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Présidentielle au Cameroun : Paul Biya annoncé vainqueur avec 53,66 %, l’opposition dénonce des irrégularités

Huit jours après la tenue de l’élection présidentielle au Cameroun, la Commission nationale de recensement des votes a publié les résultats provisoires. Selon les chiffres rendus publics, le président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, l’aurait emporté avec 53,66 % des voix, soit 2 474 179 suffrages. Il devancerait ainsi son principal challenger, Issa Tchiroma Bakary, qui conteste vigoureusement ces résultats et affirme être le véritable vainqueur du scrutin.

Une victoire controversée

Le scrutin, bien que présenté par les autorités comme un succès démocratique, suscite de vives critiques au sein de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et aujourd’hui leader d’une coalition de partis d’opposition, dénonce des manipulations dans le processus de dépouillement, évoquant un comptage parallèle effectué par ses équipes qui le créditerait de près de 60 % des suffrages exprimés.

« Ces résultats ne reflètent en rien la volonté du peuple camerounais. Nous avons des preuves de fraudes massives, d’intimidations dans certaines régions et de bourrages d’urnes », a déclaré M. Tchiroma lors d’une conférence de presse à Yaoundé.

Un processus électoral sous tension

Comme lors des précédents scrutins, l’élection de 2025 s’est déroulée dans un contexte sécuritaire tendu, notamment dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où l’instabilité persistante a empêché la tenue normale du vote dans plusieurs localités. Des observateurs indépendants ont également relevé plusieurs dysfonctionnements, entre autres, le retards dans l’ouverture de bureaux de vote, le manque de transparence dans la transmission des procès-verbaux, et l’absence de représentants de l’opposition dans certaines commissions locales.

Malgré ces critiques, la Commission électorale nationale a validé les résultats, estimant que les irrégularités signalées n’étaient pas « de nature à remettre en cause la sincérité du scrutin ».

Un paysage politique figé

À 92 ans, Paul Biya entame potentiellement un huitième mandat à la tête du Cameroun, dans un climat politique marqué par l’usure du pouvoir et une méfiance croissante de la population envers les institutions. Son maintien prolongé à la tête de l’État alimente les accusations de dérive autoritaire et de confiscation du processus démocratique.

Plusieurs voix, notamment au sein de la diaspora camerounaise, appellent à une réforme profonde du système électoral, par la création d’une commission électorale véritablement indépendante, refonte du fichier électoral, et garantie de conditions équitables pour tous les candidats.

Et après ?

Le camp d’Issa Tchiroma Bakary envisage désormais de saisir la Cour constitutionnelle, bien que celle-ci soit perçue par une partie de l’opinion comme inféodée au pouvoir exécutif. Des mobilisations pacifiques sont également prévues dans les jours à venir, malgré les mises en garde du gouvernement, qui appelle à la « responsabilité » et à « l’acceptation du verdict démocratique ».

La situation demeure volatile, avec un risque réel de contestation populaire si les revendications de transparence ne sont pas entendues. Pour de nombreux Camerounais, cette élection pourrait bien constituer une nouvelle occasion manquée de renouveau démocratique dans un pays dirigé sans alternance depuis plus de quatre décennies.

Guelord Lubonzu

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