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Politique

Révision Constitutionnelle : Bahati se rebelle contre Tshisekedi (Exclusif RDC)

La conférence de presse tenue mercredi par Modeste Bahati Lukwebo a provoqué un frémissement notable dans le paysage politique de la République démocratique du Congo. Derrière une prise de position sur la Constitution se profile en réalité un débat plus profond : celui des lignes de fracture au sein même de la majorité présidentielle. En s’opposant publiquement à toute modification de la Constitution, le président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A) s’inscrit en faux avec une orientation que le chef de l’État Félix Tshisekedi avait lui-même évoquée lors d’une adresse à Kisangani, où il estimait que la Loi fondamentale, adoptée en 2006, ne correspondrait plus entièrement aux réalités congolaises.

La sortie de Bahati ne vise donc pas uniquement les thèses juridiques défendues par le constitutionnaliste Evariste Boshab dans le débat national. Elle constitue, de fait, une prise de distance politique avec la vision exprimée par le président de la République.

Le spectre du précédent du G7

Cette séquence rappelle à plusieurs analystes un épisode marquant de la vie politique congolaise : la fronde du G7 en 2015 sous le régime de Joseph Kabila. À l’époque, ce groupe d’anciens alliés du pouvoir parmi lesquels Moïse Katumbi et Christian Mwando Nsimba avait quitté la majorité présidentielle pour s’opposer à toute tentative de prolongation du mandat présidentiel. Le parallèle n’est pas fortuit. Bahati Lukwebo avait été associé à cette dynamique politique avant de choisir finalement de rester dans l’orbite du pouvoir kabiliste lorsque les équilibres politiques lui étaient favorables.

Aujourd’hui, la question ressurgit avec acuité : assiste-t-on à un simple désaccord stratégique ou au prélude d’une nouvelle dissidence ?

L’équation politique de l’AFDC-A Le positionnement actuel de Bahati Lukwebo doit également être analysé à l’aune du poids réel de son regroupement politique. Aux élections législatives de 2023, l’AFDC-A s’est imposée comme l’une des forces parlementaires importantes de la majorité, avec plus d’une trentaine de députés nationaux. Un score qui la place parmi les regroupements influents, même si elle reste derrière des formations majeures comme l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Mais dans la configuration institutionnelle issue de ces élections, plusieurs cadres de l’AFDC-A ont estimé que leur poids politique ne s’est pas pleinement traduit dans la composition du gouvernement conduit par la Première ministre Judith Suminwa. Ce décalage nourrit, dans certains cercles politiques, l’idée d’une frustration latente au sein du camp Bahati. Dans ce contexte, la sortie médiatique du leader de l’AFDC-A apparaît moins comme un débat strictement constitutionnel que comme un signal politique.

En rappelant son opposition à toute révision de la Constitution, Bahati Lukwebo se repositionne dans le débat national tout en marquant son autonomie au sein de la majorité. Une stratégie classique dans les coalitions politiques : affirmer sa différence sans rompre immédiatement l’équilibre.

Une parole récupérée par les adversaires du pouvoir

Cependant, cette prise de distance n’est pas sans conséquences. Dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays notamment autour des activités de l’AFC/M23 les adversaires du pouvoir n’ont pas tardé à exploiter ces divergences internes.

Dans certains discours critiques du régime, la position de Bahati est présentée comme la preuve d’une fragilité politique au sommet de l’État. Une interprétation qui, même contestable, illustre la sensibilité extrême du débat politique congolais dans un contexte de crise sécuritaire.

Une position institutionnelle fragilisée

À cette équation politique s’ajoute une autre variable : la stabilité de Bahati Lukwebo au sein des institutions. Au Sénat de la République démocratique du Congo, des discussions circulent autour d’une pétition visant à contester son maintien au poste de deuxième vice-président de la chambre haute. Si cette initiative devait prospérer, elle traduirait une escalade dans les tensions politiques autour de sa position. Jusqu’où ira Bahati ? La véritable interrogation demeure donc politique : jusqu’où Modeste Bahati Lukwebo est-il prêt à pousser sa logique de différenciation ?

Restera-t-il dans la majorité présidentielle en cultivant une posture critique ? Ou franchira-t-il le seuil d’une rupture politique, comme certains de ses anciens compagnons du G7 l’avaient fait sous l’ère Kabila ?

Dans l’histoire politique congolaise, ces moments de divergence interne ont souvent été les prémices de recompositions majeures. Pour l’heure, Bahati Lukwebo semble jouer une partition délicate : celle d’un allié qui rappelle son poids politique sans encore rompre les amarres.

Mais dans la mécanique imprévisible des alliances congolaises, ce type de signal peut parfois annoncer bien plus qu’un simple désaccord.

Source : Exclusif RDC

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