La semaine s’achève sur une note délétère pour le gouverneur de la Ville -province de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki. En ce sens, une procédure d’interpellation a été ouverte en son encontre, à l’Assemblée provinciale, portée par le député Aubin Mukanu Isukama. Un deuxième dossier concerne le contrôle sur la gestion des finances publiques de la Ville, dont une correspondance a été signée par le Vice-premier ministre, ministre de l’intérieur, sécurité et affaires coutumières, Jacquemain Shabani.
Interpellation
L’ambiance était particulièrement tendue, vendredi 28 novembre 2025, au sein de l’Assemblée provinciale de Kinshasa après le dépôt officiel d’une correspondance du député Aubin Mukanu Isukama. Dans ce document enregistré par le secrétariat du président de l’institution, l’élu demande l’interpellation du gouverneur Daniel Bumba Lubaki, conformément aux articles 200 et suivants du Règlement intérieur.
Datée du même jour, la lettre est adressée au président de l’Assemblée, avec copie à tous les membres du bureau. Mukanu exige que le gouverneur vienne s’expliquer sur l’état d’avancement de son action.
Le député motive sa démarche par la nécessité d’obtenir un bilan intermédiaire de la mise en œuvre de la politique générale du gouvernement provincial. Il s’agit pour l’Assemblée de vérifier si le programme quinquennal qu’elle avait validé progresse réellement.
Cette initiative intervient dans un climat de critiques persistantes contre la gestion de la capitale : insalubrité chronique, routes en mauvais état, montée de l’insécurité, gestion contestée des marchés publics, et manque de solutions durables dans les transports.
Dans plusieurs communes, les habitants expriment désormais ouvertement leur ras-le-bol : « Trop c’est trop, Kinshasa mérite mieux ».
Répercussions politiques
L’interpellation demandée ne se limite pas à une simple formalité parlementaire. Elle survient à un moment où de nombreux observateurs estiment que l’Exécutif provincial peine à répondre aux défis immenses d’une ville en pleine expansion.
L’audition du gouverneur Daniel Bumba pourrait ouvrir la voie à un débat plus large sur l’efficacité des politiques publiques engagées depuis le début du mandat. Selon les conclusions qui seront retenues, cette démarche pourrait mener à des recommandations fortes, à des ajustements profonds, ou même à une remise en cause plus frontale de l’équipe en place.
La procédure étant désormais lancée, le bureau de l’Assemblée devra examiner la demande et fixer la date de l’interpellation. Un rendez-vous suivi de près par la classe politique comme par la population kinoise, qui espère voir émerger des réponses concrètes à ses difficultés quotidiennes.
Contrôle des finances de la Ville
Comme si cela ne suffisait pas, une autre procédure vise également le gouverneur. Daniel Bumba a récemment accusé réception d’une correspondance signée par le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, annonçant un contrôle des finances publiques de la ville.
Le gouverneur, tout en accusant réception, rappelle toutefois les limites fixées par la loi : selon lui, un tel contrôle ne peut être mené que dans le cadre strict des textes qui régissent la tutelle administrative. Une manière diplomatique de rappeler les frontières constitutionnelles du pouvoir du VPM.
Plusieurs experts abondent dans le même sens. Selon eux, le VPM de l’Intérieur n’a pas la compétence légale pour diligenter un audit financier. Ils estiment que cette initiative empiète sur les prérogatives exclusives de l’Inspection générale des finances (IGF) et de la Cour des comptes, les seules institutions habilitées à auditer les entités publiques comme la Ville de Kinshasa.
Certains analystes vont même plus loin et évoquent une démarche « potentiellement politique plutôt qu’un contrôle institutionnel normal », laissant entendre que Daniel Bumba serait la cible d’une initiative qui dépasse le simple cadre administratif.
Bumba fonce malgré tout…
En dépit des critiques qui s’accumulent et d’un climat institutionnel tendu, Daniel Bumba garde le cap. Le gouverneur continue de dérouler son agenda comme pour démontrer, sur le terrain, qu’il n’a pas renoncé à transformer la capitale.
La signature, le 26 novembre, d’un partenariat avec l’entreprise Polymer en est la preuve la plus récente : dans le cadre du programme « Kinshasa ezo bonga », la ville mise désormais sur la production et la distribution de sacs-poubelle pour renforcer la collecte des déchets. Un geste que Bumba a présenté lui-même comme une « avancée concrète » en affirmant : « Kinshasa progresse, et nous avec elle. »
Mais derrière cette annonce, c’est tout un enchaînement d’actions qui témoigne de l’activisme du gouverneur. Ces dernières semaines, il a lancé une vaste opération d’urgence d’assainissement, avec l’ambition de redonner à Kinshasa son image de « Kin la belle ». Dans les communes, il a exigé des réponses rapides : 72 heures pour que les bourgmestres présentent des plans précis contre les montagnes de déchets, les poches d’insécurité et les nuisances qui pourrissent la vie des habitants.
Sur le terrain, Daniel Bumba s’est aussi montré très présent autour des principaux chantiers routiers. On l’a vu inspecter les travaux, interroger les ingénieurs, presser les équipes, comme s’il voulait accélérer chaque étape. Objectif : réduire les embouteillages qui paralysent quotidiennement la capitale et fluidifier les grands axes en cours d’aménagement.
Dans les coulisses de l’Hôtel de ville, il pousse également les conseils communaux à renforcer leurs dispositifs de propreté et à resserrer les mailles de la gestion des déchets. Une mobilisation qui vise à montrer que, malgré la pression politique et les procédures en cours, l’action publique continue.
Autant de scènes qui, mises bout à bout, donnent l’image d’un gouverneur en mouvement, soucieux de prouver que son administration n’est pas immobile au moment même où elle est questionnée.
Mais un autre constat revient régulièrement dans les discussions de rue comme dans les analyses politiques : le véritable péché de Daniel Bumba serait peut-être l’absence d’une équipe suffisamment aguerrie pour porter et concrétiser sa vision.
Car au-delà des annonces, des visites de terrain et des partenariats signés, une partie de la population attend désormais moins de promesses que de résultats visibles. Kinshasa veut du concret, et vite.
Bumba à la croisée des chemins
Au final, le sort de Daniel Bumba apparaît suspendu entre pressions institutionnelles, tensions internes au sein même de la famille politique du pouvoir et attentes croissantes d’une population à bout de souffle. L’interpellation initiée par l’Assemblée provinciale et le contrôle controversé lancé par Jacquemain Shabani illustrent un moment de vérité pour le gouverneur de Kinshasa : celui où l’action politique se heurte à l’exigence de résultats tangibles.
Même si Bumba multiplie les initiatives pour redorer l’image de la capitale, la crise de confiance demeure profonde, alimentée à la fois par les constats du président Tshisekedi sur la gestion des immondices et par les critiques constantes de l’opposition. Entre accusations d’ingérence, soupçons de calculs politiques et lourdeur des défis urbains, le gouverneur se retrouve à la croisée des chemins.
La Rédaction

