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Provinces

Bakisi : chefferie ou secteur ? Une confusion administrative qui divise la population de Shabunda

La question du statut administratif de Bakisi continue de plonger la population dans une profonde incertitude dans le territoire de Shabunda, province du Sud-Kivu. Entre partisans de la chefferie et défenseurs du secteur, autorités politiques, chefs de villages et responsables de groupements s’opposent, chacun défendant des intérêts divergents, ce qui entretient une confusion persistante au sein des communautés locales.

Depuis la publication au Journal officiel de la décision du Conseil d’État annulant le statut de chefferie et confirmant celui de secteur, les divisions se sont accentuées dans les sept groupements qui composent cette entité.

Selon la décision rendue le 11 février 2020 par le Conseil d’État, Bakisi doit être considéré comme un secteur et non une chefferie, conformément à l’arrêté n°21/258 du 10 décembre 1957. Cette décision fait suite à une requête introduite en 2019 par un ressortissant de Shabunda résidant à Kinshasa.

Dans ses conclusions, la haute juridiction estime que la reconnaissance d’un chef de chefferie dans une entité légalement érigée en secteur viole les dispositions de l’article 137 point 2 de l’ordonnance n°82/006 du 25 février 1982 portant organisation territoriale, politique et administrative, qui prévoit que le chef de collectivité-secteur doit être élu par le conseil de collectivité.

La société civile locale avait salué cette décision, la considérant comme un retour à la légalité administrative. Elle a ensuite appelé les autorités compétentes à désigner rapidement un chef de secteur intérimaire, en attendant l’organisation d’élections devant permettre l’installation officielle d’un responsable du secteur de Bakisi.

Cependant, sur le terrain, l’application de cette décision reste partielle. Certaines entités continuent de fonctionner sous la logique de la chefferie, notamment dans la perception des taxes et impôts, tandis que d’autres se réfèrent désormais uniquement au secteur, qui ne dispose toujours pas d’un animateur officiel.

De leur côté, certains notables estiment que cette question avait déjà été tranchée depuis plusieurs années, mais que son application a été freinée par l’insécurité, les difficultés administratives et l’enclavement de la région.

Cette divergence d’interprétation, combinée aux intérêts des acteurs politiques et locaux, contribue à maintenir un climat de tension et de confusion institutionnelle dans l’entité.

Dans ce contexte, la population de Bakisi reste la principale victime de cette dualité administrative. Entre deux autorités concurrentes, les habitants évoluent dans une situation d’incertitude, sans cadre unique clairement établi pour la gestion des affaires locales.

Ce flou administratif alimente les incompréhensions et fragilise la cohésion dans les sept groupements de Shabunda.

Face à cette situation, la population s’interroge : jusqu’à quand cette confusion perdurera-t-elle, et quand les autorités compétentes parviendront-elles à mettre en œuvre de manière effective la décision du Conseil d’État afin de rétablir un ordre administratif clair et stable ?

Isaka Kijana

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