtus et de personnes non réclamées dans les morgues. Les circonstances de cette affaire avaient néanmoins suscité de nombreuses interrogations dans l’opinion publique.
Le cas du carnage des adeptes de Sa Majesté Joseph Mukungubila, le 30 décembre 2013, suffit également à rappeler les tensions et les controverses qui ont marqué cette époque.
Ces faits et ces dossiers ne peuvent être effacés par un discours politique. Les familles des victimes et les Congolais qui en gardent le souvenir sont en droit d’attendre des réponses.
Alias Joseph Kabila compare aujourd’hui le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à Ivan le Terrible. Qui lui a soufflé cette partie de l’histoire russe ?
La question mérite d’être posée, car l’ancien président ne peut prétendre analyser les dérives du pouvoir actuel en faisant abstraction des critiques qui ont accompagné ses propres années de gouvernance. Ses adversaires l’ont lui-même présenté comme le bourreau du peuple congolais, une accusation politique qu’il n’a jamais réussi à faire disparaître du débat public.
Évoquer Staline, le « tsar rouge », ou son redoutable chef de la police politique, Beria, ne suffit pas à établir un parallèle historique pertinent. Encore faut-il accepter que les mêmes exigences de vérité, de responsabilité et de mémoire s’appliquent à tous les dirigeants.
Pour comprendre cette interrogation, une comparaison historique s’impose. Kalev Mutond était, dans l’appareil sécuritaire du régime d’alias Joseph Kabila, ce que Lavrenti Beria fut pour Joseph Staline : l’homme du système, celui qui savait, celui qui voyait, celui qui entendait et celui qui détenait des informations sensibles sur les rouages du pouvoir.
D’ailleurs Staline était considéré comme le tyran le plus destructeur.
lui-même admirait Ivan le Terrible, mais lui reprochait historiquement de ne pas avoir été « assez cruel » ni assez résolu pour éliminer totalement ses opposants.
Beria dirigeait la police politique soviétique (le NKVD) sous Staline. Kalev, lui, dirigeait l’ANR sous alias Joseph Kabila. Les contextes historiques sont différents, mais l’analogie politique renvoie à une même question : que deviennent les secrets d’un régime lorsque disparaît l’un de ceux qui en connaissaient les mécanismes les plus sensibles ?
La démocratie ne saurait être une valeur que l’on revendique uniquement lorsqu’on se trouve dans l’opposition.
L’histoire africaine nous enseigne que le pouvoir n’est jamais éternel. Mengistu Haile Mariam, ancien dirigeant communiste éthiopien surnommé le « Négus rouge », a fui son pays et a été condamné par contumace en Éthiopie pour génocide. François Bozizé, ancien président centrafricain, a lui aussi connu l’exil avant de se retrouver associé à une rébellion armée.
Ces trajectoires rappellent qu’un ancien chef d’État ne contrôle pas indéfiniment le cours de l’histoire. Mais les situations ne sont pas identiques : comparer les parcours ne signifie pas attribuer automatiquement à chacun les mêmes responsabilités judiciaires ou historiques.
Concernant alias Joseph Kabila, les accusations politiques relatives à ses liens avec l’AFC-M23 et son rôle dans la crise sécuritaire congolaise se confirment du jour au jour .
Le soutien éventuel de certains pays d’Afrique australe ne saurait, à lui seul, garantir à un ancien dirigeant une protection éternelle contre les questions de son peuple ou contre le jugement de l’histoire.
Alias Joseph Kabila a dirigé la République démocratique du Congo pendant dix-huit ans. Son mandat aurait dû prendre fin en 2016, mais il s’est maintenu au pouvoir jusqu’en janvier 2019, dans un contexte de crise politique et de contestation.
Aujourd’hui, il critique la gouvernance de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Le président actuel n’est certes pas parfait : comme tout dirigeant, il a ses erreurs, ses limites et ses insuffisances. Mais entre les deux gouvernances, le choix reste clair lorsqu’on examine leurs bilans, leurs orientations et leur gestion du pays.
Critiquer le pouvoir en place est un droit. Se présenter comme une alternative crédible exige cependant davantage qu’un discours : il faut répondre de son propre bilan et accepter la contradiction.
Alias Joseph Kabila critique également les initiatives liées à une éventuelle révision ou modification de la Constitution. Pourtant, son propre passage au pouvoir a été marqué par des débats et des controverses autour de la limitation des mandats et de la fin de son règne.
Il faut néanmoins distinguer les différentes propositions constitutionnelles et les examiner sur le fond, plutôt que de supposer qu’elles sont toutes identiques à celles qui ont pu être envisagées sous son régime.
Une chose demeure essentielle : le Congo n’est pas un bien sans maître.
La République n’est pas une propriété privée.
Aucun dirigeant, ancien ou actuel, ne peut considérer les institutions comme un patrimoine individuel. La Constitution ne doit servir ni les ambitions d’un homme ni les intérêts d’un clan, mais les principes républicains et l’intérêt supérieur de la nation.
Alias Joseph Kabila est libre de s’exprimer, de critiquer le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi et de défendre sa vision politique. Mais il ne peut réécrire l’histoire au gré de ses interventions médiatiques.
La mort de Kalev Mutond ne doit pas devenir l’occasion d’une opération de réhabilitation politique. Les événements de janvier 2015, le dossier de Maluku, le carnage des adeptes de Sa Majesté Joseph Mukungubila et les autres épisodes controversés de cette époque restent inscrits dans la mémoire collective.
Il aurait peut-être mieux fait de se taire plutôt que de se présenter en donneur de leçons sans répondre aux questions que son propre bilan continue de soulever.
Il vient de se tirer une balle au pied car toutes les démarches de la CENCO et de l’ECC pour le dialogue inclusif viennent de tomber par sa sortie médiatique.
Le Congo n’a pas besoin d’un discours de réhabilitation. Il a besoin de vérité, de responsabilité et de justice. Et cette vérité ne disparaîtra pas avec ceux qui emportent leurs secrets dans la tombe.

