Le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) de la République démocratique du Congo a décidé de geler provisoirement l’attribution du titre de Docteur Honoris Causa dans toutes les institutions universitaires du pays.
Cette décision, annoncée par la ministre Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna, vise à encadrer de manière rigoureuse l’octroi de cette prestigieuse distinction, jugée ces dernières années comme trop souvent galvaudée.
Une dérive inquiétante pointée par l’ESU
La ministre justifie cette suspension par une banalisation croissante du titre, qui a fini par altérer son image et son prestige, tant au sein du monde académique que dans l’opinion publique. Selon elle, certains établissements ont accordé cette reconnaissance « de manière désinvolte », sans véritable respect pour sa valeur symbolique. Désormais, tout manquement à cette mesure transitoire sera sanctionné par des mesures administratives et disciplinaires.
Une distinction symbolique, mais trop souvent détournée
Le Doctorat Honoris Causa, dont le nom latin signifie littéralement « pour l’honneur », est l’une des plus hautes distinctions que peut délivrer une université. Contrairement au doctorat académique, il ne valide pas un parcours d’études, mais rend hommage à des contributions exceptionnelles dans un domaine : sciences, arts, droits humains, politique, etc.
Cette tradition remonte au XVIIIe siècle et s’est répandue à l’échelle mondiale, récompensant des figures marquantes telles que Nelson Mandela, des scientifiques de renom, des artistes ou des défenseurs de grandes causes. En RDC, cependant, l’usage parfois excessif ou politiquement orienté de cette reconnaissance a soulevé des critiques croissantes.
Quelques exemples récents en RDC
Parmi les personnalités congolaises ayant reçu cette distinction, certaines ont suscité le consensus, d’autres la polémique.
Félix Tshisekedi, président de la République, a été décoré en octobre 2023 par l’Université de Kinshasa. Cette décision visait à saluer ses actions dans l’éducation, les réformes budgétaires et la diplomatie. Cependant, certains universitaires y ont vu une dérive politique, éloignée de l’esprit du titre.
En mars 2020, le docteur Denis Mukwege, mondialement reconnu pour son combat contre les violences sexuelles, a reçu le même honneur de l’Université protestante au Congo. Pour beaucoup, cette reconnaissance incarnait parfaitement l’essence du Doctorat Honoris Causa.
Plus récemment, en août 2024, Barnabé Muakadi, directeur général des impôts, a été honoré par l’Université chrétienne de Kinshasa pour ses résultats dans la mobilisation des recettes fiscales. Si ses mérites sont reconnus, certains observateurs restent critiques sur l’opportunité d’un tel hommage dans un cadre académique.
Vers une réglementation claire et exigeante
Face à ces controverses, le ministère de l’ESU veut redonner au Doctorat Honoris Causa sa valeur symbolique et académique, en instaurant des critères clairs, une procédure transparente, et des garde-fous contre les abus. Une réforme réglementaire est en cours d’élaboration, et aucune université ne pourra octroyer ce titre tant que ce nouveau cadre ne sera pas adopté.
Ce durcissement vise à préserver la crédibilité de l’université congolaise et à restaurer la solennité d’une distinction qui ne devrait récompenser que des parcours véritablement exemplaires. Reste à savoir si cette volonté de réforme pourra s’imposer face aux pratiques enracinées et aux pressions diverses.
Guelord Lubonzu

