La République démocratique du Congo entre dans une phase judiciaire et politique sans précédent. Va-t-on vers un bouleversement de l’équilibre institutionnel en RDC? Ou, tend-t-on vers une nouvelle ère de la justice qui servira d’exemple aux « intouchables » ? Le mercredi 30 avril 2025, l’Auditeur général des Forces armées (FARDC) a officiellement saisi le bureau du Sénat afin d’obtenir l’autorisation de poursuites contre Joseph Kabila, ancien président de la République et sénateur à vie. L’objectif : obtenir la levée de ses immunités parlementaires pour lui permettre d’être poursuivi pour trahison, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
C’est le ministre d’État en charge de la Justice, Constant Mutamba, qui a rendu publique cette initiative lors d’une déclaration solennelle, qualifiant le dossier de « l’Affaire Kabila ». Selon lui, les accusations sont soutenues par un « maximum de preuves » démontrant la complicité active de l’ancien chef de l’État avec le mouvement rebelle AFC/M23, soutenu par le Rwanda.
Dans ce contexte, le ministre Mutamba a déjà ordonné, depuis le samedi 19 avril, l’ouverture de poursuites judiciaires contre Joseph Kabila et plusieurs de ses proches, suspectés d’apporter un appui matériel et stratégique à ces groupes armés. Le même communiqué ordonne également la saisie des biens mobiliers et immobiliers de Joseph Kabila, tant en RDC qu’à l’étranger, bien que cette mesure n’ait pas encore été exécutée en l’attente de la levée de ses immunités.
Dans la foulée, des restrictions de mouvement ont été imposées aux responsables du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD), dont Kabila reste l’autorité morale. Le ministère de l’Intérieur a même annoncé la suspension des activités du PPRD sur l’ensemble du territoire national, dénonçant le « silence complice » du parti face à l’agression rebelle en cours dans l’Est du pays.
Sur le terrain, la situation demeure explosive. Dans les provinces de l’Est, les affrontements se poursuivent entre l’armée congolaise et les forces coalisées du M23 et de l’AFC. Le gouvernement accuse Joseph Kabila de jouer un rôle actif dans cette insurrection, y voyant une grave atteinte à la souveraineté nationale.
Le 18 avril, l’ancien président a été annoncé à Goma, dans une zone partiellement contrôlée par les rebelles, après une longue période d’exil et six années de silence politique. Officiellement, il affirme vouloir contribuer à la résolution de la crise. Dans une lettre à Jeune Afrique datée du 8 avril, Kabila annonçait son retour imminent au pays pour « agir face à la dégradation sécuritaire ».
Mais du côté du pouvoir, ce retour est interprété autrement. Pour le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, ce déplacement suscite des « interrogations légitimes », tandis que le président Félix Tshisekedi, en visite en Allemagne en février dernier, avait déjà publiquement accusé son prédécesseur d’être le « véritable commanditaire » des violences dans l’Est, en collusion avec l’armée rwandaise. « Il ne l’assume pas, mais il est derrière ce coup contre la République », avait-il lancé à la Conférence de Munich.
À cette accusation s’ajoute une autre, plus récente : Jean-Pierre Bemba, ministre des Transports, a pointé Joseph Kabila comme étant le soutien principal de la milice Mobondo, active dans l’ouest du pays.
L’ancien président, au pouvoir pendant 18 ans, se retrouve aujourd’hui au centre d’un séisme politique et judiciaire. Tandis que le gouvernement met la pression sur toutes les institutions pour accélérer la procédure, l’issue de cette affaire pourrait bouleverser durablement l’équilibre institutionnel du pays.
Au sein de la classe politique congolaise, les uns estiment qu’il faut une réconciliation entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur. Mais du coté de l’UDPS, tel ne doit pas être le cas.
La Rédaction
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