Le député national Justin Bitakwira propose une transformation de la gestion de Kinshasa en passant de l’actuelle gouvernance unique à une administration décentralisée reposant sur quatre mairies distinctes. Cette idée, présentée lors de la plénière du mercredi, vise à renforcer l’efficacité et la compétitivité dans la gestion de cette vaste ville de plus de 18 millions d’habitants, où les défis sont nombreux et variés.
La proposition de Bitakwira est d’attribuer une mairie à chacun des quatre districts de Kinshasa, à savoir Tshangu, Mont-Amba, Lukunga et Funa et suggère que chaque maire soit issu d’une communauté différente (Luba, Swahili, Mukongo et Mungala), afin d’assurer une concurrence positive.
« La ville de Kinshasa ne se développera jamais tant qu’elle n’a pas été démembrée. Compter sur un seul individu, nous perdons du temps », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance d’une répartition des responsabilités qui permettrait une meilleure réactivité aux besoins spécifiques de chaque district.
Principaux défis de la gouvernance de Kinshasa selon l’Observatoire de la Gouvernance
La proposition de Justin Bitakwira s’inscrit dans un contexte complexe de gouvernance urbaine, comme le souligne une étude récente de l’Observatoire de la Gouvernance (OG) de l’Université de Kinshasa. L’OG identifie huit défis majeurs affectant la ville et sa gestion :
1. Double dépendance des autorités : Les autorités locales sont influencées par les politiques des partis nationaux et sont économiquement dépendantes d’expatriés, notamment indo-pakistanais, turcs et libanais, qui dominent l’économie de Kinshasa.
2. Qualité de gouvernance : Souvent qualifiée de prédatrice et chaotique, la gouvernance de Kinshasa est marquée par des monopoles et des intérêts particuliers, limitant la mise en place de politiques efficaces.
3. Chômage : Le chômage frappe durement les jeunes et les adultes de Kinshasa, aggravant les tensions sociales dans cette métropole.
4. Logement précaire : 79 % des terres urbaines sont monopolisées par une minorité de dignitaires, souvent laissées en friche. Cette situation pousse les habitants à s’installer dans des zones inappropriées comme les rivages, les camps militaires ou les bords de routes, augmentant les risques de santé et de sécurité.
5. Criminalité et insécurité : Le phénomène des gangs urbains, ou « Kuluna », reste un problème pressant dans plusieurs quartiers.
6. Gestion des déchets : Kinshasa connaît une crise de gestion des déchets solides, liquides et gazeux, ainsi que des érosions et éboulements de terrain, qui dégradent davantage la qualité de vie.
7. Transports et infrastructures : Le réseau de transport et les infrastructures récréatives sont insuffisants pour une ville de cette taille, ce qui complique le quotidien des Kinois.
8. Mentalités citoyennes et autorité publique : La faiblesse de l’autorité et le manque de civisme compliquent la mise en œuvre des politiques publiques.

