Par Prof. Dr. Ngoie Joel Nshisso
Président international du Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger (FICE)
« Personne ne doit obtenir par le dialogue ce qu’il n’a pas obtenu démocratiquement par les urnes, ni ce qu’il cherche à obtenir par la force des armes ».
« Un dialogue national et inclusif des congolais tenu à l’étranger et sous la direction des médiateurs étrangers serait la répétition et le piège qui avaient écarté le Président Etienne Tshisekedi de la scène politique, créèrent la présidence 1+4 donnant ainsi l’occasion à l’infiltration de toutes les institutions et pondirent la constitution de la trahison »
« Un dialogue national inclusif sans la condition de Vérité, Réparation et Reconcialiation équivaut à un pardon des génocidaires nos peuples que même Jésus ne saurait accorder »
L’annonce du dialogue national voulu par le Président de la République a suscité autant d’espoir que d’interrogations. Si beaucoup de Congolais saluent la volonté de rechercher une solution politique à la crise multiforme que traverse notre pays, d’autres craignent que ce dialogue ne reproduise les erreurs du passé : des compromis politiques conclus au profit de quelques acteurs, tandis que les véritables préoccupations du peuple demeurent sans réponse.
Ces inquiétudes sont d’autant plus compréhensibles que l’initiative du dialogue a été portée par une coalition de responsables religieux qui, selon de nombreux observateurs, ont plaidé en faveur d’un cadre de discussions incluant l’opposition politique ainsi que les mouvements armés AFC/M23. Cette perception, qu’elle soit partagée ou contestée, impose un impératif : lever toute ambiguïté sur les objectifs du dialogue et rassurer la Nation.
La République démocratique du Congo ne peut plus se permettre des dialogues qui deviennent des mécanismes de redistribution du pouvoir ou qui donnent l’impression que la violence constitue un raccourci vers les institutions de la République.
Depuis les accords de Sun City jusqu’aux différents arrangements politiques intervenus ces dernières décennies, notre pays a souvent privilégié des solutions de circonstance. Si certaines ont permis d’éviter l’effondrement de l’État, beaucoup ont également laissé une impression durable d’impunité et d’injustice. Chaque rébellion qui accède à la table des négociations sans rendre compte de ses actes envoie un message dangereux : celui que les armes ouvrent les portes du pouvoir plus rapidement que les urnes.
Cette logique doit prendre fin.
Le dialogue national ne peut réussir que s’il repose sur un principe fondamental :
Personne ne doit obtenir par le dialogue ce qu’il n’a pas obtenu démocratiquement par les urnes, ni ce qu’il cherche à obtenir par la force des armes.
Ce principe protège à la fois la démocratie, la Constitution et la souveraineté du peuple.
Les groupes armés qui souhaitent contribuer à la paix doivent naturellement être associés au processus de pacification. Toutefois, leur participation au dialogue politique ne saurait être automatique. Elle devrait être conditionnée à un cessez-le-feu effectif et vérifiable, au renoncement définitif à la violence, au respect de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo ainsi qu’à un engagement dans un processus de Vérité, Justice, Réconciliation et Réparation envers les victimes des massacres, des viols, des déplacements forcés et des destructions qui ont endeuillé l’Est du pays.
La paix véritable ne consiste pas à oublier les victimes. Elle consiste à reconnaître leur souffrance, à établir la vérité et à construire une réconciliation fondée sur la justice.
Le dialogue doit également être réellement inclusif. Il ne peut se limiter aux acteurs politiques traditionnels. Les institutions de la République, la majorité, l’opposition républicaine, les confessions religieuses, la société civile, les autorités coutumières, les organisations de femmes et de jeunes, les personnalités académiques/universitaires, le secteur privé ainsi que la diaspora congolaise organisée doivent participer à la réflexion sur l’avenir du pays.
À cet égard, le Forum des Intellectuels Congolais de l’Étranger (FICE) rappelle que la diaspora ne revendique ni des postes ni des privilèges. Elle demande une représentation institutionnelle légitime, transparente et représentative. Présente sur les cinq continents, la diaspora contribue chaque année au développement national par ses transferts financiers, ses investissements, son expertise, ses réseaux internationaux et son plaidoyer diplomatique. Exclure cette force vive serait priver la Nation d’une partie de son intelligence collective.
Le dialogue devrait également se garder d’aborder les ambitions individuelles ou les intérêts des acteurs politiques. Son objet ne doit être ni le partage des responsabilités gouvernementales, ni la préparation des prochaines compétitions électorales. Il doit porter exclusivement sur les réformes susceptibles de consolider durablement l’État : la sécurité, la justice, la gouvernance, la décentralisation, les institutions électorales, le développement économique et la réconciliation nationale.
Une Commission nationale des réformes pourrait être mise en place afin d’évaluer les forces et les faiblesses des institutions actuelles et de formuler des propositions concernant la gouvernance, la justice, la sécurité, la décentralisation, le système électoral, le développement économique et la participation citoyenne. Les recommandations issues de cette commission devraient ensuite être examinées et mises en œuvre conformément aux procédures prévues par la Constitution et les lois de la République, afin que leur légitimité repose sur la volonté souveraine du peuple congolais.
La RDC traverse l’une des périodes les plus décisives de son histoire. Face à l’agression extérieure, aux défis sécuritaires, économiques et sociaux, notre pays a besoin d’unir toutes ses forces vives. Mais cette unité ne peut être bâtie sur des arrangements politiques fragiles. Elle doit reposer sur des principes clairs : la primauté de la Constitution, le respect des institutions, la condamnation de la violence, la justice pour les victimes et l’égalité de tous devant la loi.
Comme le rappelle avec force notre hymne national :
« Ô peuple ardent, Par le labeur, Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant, Dans la paix. »
Le véritable dialogue national sera celui qui réconciliera les Congolais sans récompenser la violence, qui renforcera les institutions sans les personnaliser, et qui préparera l’avenir de la République plutôt que celui des ambitions individuelles.
C’est à ce prix que le dialogue deviendra un véritable pacte national pour la paix, la justice, la cohésion et le développement durable de la République démocratique du Congo.
Prof. Dr. Ngoie Joel Nshisso
Président international
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