Kinshasa, jadis perçue comme un carrefour d’opportunités en République démocratique du Congo, semble aujourd’hui être devenue la capitale… des braquages. Les récents actes de criminalité perpétrés en plein jour et dans des lieux stratégiques de la ville posent une question cruciale : que fait l’État face à cette recrudescence de l’insécurité ?
Tout récemment c’était un incident choquant survenu le vendredi 30 mai à l’Université de Kinshasa (UNIKIN). En pleine effervescence électorale estudiantine, des bandits armés ont profité de la confusion pour dépouiller les cambistes présents sur le site. Selon le professeur Odiko, secrétaire académique de l’établissement, les malfrats ont agi avec sang-froid, sous le regard impuissant de la foule.
Dans l’après-midi du mardi 3 juin, une bande d’environ quinze individus armés a attaqué une chambre froide spécialisée dans la vente de denrées alimentaires, située dans la commune de Lemba, à Kinshasa. Selon le témoignage de Gisèle, la caissière de l’établissement, les assaillants ont surgi aux environs de 15 heures, tirant en l’air pour créer la panique parmi les personnes présentes. Ayant aperçu leur arrivée, elle a réussi à verrouiller à double tour la porte de la caisse avant qu’ils ne l’atteignent.
Quelques semaines plus tôt, dans la commune de Matete, le magasin “Kin Marché”, situé au quartier Ngilima, a été la cible d’un braquage sanglant. Les assaillants, armés jusqu’aux dents, ont abattu froidement un cambiste et un policier de garde, semant la panique parmi les riverains.
Le 24 février, c’est dans la commune de Lemba, à la pharmacie de Super Lemba, que le sang a encore coulé. Bilan : deux morts et un blessé, selon le bourgmestre Jean-Serge Phoba, qui ne cache pas son inquiétude face à ce phénomène qui prend de l’ampleur.
Le 6 février, c’est un braquage spectaculaire au Rond-point Huileries qui a secoué les Kinois. Le boxeur Martin Bakole, victime de cette attaque, a pu reconnaître certains de ses agresseurs lors du procès organisé par le tribunal militaire de Kinshasa/Gombe. Grâce à l’opération « Ndobo », lancée par le vice-Premier ministre de l’Intérieur, ces présumés braqueurs ont été arrêtés.
Mais l’un des drames les plus retentissants reste le braquage du 15 mars dans la commune de Selembao. Neuf individus armés, à moto, ont attaqué le shop TNT Services, tuant trois personnes, dont deux passants, et en blessant plusieurs autres. L’attaque a suscité une onde de choc tant les assaillants semblaient organisés, méthodiques, et équipés.
Face à cette vague inquiétante, une question orale et écrite a été introduite à l’Assemblée provinciale par le député Roland Kikunda Kiki. Ce dernier interpelle directement le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur sur l’état de la sécurité à Kinshasa. Il l’invite à répondre à une série de préoccupations citoyennes légitimes :
- Quelle politique de sécurité a été mise en place pour protéger les Kinois et leurs biens ?
- Pourquoi les patrouilles de police sont-elles rares ?
- Où en sont les enquêtes sur les meurtres liés à ces braquages ?
- Pourquoi les armes circulent-elles librement dans les quartiers ?
- Quelle stratégie pour éradiquer les kuluna et contrôler les schégués ?
Alors que la peur s’installe dans les esprits, cette interpellation parlementaire met en lumière l’urgence d’un sursaut sécuritaire. Combien de morts faudra-t-il encore pour que Kinshasa ne soit plus la capitale des braquages, mais celle de la sécurité et de l’espérance retrouvée ?
La Rédaction

