9 avril 2024 – 29 avril 2025 : une année jour pour jour depuis le renouvellement de l’exécutif provincial au Kasaï Central. Alors que cette transition politique suscitait de nombreux espoirs, une question s’impose désormais : que peuvent encore accomplir le gouvernement provincial et l’Assemblée provinciale pour impulser un véritable développement local ?
Recentrer l’action politique sur les vraies priorités
Dans une province confrontée à de nombreux défis socio-économiques, la population attend des signaux clairs en matière de développement et de bonne gouvernance. Des voix de plus en plus insistantes, notamment au sein de la société civile, rappellent aux autorités provinciales — exécutif comme députés — leurs responsabilités fondamentales.
Parmi les priorités, deux enjeux cruciaux reviennent avec insistance : la mobilisation des ressources propres et la réorientation du débat politique** vers des problématiques locales concrètes.
Un cadre légal souvent ignoré
Conformément à l’article 204 de la Constitution, les provinces jouissent de compétences exclusives dans plusieurs domaines, dont la fiscalité locale. Cela inclut, entre autres, la gestion de l’impôt foncier, des revenus locatifs ou encore de la taxe sur les véhicules automoteurs. **Autant de leviers stratégiques encore largement sous-exploités** au Kasaï Central.
Des ressources négligées
Si elles étaient bien mobilisées, ces recettes fiscales permettraient de financer des infrastructures essentielles : voirie urbaine, éclairage public, écoles, centres de santé, etc.
Pourtant, nombre d’observateurs s’accordent à dire que ni le gouvernement provincial ni l’Assemblée provinciale ne se sont véritablement emparés de ces enjeux. « Il n’est pas normal que les députés provinciaux s’encombrent de dossiers relevant du gouvernement central, pendant que la régularisation des taxes locales ou la traçabilité des recettes de marché public sont ignorées », déplore un membre influent de la société civile.
Les députés provinciaux face à leurs responsabilités
Dans un système décentralisé, les députés provinciaux ne sont pas appelés à se substituer au pouvoir central. Leur mission première consiste à légiférer sur les matières relevant de la province et **à exercer un contrôle rigoureux sur l’action de l’exécutif**. Cela implique notamment :
* le suivi de la gestion des ressources fiscales ;
* le contrôle de l’exécution du budget provincial ;
* et la veille à l’application des édits votés.
Plutôt que de se perdre dans des polémiques politiques ou des débats sur des compétences qui relèvent de Kinshasa, les élus gagneraient à concentrer leurs efforts sur des sujets concrets et locaux : fiscalité des activités économiques, régularisation foncière, gestion du patrimoine public, traçabilité des recettes, etc.
L’urgence d’un plan fiscal crédible
Le gouvernement Kambulu Nkonko est aujourd’hui attendu sur un terrain stratégique : celui de la mise en œuvre rapide et rigoureuse des outils juridiques à sa disposition. Parmi les actions attendues :
* Adoption d’édits fiscaux actualisés ;
* Renforcement de l’administration fiscale provinciale ;
* Numérisation des procédures de déclaration et de paiement ;
* Redevabilité sur l’affectation des recettes collectées.
Il est plus que temps de passer des discours aux actes, pendant que l’Assemblée provinciale joue pleinement son rôle de vigie démocratique.
Une responsabilité commune, une exigence citoyenne
« Le développement du Kasaï Central ne viendra ni de Kinshasa, ni des bailleurs internationaux, si les autorités provinciales elles-mêmes ne démontrent pas leur capacité à mobiliser et à gérer efficacement leurs propres ressources », martèle un cadre de la société civile.
Pour répondre aux attentes pressantes de la population, il est indispensable que **le gouvernement provincial agisse avec efficacité, pendant que les députés assument leur rôle de contrôle, en lien avec les priorités budgétaires, fiscales et sociales du territoire.
Stéphane Joël Kande

