« On ne signe pas la paix pour prolonger une occupation, mais pour y mettre fin », dit un diplomate africain. La République démocratique du Congo et le Rwanda signent aujourd’hui (vendredi 27 juin) à Washington, un accord de paix salué comme « une étape importante » pour la stabilité de la partie orientale du Congo. Le Département d’État américain, par la voix de son porte-parole adjoint Tommy Pigott, l’a confirmé : « La paix sur le papier doit être concrétisée sur le terrain. »
Pourtant, derrière la poignée de main officielle se cache une réalité plus dure : aucun retrait immédiat des troupes rwandaises n’est prévu, pas de dégâts chronogramme, malgré l’existence d’un instrument contraignant, la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exige ce retrait. La RDC pouvait s’en servir comme un levier afin d’appuyer sur l’accélérateur afin d’obtenir cette résolution dans le cadre de cet accord.
Adoptée pour contrer l’offensive du M23 soutenue par Kigali selon plusieurs rapports , la résolution 2773 ne laissait pourtant aucune ambiguïté. Elle condamne l’offensive du M23, exige son retrait de Goma, Bukavu et des zones occupées, et demande expressément aux troupes rwandaises de quitter le territoire congolais.
Un levier diplomatique puissant, qui aurait pu permettre à Kinshasa de poser comme condition non négociable, le départ immédiat de toutes forces étrangères.
Mais l’accord signé à Washington temporise : il évoque la cessation des hostilités, le désengagement progressif, et l’intégration conditionnelle des groupes armés mais sans calendrier précis pour le retrait rwandais.
Pourquoi Kinshasa a cédé ?
Pour de nombreux analystes, le choix du Congo s’explique par la réalité du rapport de force et par le poids des parrains occidentaux. Pour Washington, la priorité reste de stabiliser la région, même si cela suppose un compromis avec Kigali, présenté comme un partenaire stratégique.
En coulisses, la RDC a donc accepté une paix « graduelle », misant sur la mise en œuvre d’un mécanisme conjoint de sécurité et d’un cadre d’intégration économique régionale, en espérant que la présence rwandaise se réduira d’elle-même.
Mais sur le terrain, l’équation reste la même : la paix ne peut être totale tant qu’une armée étrangère occupe le sol national, et le M23 conserve ses positions. Pour nombre de Congolais, cette signature ressemble à une victoire diplomatique pour Kigali, qui obtient du temps.
Une résolution sans force ?
L’autre paradoxe tient à l’ONU. Car la résolution 2773 reste une obligation juridique, mais sans mécanisme d’application automatique. Faute de rapport de force militaire, Kinshasa doit encore compter sur la bonne volonté du Rwanda et la pression internationale.
En d’autres termes, la paix sur papier n’a pas suffi à imposer une paix immédiate sur le terrain.
Il faudra du courage politique, du suivi diplomatique et une pression constante pour que l’accord ne reste pas une simple signature sans lendemains.
Rédaction

