Alors que le Sud-Kivu, sa province d’origine, est ravagé par la guerre, les déplacements massifs de populations et une crise humanitaire aiguë, l’honorable Bahati Lukwebo a choisi de célébrer son anniversaire dans le luxe ostentatoire… à Dubaï. Images de faste, propos jugés méprisants, décor clinquant : une scène qui choque profondément une partie de l’opinion congolaise.
Cette célébration intervient dans un contexte national particulièrement sombre. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, des milliers de familles vivent dans des camps de déplacés, sans nourriture suffisante, sans soins de santé adéquats, et sous la menace permanente de l’insécurité. Le contraste est brutal. Et pour beaucoup, indécent.
Une fête qui réveille la colère
L’événement n’est pas passé inaperçu. Il a provoqué une vague d’indignation, notamment au sein des communautés du Kivu. Pour plusieurs observateurs, Bahati Lukwebo ne ferait que suivre une tendance déjà critiquée au sommet de l’État : une élite politique accusée de fêter, voyager et s’enrichir, pendant que le pays saigne.
« On ne fait pas la fête lorsque la maison du voisin brûle. Mais il est encore plus inconscient de faire la fête lorsque c’est sa propre maison qui brûle », écrit Patrick Mundeke, fils du Kivu et membre du Collectif des Notabilités du Kivu, dans une lettre ouverte devenue virale.
Une lettre ouverte sans concession
Dans ce texte au ton sévère, Patrick Mundeke fustige ce qu’il qualifie d’opulence insolente et de rupture morale entre les dirigeants et le peuple.
« Honte de voir un responsable politique congolais afficher une opulence insolente pendant que ses compatriotes meurent de faim, vivent dans les camps de déplacés et fuient la guerre », écrit-il.
Il rappelle que les populations aujourd’hui abandonnées sont celles-là mêmes qui ont porté ces dirigeants au pouvoir : « Ce sont ces mêmes Congolais qui vous ont donné leur voix. Ce sont eux qui vous ont donné le pouvoir. Et vous osez dire : “Nous ne devons rien à personne” ».
Un symbole d’une classe politique déconnectée
Au-delà de la personne de Bahati Lukwebo, cette polémique cristallise un malaise plus large : celui d’une classe politique accusée d’égoïsme, de cupidité et de déconnexion totale des réalités du terrain.
La lettre va plus loin, rappelant le passé controversé de l’homme politique et l’absence perçue de projets structurants ou d’actions humanitaires à son actif :
« Depuis, votre nom ne résonne jamais dans les projets de développement, ni dans les actions humanitaires. On l’entend uniquement dans les combinés pour saigner les caisses de l’État ».
Le contraste avec le terrain
Patrick Mundeke oppose cette fête luxueuse à son propre engagement personnel auprès des déplacés et des orphelinats de Goma : « J’ai renoncé à la fête de mon anniversaire afin de partager le peu que j’avais avec des orphelinats de Goma ». Un contraste qui renforce le sentiment d’injustice et nourrit la colère populaire.
Et cette phrase, lourde de sens : « L’histoire retiendra les noms. Elle jugera les actes. Elle départagera les dignes des indignes ».
Un anniversaire qui laisse un goût amer
En définitive, ce qui aurait pu rester une célébration privée est devenu un symbole politique. Un symbole de fracture entre dirigeants et citoyens, entre luxe et survie, entre fêtes à l’étranger et larmes dans les camps de déplacés.
Dans un pays meurtri par des décennies de conflits, chaque geste public compte. Et pour beaucoup de Congolais, ce “bon anniversaire” à Dubaï sonne aujourd’hui comme une provocation de trop.
Certains extraits de cet article ont été censurés par Réveil Congo, tiré de libregrandlac / Titre Réveil Congo

