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International

Accord secret USA-Rwanda : Trump accepte d’envoyer des migrants criminels au Rwanda, la RDC piégée ?

Alors que les choses s’accélèrent entre les États-Unis d’Amérique et la République démocratique du Congo (RDC) pour conclure un partenariat stratégique autour de l’exportation des minerais congolais en échange de garanties sécuritaires dans l’Est du pays, d’autres tractations tout aussi sensibles se poursuivent en coulisses.

À Doha, des discussions avancées laissent entrevoir une proposition de paix conjointe États-Unis–Rwanda–RDC, dans le sillage d’un projet d’accord qui pourrait redessiner les équilibres dans la région des Grands Lacs. Mais en parallèle, une autre initiative soulève de vives inquiétudes à Kinshasa.

Selon plusieurs sources concordantes, l’administration Trump envisage sérieusement de transférer vers le Rwanda et la Libye des migrants ayant un casier judiciaire, ainsi que certains demandeurs d’asile. Des contacts diplomatiques ont déjà été établis, et des discussions officielles sont en cours avec les autorités rwandaises et libyennes pour accueillir ces individus sur leur sol, en contrepartie d’un appui logistique et financier américain.

Plusieurs sources ont indiqué que le Département d’État était en pourparlers avec d’autres pays pour accueillir des migrants, en plus de la Libye et du Rwanda.

« Je le dis sans hésiter, nous recherchons activement d’autres pays pour accueillir des personnes de pays tiers », a déclaré le secrétaire d’État Marco Rubio lors d’une réunion du cabinet mercredi.

« Nous collaborons avec d’autres pays pour leur dire : « Nous voulons vous envoyer certains des êtres humains les plus méprisables dans vos pays. Voulez-vous nous le rendre service ? » Et plus on s’éloigne des États-Unis, mieux c’est, pour qu’ils ne puissent pas revenir de l’autre côté de la frontière », a-t-il déclaré.

Cette semaine, de hauts responsables du département d’État ont rencontré des responsables libyens et ont discuté de la proposition d’envoyer des migrants vers ce pays d’Afrique du Nord, selon l’une des sources.

L’un des leviers potentiels dont disposent les États-Unis dans toute négociation est la possibilité d’une nouvelle interdiction de voyager visant les visiteurs de plusieurs pays, que l’administration Trump a évoquée sans la rendre publique. La Libye était concernée par cette interdiction durant le premier mandat de Trump.

Un rapport des Nations Unies de 2024 a souligné des années de violations des droits humains en Libye et des inquiétudes quant à l’absence de responsabilité pour ces violations. Les groupes de défense des droits humains et les agences des Nations Unies documentent également depuis des années des abus systématiques envers les migrants en Libye, notamment des allégations de travail forcé, de coups et blessures, de viols et de torture.

Des discussions ont également eu lieu cette semaine entre les États-Unis et le Rwanda pour faire avancer un plan visant à utiliser le pays pour les expulsions par des tiers d’immigrants sans papiers aux États-Unis, ont indiqué des sources proches du dossier.

Le Rwanda et les États-Unis discutent d’un éventuel accord selon lequel le Rwanda accepterait les migrants ayant un casier judiciaire et ayant déjà purgé leur peine aux États-Unis. La structure des coûts est encore en cours d’élaboration, mais certaines sources indiquent qu’elle serait probablement plus élevée par personne que le coût global par personne expulsée vers le Salvador, car le Rwanda ne les emprisonnerait pas.
Le Rwanda les intégrerait plutôt dans la société et leur fournirait un soutien social, comme une allocation et une aide à la recherche d’emploi sur place, selon certaines sources. La mise en place de ce plan pourrait prendre des semaines et serait davantage ponctuelle.

Les discussions avec le Rwanda ont débuté dès les premiers jours de l’administration Trump, lorsqu’une note diplomatique a été envoyée à de nombreux pays du monde entier pour évaluer leur intérêt à travailler sur l’expulsion des migrants illégaux aux États-Unis. Le Rwanda a indiqué qu’il serait ouvert à de telles discussions, selon des sources.

Un transfert symbolique  de « Omar Abdulsattar Ameen »

Accord secret USA-Rwanda : Trump accepte d'envoyer des migrants criminels au Rwanda, la RDC piégée ?
Omar Abdulsattar Ameen, réfugié irakien transféré au Rwanda à Mars 2024 par les USA, accusé de liens avec l’État islamique, et « présumé auteur d’un assassinat  » en Irak

En mars, une personne a été expulsée des États-Unis vers le Rwanda, un transfert considéré comme un modèle pouvant fonctionner à plus grande échelle, selon certaines sources. Il s’agissait d’un réfugié irakien, Omar Abdulsattar Ameen. Ce geste a relancé le débat sur la politique américaine d’accueil des réfugiés

Ayant obtenu l’asile aux États-Unis en 2014,  M. M. Omar Abdulsattar Ameen, réfugié irakien a été accusé par l’Irak d’être lié à l’État islamique et d’avoir participé à l’assassinat d’un policier. Ameen a toujours nié ces allégations.

En 2021, un juge américain avait jugé la version irakienne « peu plausible », affirmant qu’Ameen se trouvait alors en Turquie. Malgré ce jugement, les administrations Trump et Biden ont poursuivi la procédure d’expulsion, l’accusant d’avoir menti dans sa demande d’asile.

Washington a finalement choisi le Rwanda comme pays de destination, bien que ni les autorités américaines ni rwandaises n’aient officiellement commenté l’affaire. Selon une fuite diplomatique citée par The Handbasket, Kigali aurait accepté d’accueillir d’autres expulsés dans le cadre d’un programme non confirmé.

Le Rwanda, qui s’est proposé ces dernières années comme pays d’accueil pour les migrants non désirés en Occident, avait déjà conclu un accord similaire avec le Royaume-Uni en 2022. Le cas Ameen avait été instrumentalisé par l’administration Trump pour remettre en cause la réinstallation des réfugiés, malgré les critiques de Human Rights Watch dénonçant un traitement arbitraire et cruel.

Le concept n’est pas nouveau pour le Rwanda, compte tenu de l’accord conclu en 2022 avec le Royaume-Uni pour expulser vers le Rwanda les demandeurs d’asile britanniques. Mais le projet a été entaché de problèmes juridiques et a été abandonné l’année dernière par le nouveau Premier ministre britannique Keir Starmer, qui l’a qualifié de « machin ».

L’expulsion de migrants de pays tiers vers la Libye et le Rwanda risque de faire l’objet de contestations judiciaires. Le mois dernier, un juge fédéral a temporairement empêché l’administration Trump d’expulser des personnes vers des pays autres que le sien sans préavis et sans possibilité de contestation.

Que cache ce plan de relocalisation de migrants vers des pays tiers ?

Du côté américain, l’objectif affiché est de désengorger le système d’asile et de renforcer les mécanismes d’expulsion. Mais à y regarder de plus près, ce projet pourrait servir de levier pour renforcer l’axe Washington–Kigali, au moment même où Kinshasa cherche à rebattre les cartes diplomatiques.

L’idée d’installer au Rwanda des migrants venus des États-Unis, parfois criminels réhabilités, suscite ainsi une inquiétude croissante parmi les analystes congolais. Les implications ne sont pas seulement humanitaires : elles sont aussi politiques, sécuritaires et stratégiques.

Si ce projet se concrétise, il pourrait avoir des implications géopolitiques majeures, notamment pour la RDC qui accuse régulièrement le Rwanda de complicité avec certaines puissances étrangères dans l’exploitation illégale de ses ressources naturelles et l’agression armée de sa partie orientale.

Voici les 8 conséquences majeures que la RDC doit redouter si cette relocalisation devient réalité :

  1. Renforcement du partenariat Rwanda–USA : Ce projet pourrait consolider l’image du Rwanda comme partenaire stratégique des puissances occidentales, augmentant sa protection diplomatique, y compris face aux accusations d’agression contre la RDC.
  2. Blanchiment d’image du Rwanda : En acceptant des migrants, y compris des ex-criminels, Kigali pourrait apparaître comme un pays stable et humanitaire, masquant son rôle dans les déstabilisations régionales.
  3. Utilisation stratégique de ces migrants : Certains relocalisés pourraient être instrumentalisés à des fins d’espionnage, de renseignement ou d’influence dans la région des Grands Lacs.
  4. Création de camps proches de la RDC : Ces infrastructures pour migrants pourraient aussi servir de base de repli, voire de transit pour des groupes armés infiltrés.
  5. Couverture pour des accords secrets : Ce type de partenariat peut dissimuler d’autres accords militaires, technologiques ou économiques entre les États-Unis et le Rwanda, contournant les intérêts congolais.
  6. Justification d’une militarisation accrue : L’accueil de « migrants à risque » pourrait donner prétexte au Rwanda pour renforcer sa sécurité intérieure, y compris près des frontières de la RDC.
  7. Pérennisation de l’impunité : En se rapprochant davantage des États-Unis, le Rwanda pourrait continuer à échapper aux sanctions malgré les preuves accablantes de son implication dans les conflits en RDC.
  8. Risque d’infiltration de groupes armés : Des pseudo-migrants ou anciens prisonniers pourraient être intégrés dans des réseaux criminels ou rebelles opérant dans l’Est congolais.

Réveil Congo

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