Alors que le Gabon entame une nouvelle ère politique avec l’avènement de la Ve République, plus de 800 candidats se lancent dans la course pour les 145 sièges de la première Assemblée nationale du nouveau régime.
Un scrutin historique, bien que les pouvoirs du Parlement restent limités dans un système désormais ultra-présidentiel.
Une Assemblée aux pouvoirs restreints
Dans cette nouvelle configuration institutionnelle, les députés ne pourront ni renverser le gouvernement, ni imposer une cohabitation au chef de l’État. Malgré ces restrictions, le scrutin n’en demeure pas moins crucial pour dessiner les contours d’une démocratie naissante. La plupart des forces politiques en lice revendiquent leur proximité à divers degrés avec le général Brice Clotaire Oligui Nguema, instigateur de la transition post-Bongo. Comme le résume un acteur du paysage politique local : « L’Assemblée sera un camaïeu d’oliguisme. »
Reste à savoir quelle sera la force dominante. Le président de la Transition a publiquement soutenu l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), formation qu’il qualifie comme son « seul enfant ». Toutefois, le parti devra rivaliser avec le très structuré Parti Démocratique Gabonais (PDG), ex-parti au pouvoir, encore solidement implanté sur l’ensemble du territoire.
L’opposition cherche sa place
Pour les partis issus de l’ancienne opposition, comme l’Union Nationale (UN) dirigée par Paulette Missambo ou le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM) d’Alexandre Barro Chambrier, l’enjeu est de marquer leur présence en obtenant un nombre significatif de sièges. De nombreux candidats indépendants espèrent également tirer leur épingle du jeu, misant sur des campagnes locales et de proximité, dans un contexte où l’opposition frontale peine à mobiliser.
L’une des rares voix critiques de la transition, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a dénoncé une organisation « précipitée » et une tendance à la « pensée unique ». Bien que marginal, son courant politique présente quelques candidats dans un esprit de contestation.
Un enjeu local tout aussi décisif
En parallèle, les élections locales mobilisent plus de 18 000 candidats pour 3 078 postes de conseillers municipaux et départementaux. Ces scrutins permettront, dans un second temps, de désigner les maires, présidents de conseils départementaux et sénateurs. L’une des batailles les plus suivies reste celle de la mairie de Libreville, où l’avocat Anges-Kevin Nzigou espère l’emporter avec sa propre formation politique.
Un second tour est prévu pour le 11 octobre si aucun candidat n’obtient la majorité absolue.
Des duels politiques très attendus
Parmi les affrontements clés, celui de Ndéndé, dans le sud du pays, attire l’attention. Il oppose Mays Mouissi, ministre et actuel secrétaire général de l’UDB, à Yves Fernand Manfoumbi, vice-président du PDG et ancien ministre. Ce duel est perçu comme un test de force entre l’ancien régime et la nouvelle mouvance présidentielle.
Autre face-à-face notable : dans le Haut-Ogooué, la ministre de la Défense Brigitte Onkanowa, candidate du parti présidentiel, affronte Joël Ngoueneni, président du parti 7MP, désormais proche du chef de l’État.
Une démocratie en quête de légitimité
Ce scrutin, bien qu’organisé dans un contexte de transition politique, soulève des questions essentielles sur l’avenir démocratique du Gabon. La domination d’un pouvoir présidentiel fort et le faible espace laissé à une véritable opposition risquent de limiter le pluralisme politique. Pour autant, cette élection représente une étape incontournable dans le processus de refondation des institutions gabonaises, avec en toile de fond l’espoir d’une démocratie plus inclusive et équilibrée.
Guelord Lubonzu

