Le retour de Joseph Kabila sur la scène politique congolaise n’en finit pas de faire grincer des dents. Alors qu’il vient tout juste d’annoncer son retour d’exil, c’est une voix d’autorité morale, celle du Prix Nobel de la paix Denis Mukwege, qui prend la parole pour dénoncer une série d’ambiguïtés troublantes.
Dans un entretien accordé à un média international, le célèbre gynécologue congolais n’a pas mâché ses mots. Pour lui, l’ancien chef de l’État congolais n’a jamais eu une position claire vis-à-vis du Rwanda, pourtant désigné depuis des années comme un acteur majeur de la déstabilisation dans l’Est de la RDC. Le silence de Kabila sur les agissements de Kigali et sur le rôle du président Paul Kagame serait, selon Mukwege, un indice lourd de sens.
Ce flou est d’autant plus suspect que le retour de Kabila s’est effectué par Goma, ville frontalière du Rwanda, un détail que Mukwege n’hésite pas à souligner. Il estime que l’absence de dénonciation claire du Rwanda en tant qu’agresseur est non seulement incompréhensible, mais aussi révélatrice d’une proximité dérangeante. « Certains signes ne trompent pas », fait-il remarquer, soulignant que le timing et le lieu choisis par l’ancien président congolais ne doivent rien au hasard.
À ses yeux, l’échec sécuritaire dans l’Est du pays est patent. Alors que le groupe armé M23, soutenu par Kigali, a pris le contrôle de Goma en janvier 2025, Mukwege s’alarme de ce qu’il qualifie de « désastre » et fustige la dépendance du gouvernement congolais à des forces extérieures pour assurer la sécurité du territoire national. La SADC, l’Ouganda, le Qatar, les États-Unis… tant d’initiatives dispersées, qui selon lui, nécessitent une coordination internationale rigoureuse, voire une conférence régionale pour espérer un apaisement durable.
Mukwege, revenu sur son expérience politique de 2023, ne cache pas sa profonde désillusion. Il évoque une corruption systémique, presque impossible à contourner, où l’intégrité semble devenue un luxe rare. Une réalité amère qui l’a éloigné des arènes électorales, sans pour autant éteindre son engagement pour la paix et la justice. Malgré la déception, il se dit prêt à répondre à l’appel de son peuple, chaque fois que celui-ci exigera une voix pour les sans-voix.
Dr Denis Mukwege alerte également que le régime actuel a atteint un niveau élevé de corruption que du temps de Kabila. Il affirme qu’il n’y a pas de différence entre ces deux présidents dans leur gestion du pays.
« Nous savons qu’en 2018 ce n’est pas Félix Tshisekedi qui avait gagné les élections, nous savons que M. Kabila a choisi son successeur (…) et aujourd’hui, il vient pour faire un sacrifice suprême pour reprendre le pouvoir, c’est quelle façon d’agir. Il devrait d’abord présenter des excuses au peuple congolais… », a-t-il dit.

