Dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante en République Démocratique du Congo (RDC), le professeur Paul-René Lohata, intellectuel et analyste politique, défend l’importance du dialogue comme voie privilégiée pour rétablir la paix. Interrogé sur la démarche controversée de la CENCO-ECC, qui a engagé des pourparlers avec les rebelles du M23, il souligne que la démocratie repose sur la contradiction et qu’une unanimité totale est rare en temps de guerre.
Pour lui, les églises, qu’elles soient catholiques, protestantes ou de réveil, ont un rôle à jouer, mais la paix est l’affaire de tous les Congolais. Il plaide pour une cessation des hostilités, arguant que « ceux que l’on ne peut pas gagner sur le terrain d’affrontement, on peut les gagner sur le terrain du dialogue ». Face aux divisions politiques, il appelle à une harmonisation des positions et à une intervention gouvernementale encadrer les négociations en vue pour garantir l’ordre et éviter de nouvelles pertes humaines.
Ci-dessous, son interview accordée au Magazine Réveil Congo.
Réveil Congo : La démarche de la CENCO-ECC n’obtient pas l’unanimité au sein de toute la classe politique congolaise. L’Union Sacrée de la Nation, l’UDPS et d’autres pasteurs reprochent à cette démarche un caractère non inclusif. Il semble que les évêques de ces deux églises ont bombé la torse en se déplaçant jusqu’à Goma pour prendre langue avec les belligérants du M23/AFC. Qu’en dites-vous ?
Prof. Paul-René Lohata : Oui, je voudrais vous dire que nous sommes dans une civilisation démocratique, et la démocratie repose généralement et universellement sur la contradiction.
Il est difficile que vous puissiez obtenir une unanimité à 100% sur une question au sujet de la guerre. Oui, les problèmes, ce sont les rapports de force. Vous ne pouvez pas comparer nos églises de réveil avec les églises chrétiennes d’ordre catholique ou d’ordre protestant. On ne peut pas comparer, et je pense que s’ils l’ont fait, ils n’ont jamais dit, les églises, je reviens, les églises catholiques et protestantes n’ont jamais dit qu’il n’y a qu’elles qui doivent entreprendre cette démarche.
Tout Congolais peut faire quelque chose pour qu’il y ait la paix. Et alors, en racontant aujourd’hui Nangaa et les autres belligérants, je ne crois pas que l’église catholique ait fermé les portes. Si les autres se sentent capables d’entreprendre les démarches, c’est à eux de voir, parce que le chef de l’État les avait reçus. Maintenant qu’ils entreprennent des démarches pour se faire recevoir par les autres belligérants, notamment M23 et l’AFC.
Réveil Congo : Ce sera une démarche parallèle
PRL : Non, mais ils finiront par harmoniser les conclusions, les rapports. Ils ont été reçus comme les catholiques et les protestants par le Chef de l’État, s’ils pensent qu’ils sont forts, qu’ils peuvent être acceptés par tous les protagonistes, et si c’est possible, à la fin, on pourrait chercher à harmoniser les positions, les résultats que les uns et les autres pourraient apporter.
Réveil Congo : Mais professeur, ne voyez-vous pas qu’aujourd’hui c’est un peu… Il semble que c’est un aveu de faiblesse pour la RDC de s’approcher des gens qui ont tué ses enfants. Ne voyez-vous pas que coalition-là, cette démarche-là, CENCO-ECC, a exagéré au moment où Kinshasa a dit qu’il ne faut pas négocier avec les rebelles du M23 ?
PRL : Bon, vous dites qu’ils ont exagéré. Moi, je pense qu’ils auraient pu le faire plus tôt parce qu’on aurait pu épargner les vies des Congolais de Goma. On l’a fait tardivement, mais comme je l’ai dit au départ, mieux vaut tard que jamais. Il faut épargner les vies.
Ceux que l’on ne peut pas gagner sur le terrain d’affrontement, on peut les gagner sur le terrain du dialogue. C’est ça l’élément le plus important. La guerre recherche la victoire, les négociations recherchent la paix. Et je pense que nous avons connu beaucoup de pertes, comme vous le dites, et qu’à un moment donné, il faut savoir arrêter. Si on ne sait pas arrêter, alors on connaîtrait encore beaucoup de problèmes dans la mesure où vous connaissez les faiblesses de notre armée.
Je ne dis pas que notre armée n’est pas forte, elle est forte mais l’organisation n’a pas été parfaite et ne nous a pas permis de vaincre ceux qui sont venus nous agresser.
Réveil Congo : Mais d’après vous, qui seront normalement autour de cette table des négociations ou du dialogue ? Parce qu’on voit du côté du FCC, Kabila qui dit, ses généraux qui disent qu’il ne faut pas dialoguer. Mais on a aussi l’UDPS qui a brandi des menaces pour dire non, on ne va pas dialoguer, l’UDPS fera tout pour faire imposer la paix.
PRL: Si on ne dialogue pas, ceux qui refusent le dialogue risquent de se faire marginalisés, que ce soit d’un côté comme de l’autre. Le dialogue est déjà annoncé et je pense que le gouvernement pourra intervenir pour mettre de l’ordre. Parce que le premier souci de tout gouvernement, c’est d’assurer l’ordre, faire en sorte que la paix puisse régner dans la société.
On a tenté avec la guerre, jusque-là la guerre n’est pas encore terminée. Et si elle continue, il y aura toujours des pertes, aussi bien au plan des vies humaines qu’au plan des biens. Et à un moment donné, il faut arrêter.
Tous ceux qui ne veulent pas de la paix, qu’ils apportent la paix, qu’ils aient les moyens de les vaincre par la guerre. Il ne faut même pas attendre un jour pour mieux faire. Il ne faut même pas attendre 50 minutes pour mieux faire.
Il faut intervenir aussitôt que possible. Et je pense que ces négociations permettraient qu’on accède facilement à la paix. On est en démocratie.
Il est difficile que toutes les positions puissent s’accorder. Mais à un moment donné, je pense que l’option de la guerre me paraît celle qui puisse donner des résultats effondrés.
Propos recueillis par AKAMUS

