Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a vivement dénoncé jeudi la prise de pouvoir par les militaires en Guinée-Bissau. Il a exigé la libération immédiate du chef de l’État déchu, Umaro Sissoco Embalo, ainsi que celle des responsables arrêtés à ses côtés.
Dans un communiqué publié jeudi, Youssouf a réaffirmé l’opposition catégorique de l’UA à tout renversement illégal des institutions et rappelé la ligne de « tolérance zéro » de l’organisation face aux coups d’État sur le continent. Il a également insisté sur la nécessité de respecter le processus électoral en cours et de préserver l’ordre constitutionnel, tel que défini par les autorités électorales du pays.
Tout en appelant les acteurs impliqués à la retenue pour éviter une escalade, le président de la Commission a assuré que l’Union africaine travaillera de concert avec la CEDEAO et les partenaires internationaux afin de rétablir la stabilité et de protéger les avancées démocratiques en Guinée-Bissau. Il a en outre exprimé le soutien total de l’UA au peuple bissau-guinéen, engagé dans la quête de paix et de gouvernance démocratique.
Indignation du Ghana et du Nigeria
À Accra, le gouvernement ghanéen a réagi dans la soirée de mercredi en condamnant sans ambiguïté le renversement du pouvoir. Dans sa communication, le ministère des Affaires étrangères a qualifié l’action des putschistes d’« atteinte directe à la démocratie », rappelant que ce coup de force intervient en plein processus électoral après des scrutins présidentiel et législatif jugés pacifiques.
Le Ghana a réclamé le rétablissement instantané de l’ordre constitutionnel et exhorté toutes les parties à régler les contentieux électoraux par des voies légales et pacifiques. Accra a aussi appelé à garantir la sécurité de la mission d’observation de la CEDEAO, dirigée par l’ambassadeur ghanéen Baba Kamara.
Le Nigeria, de son côté, a exprimé jeudi sa « profonde inquiétude » face à la situation, condamnant fermement l’initiative des militaires. Abuja a demandé la restauration immédiate des institutions légitimes, la protection des personnalités arrêtées et le respect des mécanismes démocratiques. Le gouvernement nigérian a également prévenu que les auteurs de cette prise de pouvoir devront répondre de leurs actes, accusés de mettre en péril la stabilité déjà fragile du pays.
Un coup de force en pleine contestation post-électorale
Mercredi, un groupe d’officiers s’étant rebaptisé « Haut commandement militaire pour le rétablissement de la sécurité nationale et de l’ordre public » est apparu à la télévision nationale pour annoncer qu’il prenait le contrôle total de l’État. Les militaires ont aussitôt suspendu les médias, interrompu le processus électoral, fermé les frontières et décrété un couvre-feu dès 21h.
Cette rupture de l’ordre constitutionnel survient alors que le pays attendait encore la proclamation officielle des résultats de la présidentielle. Le scrutin de lundi avait plongé la Guinée-Bissau dans une atmosphère tendue, les deux principaux rivaux — le candidat indépendant Fernando Dias et le président sortant Embalo revendiquant simultanément la victoire.
Face à la gravité de la situation, les chefs des missions d’observation ont appelé l’Union africaine et la CEDEAO à agir rapidement pour ramener le pays vers la légalité constitutionnelle.

