À Kinshasa, la colère monte, la lassitude s’installe, et un constat s’impose : la capitale sombre dans une crise sécuritaire sans précédent. Mobondo, braquages, violences gratuites, insécurité endémique… C’est un véritable cauchemar collectif qui s’est installé dans le quotidien des Kinois. Dans les communes populaires comme dans les artères huppées du centre-ville, le même sentiment domine : celui d’être livrés à eux-mêmes.
Au milieu de cette débâcle, un nom revient avec insistance : Jacquemin Shabani, Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, sécurité et affaires coutumières. Son ministère, pourtant clé dans le rétablissement de l’ordre public, semble naviguer à vue. L’homme multiplierait les annonces tapageuses devant les caméras, mais la réalité sur le terrain révèle une toute autre vérité : le leadership promis n’est jamais arrivé, la stratégie de modernisation de la police n’a jamais dépassé le stade des discours, et les résultats sont catastrophiques.
Jacquemin Shabani est-il dépassé par les évènements ?
Dans un contexte où les kulunas font régner leur loi et où les hommes en uniforme eux-mêmes se retrouvent impliqués dans des scandales, il devient difficile de nier l’évidence qu’il aurait failli.
Non seulement le taux de criminalité explose, mais l’absence de réformes concrètes dans la police laisse apparaître un système bloqué, inefficace, parfois complice. La double paralysie sécuritaire n’est pas le fruit du hasard : elle est le reflet direct d’une gestion brouillonne, marquée par l’improvisation et les effets d’annonce.
Et comme si cela ne suffisait pas, le VPM de l’Intérieur semble aujourd’hui prêt à franchir une nouvelle ligne rouge : créer une instabilité institutionnelle en s’attaquant frontalement au gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, en diligentant une mission de contrôle illégale, visant à détourner l’attention de sa gestion de la crise humanitaire liée aux inondations d’avril 2025, pour lesquelles il a présidé la commission ad hoc.
Pour tout expert avisé, cette mission de contrôle, qui en réalité n’en est pas une, est inconstitutionnelle pour plusieurs raisons :
– Kinshasa est régie par la libre administration des provinces (articles 3, 171, 195 à 198, 204 et 221 de la Constitution) ;
– Kinshasa jouit d’une autonomie de gestion de ses ressources humaines, financières, économiques et techniques ;
– Les ressources de Kinshasa sont distinctes de celles du gouvernement central ;
– Le contrôle des finances de Kinshasa ne peut être effectué que par l’Assemblée provinciale, l’IGF et la Cour des comptes (article 46 de la Loi organique de 2008 sur la libre administration des provinces).
Récuser cette mission inconstitutionnelle ne signifie pas rejeter la bonne gouvernance. La Ville a travaillé tout au long de l’année 2024 sous l’encadrement de l’IGF, à la demande de son gouverneur. Cette année, elle a déposé son rapport auprès de la Cour des comptes. Par ailleurs, un autre rapport a été transmis à la Direction des rééditions des comptes pour rendre compte de la gestion des fonds du Gouvernement central mis à sa disposition.
Alors pourquoi cette offensive ? Pour de nombreux observateurs, la réponse est évidente :Jacquemin Shabani cherche un bouc émissaire.
Face à un bilan sécuritaire désastreux, face à une population excédée, face à une police paralysée, le VPM préfère détourner l’attention plutôt que d’assumer ses responsabilités.
Kinshasa mérite mieux qu’un bras de fer institutionnel artificiellement créé. Elle mérite un ministère de l’Intérieur qui protège, pas qui se protège. Elle mérite un leadership responsable, pas un jeu de diversion permanent.
Fin

