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RDC :Noël Tshiani Muadiamvita révèle les leçons oubliées de Lumumba pour sauver la RDC (Interview Texte)

La République Démocratique du Congo a commémoré, ce vendredi 17 Janvier, le 64ème anniversaire de l’assassinat tragique de Patrice Emery Lumumba,  le premier premier ministre du pays, qui fut tragiquement assassiné le 17 Janvier 1961. Victime d’un complot  mêlant complicité interne et ingérences étrangères, il reste aujourd’hui, malgré tout, un modèle universel d’acteurs politiques qui continuent d’inspirer les nations du monde. 

Pour marquer cet événement historique, une messe commémorative a lieu dans la résidence du héros national. Noël Tshiani Muadiamvita, homme politique et économiste congolais, candidat à l’élection présidentielle de 2023, y a participé activement. Connu pour son engagement en faveur de la reconstruction du pays à travers son « Plan Marshall pour la RDC », il considère que les idéaux de Lumumba sont toujours d’actualité et qu’ils devraient guider la jeunesse congolaise. 

Dans cet entretien exclusif avec le Magazine Réveil Congo, Noël Tshiani Muadiamvita partage ses réflexions sur l’assassinat de Lumumba, la trahison des valeurs nationales et l’importance d’une repentance à ceux qui fondent des alliances avec les ennemis du pays, pour bâtir un Congo uni, en phase avec la vision du père de l’indépendance. A la fin de l’interview, vous trouverez le lien YouTube où vous pouvez suivre l’intégralité de son entretien. Bonne Lecture ! 


Réveil Congo : Bonjour Mr Noël Tshiani Muadiamvita. Ici, nous sommes à la résidence du feu Patrice Emery Lumumba, dans le cadre de la messe qui sera dite pour le 64ëme anniversaire de son ignoble assassinat. Que vous rappelle la date du 17 janvier 1961 ?

Noël Tshiani Muadiamvita : C’est une date qui est devenue très illustre, malheureusement et qui nous rappelle de mauvais souvenirs, mais aussi qui nous rappelle un grand homme.

C’est la date où le premier ministre Patrice Emery Lumumba fut sauvagement assassiné, arraché de l’amour du peuple congolais, arraché de l’amour de sa famille par des ennemis de la république, des ennemis de la république qui étaient, parmi eux, il y avait des congolais, mais en grande partie il y avait des gens de l’étranger qui manipulaient les congolais assoiffés du pouvoir mais également  avides d’argent. Et ils ont réalisé donc leur forfait en tuant la personne qui s’était battue pour l’indépendance de la République Démocratique  du Congo, pour la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale, pour l’unité, pour la paix, pour que le Congo puisse retrouver la dignité. On l’avait assassiné, et on a même brûlé son corps dans l’acide pour qu’on ne puisse pas retrouver les traces.

Mais malheureusement, vous savez, chacun de nous est venu sur cette terre avec une mission, et sa mission à lui, malgré le fait qu’on a brûlé tout le corps, ils avaient oublié de brûler même la dent. On a pu retrouver la dent, on nous l’a restitué tout récemment par ses bourreaux qui gardaient ça à l’étranger.

Moi j’étais trop petit pour connaître la personnalité et la personne même de Patrice Emery Lumumba. J’ai grandi après cette période-là.

Mais je me rappelle que le premier jour que je suis allé à l’école primaire, je crois que ça devait être en 1965, j’arrivais juste à l’école et on nous appelle, tout le monde, on nous dit, les militaires ont pris le pouvoir à Kinshasa, et c’est le colonel Mobutu, je crois, qui avait pris le pouvoir. Et on a commencé à nous apprendre une chanson qui est restée gravée dans ma mémoire. « On disait Mobutu en avant sur les pas de Lumumba ».

C’est comme ça que j’ai découvert la personne de Lumumba qui est ce Lumumba-là. Et par la suite, on découvrira que c’était lui le véritable père de l’indépendance. Et curieusement, Mobutu était parmi les bourreaux pour pouvoir camoufler le forfait et on a fait toutes ces chansons-là.

Mais la vérité finit toujours par triompher. Aujourd’hui, nous célébrons Patrice Emery Lumumba.

RC : Mais aujourd’hui, quel est l’héritage que les politiciens congolais peuvent retenir de Patrice Emery Lumumba, par rapport surtout à la vision du pays à son indépendance sur tous les plans, même économiques ?

NTM : Vous savez, moi j’ai eu le privilège de réfléchir sur une vision pour le Congo, qu’on appelle le plan Marshall de Noël Tshiani pour la reconstruction et le développement de la RDC.

Une vision qui consiste à dire, mettons-nous tous ensemble congolais, travaillons tous ensemble pour mettre en valeur les richesses naturelles que Dieu a voulu nous donner, exploiter ces richesses naturelles au profit de tout le monde. Et pendant que je préparais le plan Marshall, je suis tombé sur l’une des vidéos où Lumumba parlait de sa vision pour le Congo. Et j’étais surpris de constater que la vision que j’ai aujourd’hui était exactement la vision que Lumumba avait en 1960.

Mais moi, qui suis-je ? J’ai passé des années et des années à étudier le développement, à étudier l’économie, à travailler pendant une trentaine d’années dans les institutions internationales, à la Banque mondiale à Washington, dans les banques commerciales à New York. Lumumba n’avait pas eu cette chance-là. Comment est-ce que quelqu’un qui n’était jamais sorti du Congo, qui n’est sorti que pour aller au Ghana, rencontrer les Kwame Grumman et ainsi de suite, comment est-ce que quelqu’un comme ça avait une vision qui est considérée comme étant la vision moderne, qui s’est justifiée jusqu’à aujourd’hui ? C’est pour cela que je dis que chacun de nous est venu sur cette terre avec une mission.

Il avait cette mission de libérer le peuple congolais, de développer la RDC au profit de tous. Mais les ennemis ont vu en lui ce potentiel-là des libérateurs, des développeurs du pays, des créateurs de richesses pour tout le monde, et ils ont voulu l’éliminer. Au fait, le Congo est en train de « tanguer », c’est-à-dire de bouger dans l’instabilité depuis ce temps-là jusqu’aujourd’hui, parce que la seule personne qui avait la vision du développement, la vision que nous puissions nous mettre tous ensemble, on l’avait éliminée.

Donc nous sommes restés tous égoïstes, chacun faisant ce qu’il veut, et nous n’avons pas réalisé la vision de Lumumba. Mais je pense que rien n’est perdu. Rien n’est perdu.

Il est possible aujourd’hui que la jeunesse montante, qui va me suivre, que cette jeunesse montante se mobilise pour que la vision de Patrice Emery Lumumba se réalise. Il est possible de réaliser cela, mais pour cela je voudrais demander à l’administration publique de faire sa part. La mémoire de Patrice Lumumba ne doit pas être perdue.

Il faut que ces enseignements soient enseignés dans les écoles, que les enfants grandissent en sachant qui était la personne de Lumumba, qu’est-ce qu’il avait comme vision, qu’est-ce qu’il voulait réaliser, pourquoi on l’avait éliminée. Et je crois que si nous sommes conscients de cela et que nous intériorisons ces valeurs-là, nous pouvons redresser le Congo et le développer au profit de tous pour que sa vision puisse être réalisée. La vision était de réaliser l’indépendance économique et politique du pays.

La vision était de développer le pays en exploitant les ressources naturelles nombreuses que nous avons pour le bien-être du peuple congolais. La vision était, Lumumba en parlait déjà, était de donner les salaires décents, la rémunération juste à tous ceux qui travaillent. Il parlait de ça en 1960.

Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas réalisé cet objectif-là. Donc, la vision était que le Congolais doit être libre de vivre partout. Il vit sur l’étendue du territoire national.

Lumumba voulait que le Congo, le pays-continent, soit accessible à tous les Congolais.  Donc, c’était cette vision-là que nous devons réaliser et que nous n’avons pas encore réalisé jusqu’à présent.

RC : Mais est-ce qu’aujourd’hui, même les citoyens Lambadas, reconnaissent-ils vraiment la pertinence du combat de PE Lumumba ? Je pose cette question par rapport au vandalisme dernier à son mausolée. Donc, des gens, des malfrats qui sont venus et qui l’ont vandalisé. On ne sait pas ce qui s’est passé jusque-là. On s’interroge, qui serait derrière un tel acte odieux qui va pour profaner la mémoire de Lumumba ? Je ne sais pas. Qu’est-ce que vous pouvez dire ? Est-ce que, même au niveau des citoyens congolais ou bien des  politiques, il me semble qu’on n’a pas encore reconnu le vrai combat des partis émérites de Lumumba ?

NTM : Oui, et je suis d’accord avec vous que le vrai combat de Patrice Emery Lumumba n’a pas encore été honoré comme il devrait l’être. Et j’ai peur que la jeunesse montante ne connaisse pas vraiment la personne de Lumumba.

Il y en a qui sont à l’école secondaire et d’autres à l’université. J’ai essayé de parler avec eux pour savoir ce qu’ils connaissaient. Je réalise qu’ils ne connaissent rien.

Ils ont entendu parler de Lumumba, mais ça s’arrête là. Quelle était sa vision ? Qu’est-ce qu’ils voulaient réaliser ? Pourquoi on l’a tué ? Il n’y a personne qui pouvait me répondre à cette question-là. C’est pour cela que notre système éducatif doit être repensé.

Ce sont des choses que nous devons enseigner à nos enfants, comme Lumumba lui-même le disait. On doit enseigner cela à nos enfants, pour qu’à leur tour, ils enseignent à leurs enfants et à leurs petits-enfants, ainsi de suite. L’histoire glorieuse de notre pays.

J’ai visité tout récemment quelque chose qui m’avait choqué, qui pouvait être le point de départ pour la propagation de la culture, des œuvres de Lumumba. C’est la bibliothèque nationale. Je suis allé à la bibliothèque nationale, c’est juste à côté du palais de la Nation.

Mais quelle a été ma désolation, de constater que cette bibliothèque se trouve dans un vieux bâtiment colonial, que les Belges ont laissé, et nous n’avons même pas mis la peinture dessus. Et c’est complètement délabré. Vous trouverez donc les documents, même que Lumumba a publié en 1960, dans les moniteurs belges des histoires de ce genre-là, vous trouverez que ces documents sont entassés dans des coins où on ne peut même pas les retrouver.

Donc la bibliothèque nationale n’existe que de nom. Et pourtant, la bibliothèque doit être le centre même de la conservation de l’histoire congolaise, de l’histoire sur chacune des personnes importantes, telles que Patrice Emery  Lumumba, qui ont marqué notre pays. Par conséquent, je voudrais faire un appel solennel.

Je demande au gouvernement de la République démocratique du Congo de monter un projet de construction de la bibliothèque nationale. Je voulais utiliser le mot « réhabilitation ». Il n’y a rien à réhabiliter. Il faut détruire ce que j’ai vu là.

On peut construire un bâtiment moderne, cinq, six étages, qui va continuer à s’appeler bibliothèque nationale, similaire à ce que j’ai vu aux États-Unis, qu’on appelle la librairie du Congrès. La librairie du Congrès, vous y allez, vous trouvez toutes les publications du monde dans cette librairie-là. Quand j’écrivais le plan Marshall à partir de Washington, j’allais trouver toute la documentation sur la RDC à la librairie du Congrès.

Vous venez à Paris, il y a la librairie, la bibliothèque nationale qu’on appelle François Mitterrand, qui est un complexe moderne. Avec toute la documentation possible, nous pouvons faire la même chose aussi ici. Nous avons beaucoup de priorités, mais la conservation de l’histoire du pays, la documentation sur le pays, constitue, moi, je pense, des priorités, des priorités pour que ce pays ne puisse pas mourir, pour que les jeunes gens puissent apprendre de l’expérience antérieure des gens qui les ont précédés, afin qu’on puisse utiliser cela au service du développement.

RC : Au début, vous avez épinglé le point de la complicité dans l’assassinat de Lumumba, entre autre l’implication du président Mobutu. Aujourd’hui, nous savons comment notre pays est en train d’évoluer. Avec tout ce qu’on a comme la guerre d’agression dans la partie Est, on parle aussi de la complicité. Quel message, je crois que ça peut être votre dernier mot pour aujourd’hui, pouvez-vous lancer à l’endroit de ces politiques qui gouvernent ce pays, les politiques du pouvoir et de l’opposition, tous  confondue ? Qu’est-ce que vous pouvez leur dire ?

NTM : Moi, je dirais que beaucoup de personnes ne réalisent pas que la vie d’un pays est sacrée. La souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale sont sacrées.

Ailleurs dans le monde, vous ne pouvez pas prendre une aiguille pour pouvoir gratiner sur votre pays. Vous êtes passible de la peine de mort parce que vous êtes un traître. Dans notre pays, il faut que les gens apprennent à respecter la République démocratique du Congo et le peuple congolais.

Nous ne devons pas être ces gens-là manipulables que, à tout moment, un étranger peut appeler, il vous donne 250 000 dollars, il vous dit vous allez tirer sur telle personne, un leader politique de premier plan et vous le faites, vous réalisez votre forfait. 250 000 dollars, c’est quoi ? Même si c’était des millions, vous allez les dépenser à la fin de la journée, vous serez malheureux parce que l’argent mal acquis ne profite jamais. Tôt ou tard, vous finirez par payer le prix.

Regardez simplement ceux qui ont trahi avant, ils finissent toujours très mal. Je voudrais faire un appel solennel ici, à tous les Congolais. Pour une fois, abandonnons ces histoires de rivalité inutile.

Mettons-nous ensemble, développons ce Congo. Nous pouvons le développer pour que chacun trouve son compte dans la vie nationale. Par conséquent, nos compatriotes qui sont déjà dans la rébellion, je pense qu’il doit y avoir un mécanisme de repentance.

S’ils demandent pardon, s’ils demandent d’abandonner les armes, qu’on puisse regarder leur cas avec beaucoup de clémence. Mais s’ils continuent leurs sales besognes, à la fin de la journée, je crois qu’ils n’ont pas de place dans notre société.

Donc, mettons fin à ces rébellions-là. Mettons fin à ces attaques armées contre les citoyens, les paisibles citoyens congolais, pour que le Congo puisse retrouver la paix. La paix ne peut être retrouvée que si les Congolais acceptent qu’on ait la paix.

Quand j’entends aujourd’hui des politiciens et des religieux, tout le monde s’y mêle, et à la fin de la journée, c’est la bouillabaisse. Le pays ne peut pas se développer de cette façon-là. Je demande à tout le monde de regarder en face et de mettre l’avenir du Congo comme étant une priorité que nous devons donc réaliser, pour que nous puissions tous vivre ensemble, dans la paix, dans l’harmonie, et que nous puissions nous concentrer aux efforts de développement du pays, pour que tout le monde trouve son compte dans le fonctionnement normal de nos institutions.

Propos recueillis par AKAMUS

 

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