En réaction à la publication de Radio Okapi relayant la lettre de 52 représentants démocrates américains, ainsi qu’aux interprétations erronées de certains médias affirmant, à tort, que les États-Unis auraient refusé de signer un partenariat minier avec la RDC, il importe de rétablir les faits. La lettre du 8 août 2025 adressée au président Donald Trump et au secrétaire d’État Marco Rubio ne constitue pas un refus de coopération, mais un débat interne propre au système américain.
C’est dans ce contexte que le Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger (FICE), par la voix de son président, le professeur docteur Ngoie Joel Nshisso, a officiellement saisi les 52 signataires pour dissiper tout malentendu autour de ce partenariat stratégique liant l’exploitation des minerais critiques à des garanties sécuritaires.
Les États-Unis, fidèles à leur engagement pour la paix, restent des partenaires clés de la RDC, notamment en tant que médiateurs dans le processus de paix entre Kinshasa et Kigali, visant à restaurer la souveraineté nationale et une exploitation équitable des ressources.
Les 52 élus démocrates concernés représentent un peu plus de 12 % des 435 membres de la Chambre des représentants et environ un quart du caucus démocrate. Une lettre en version anglaise leur a été envoyée. Ci-dessous, la lettre du FICE à la Représentante Linda T. Sánchez, version française.
14 août 2025
L’honorable Linda T. Sánchez
Chambre des représentants des États-Unis
Washington, DC 20515
Chère Représentante Sánchez et à vos chers collègues :
Le Forum des Intellectuels Congolais de l’ l’Etranger (FICE) suit de près les négociations d’un accord sur les minerais critiques entre les Etats-Unis et la République démocratique du Congo. Votre lettre et celle de vos éminents collègues de la Chambre (datée du 8 août 2025) sont appréciées par nos membres congolais-américains, et nous vous remercions de votre engagement sur une question si importante pour nos deux nations.
Je dois toutefois souligner avec respect que plusieurs des sources citées dans votre lettre s’appuient sur des informations obsolètes qui ne reflètent pas la réalité actuelle, en grande partie en raison des réformes substantielles entreprises sous la direction du Président Félix Tshisekedi. Si le travail des enfants et les violations des droits humains persistent malheureusement dans le secteur minier, ces incidents se produisent majoritairement dans les provinces de l’Est de la RDC, zones sous le contrôle du groupe armé M23, soutenu par des forces extérieures, notamment rwandaises, depuis plusieurs années. Ces exactions se produisent hors de portée du gouvernement légalement établi, et il va sans dire que tous ces faits sont bien documentés par les Nations Unies et d’autres observateurs internationaux sur le terrain.
L’accord de Washington, signé en juin 2025 ici même à Washington, DC, et dont les Etats-Unis ont contribué à la négociation, vise spécifiquement à mettre fin à cette occupation rebelle. Une fois que le M23 et les forces armées rwandaises se seront retirés du territoire souverain congolais, ces atrocités diminueront à mesure que notre gouvernement reprendra le contrôle et appliquera la loi nationale.
Réformes majeures de la gouvernance et des institutions
Au cours des cinq dernières années, la RDC a mis en œuvre de profondes réformes institutionnelles pour améliorer la gouvernance, la responsabilité et la protection des droits de l’homme :
Nous avons lancé des organismes indépendants tels que l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC) et revitalisé l’Inspection Générale des Finances (IGF), qui a mené des audits des entreprises publiques et engagé des poursuites judiciaires anti-corruption de grande envergure.
Les libertés civiles se sont étendues : le droit de manifester pacifiquement a été rétabli, les prisonniers politiques ont été graciés et la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) est désormais pleinement opérationnelle. La protection du travail a été renforcée grâce à une augmentation du salaire minimum et au lancement d’un programme national d’inspection du travail pour garantir les droits des travailleurs dans tout le pays.
Réponse aux préoccupations en matière de droits de l’homme et d’environnement
Nous partageons votre point de vue selon lequel l’exploitation des ressources ne doit pas se faire au détriment des droits humains ni de la protection de l’environnement. A cette fin, la RDC a intensifié la surveillance par le biais du Cadastre Minier (CAMI), adopté des protocoles d’approvisionnement responsable conformes aux normes de l’OCDE et noué des partenariats avec des organisations internationales pour garantir le respect des normes du travail et de l’environnement.
Conflits d’intérêts et mesures de transparence
La RDC applique une tolérance zéro aux conflits d’intérêts et aux négociations opaques dans son secteur minier. Nous soutenons des processus rigoureux de diligence raisonnable, des registres publics de toutes les parties contractantes et des audits indépendants par des tiers afin de garantir l’intégrité de tous les accords.
Développement inclusif et durable
La RDC s’engage à faire en sorte que les bénéfices de ses ressources profitent à tous ses citoyens. L’une de ses initiatives phares est le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T), un programme de développement rural transformateur couvrant l’ensemble du pays. Ce programme vise à réduire la pauvreté, à améliorer les infrastructures et à promouvoir l’équité territoriale, garantissant ainsi aux communautés rurales une part de la prospérité générée par nos ressources.
Un partenariat pour la paix et la prospérité
La RDC considère les Etats-Unis comme un partenaire essentiel pour promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité. L’Accord de Washington constitue non seulement un cadre de paix, mais aussi le fondement d’une coopération économique responsable. Nous invitons les membres du Congrès à collaborer directement avec nous pour élaborer un modèle d’exploitation des minerais critiques transparent, éthique et mutuellement bénéfique.
En conclusion, je réaffirme l’engagement de la République démocratique du Congo à ouvrir le dialogue, à travailler de bonne foi avec le Congrès et l’Administration américains et à poursuivre un partenariat qui reflète nos valeurs communes en matière de droits de l’homme, de protection de l’environnement et de développement durable.
Veuillez agréer, Madame la Représentante Sánchez, l’assurance de ma très haute considération. Je serais ravi de vous rencontrer, vous et vos collègues, afin d’aborder plus en détail ces questions importantes.
Respectueusement,
Dr Ngoie Joel Nshisso
Président
