Alors que la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle épidémie d’Ebola, les spécialistes de la santé appellent à une approche plus globale de la prévention des maladies zoonotiques, c’est-à-dire celles transmises des animaux à l’homme.
Pour le Professeur Justin Masumu, expert en santé publique et chercheur au Laboratoire vétérinaire central, la lutte contre Ebola ne peut se limiter à la prise en charge des malades ou à la recherche de vaccins. Elle passe également par une meilleure compréhension des interactions entre l’homme, l’animal et l’environnement. Dans cet entretien accordé à la Rédaction de Réveil Congo, le mardi 03 Juin 2026, le scientifique revient sur les origines animales du virus Ebola, les facteurs favorisant sa résurgence en RDC, ainsi que les défis liés à la surveillance sanitaire. Il plaide en faveur de l’approche « One Health » (Une seule santé), qui vise à intégrer les dimensions humaine, animale et environnementale dans les stratégies de prévention et de réponse aux épidémies.
Réveil Congo : Comment expliquez-vous la résurgence de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo ?
Justin Masumu : Comme vous le savez depuis le temps ancien, les problèmes de santé que nous avons, ont pour origine l’animal. Même les grandes pandémies que nous avons connu à travers le monde avant et après Jésus-Christ, les animaux ont tous été impliqués, parce qu’ils ont des maladies qui circulent entre les humains. Et quand vous avez des épidémies, parfois il y a des médicaments et des vaccins que l’on peut gérer facilement. Mais les maladies qui arrivent, telles que Covid, Ebola, Marbourg etc on ne les connaissaient pas et chaque fois qu’elles entrent dans la communauté, les gens disent que nous n’avons pas des médicaments et vaccins.
Réveil Congo : Vous pointez du doigt les animaux comme étant la cause de certaines maladies dont souffre l’humanité. Est-il possible de mieux maîtriser ce risque ?
Justin Masumu : Le problème ce que nous ne les maîtrisons pas. Bien qu’Ebola soit là depuis 1976, nous avons encore des problèmes par rapport aux médicaments et même le vaccin qui est là ne protège pas contre toutes les couches et les scientifiques travaillent encore sur ça et c’est ça qui fait que Ebola soit une maladie très grave. Donc, les animaux que nous avons besoin pour notre existence malheureusement, développent des pathogènes.
RC : Quels types d’animaux sont principalement concernés : les animaux sauvages, les animaux domestiques ou les deux ?
JM: Les deux mais beaucoup plus les animaux sauvages, parce que naturellement ils sont plus résistants que les animaux domestiques placés dans certaines conditions qui ont fait qu’ils deviennent plus au moins fragiles et beaucoup des pathogènes qui circulent chez les animaux domestiques ont déjà été en contact avec nous. Mais chez les animaux sauvages, il y a beaucoup de virus et tant d’autres que nous ne connaissons pas.
RC : Quelles mesures devraient être prises pour réduire les risques de transmission des maladies des animaux vers l’homme ?
JM : Quel est le monde des animaux, c’est la brousse, la forêt et l’eau. Et quel est le monde des humains ? La Cité et que faire ? Restons chez nous et eux restent chez eux. Cela pourra régler le problème. Malheureusement ce n’est pas possible, nous vivons avec les animaux et nous en avons besoin pour vivre. Bref, c’est nous qui allons chercher le problème, eux ils sont là avec leurs virus et n’ont pas des problèmes et sont résistants. C’est lorsque nous entrons en contact avec eux que ces pathogènes passent chez l’homme. Donc, nous devons revisiter notre relation avec les animaux. Dans certains milieux comme à Kinshasa, où nous venons de mener une étude pour voir quels sont les facteurs qui sont à la base de ces pathogènes, ces sont les immondices. Et ailleurs, c’est le contact fréquent avec les animaux. C’est le cas de Mbandaka les humains vivent avec les animaux sauvages en plein forêt et dire qu’il n’y ait pas contact entre les animaux c’est vraiment difficile. C’est pourquoi dans le secteur animal, nous fournissons beaucoup d’efforts pour connaître à quel moment ce pathogène se fait. Si vous êtes en contact avec tel animal et à quel moment vous devez l’éviter.
RC : La sensibilisation des populations constitue-t-elle aujourd’hui un maillon essentiel de la prévention ?
JM : Sensibilisation oui. Mais en amont il faut savoir gérer les évidences. Vous ne pouvez jamais dire aux gens par exemple ceux du plateau de Bateke, qui consommaient hier des antilopes et aujourd’hui consomment des rongeurs pour leur survie, de n’est pas en consommer. Ils en mangeront toujours. Mais il faut leur dire que quand vous mangez un rongeur faite attention avec telle partie, c’est là où les pathogènes peuvent être ou quand vous le faite voilà comment le faire. Il faut utilisez des pratiques qui protègent et c’est en ce moment là que les gens pourront les adopter et se protéger.
RC:Vous plaidez pour l’approche « One Health ». En quoi ce concept peut-il contribuer à une meilleure lutte contre Ebola en RDC ?
JM : Je pense que One Health a sa place surtout dans nos milieux. Si vous allez dans les pays industrialisés, les gens s’occupent de la santé humaine sont bien équipés et bien motivés et font leur travail. Mais il y a à coté, beaucoup de maladies qui affectent l’homme provenant des animaux, de l’environnement, de la fiente et fièvre typhoïde etc. Si nous voulons protéger la santé de l’homme, nous devons avoir des animaux en bonne santé, un environnement sain, pas d’immondices et pas de saleté dans les rivières.
RC : Est ce que vous êtes associé dans cette lutte en tant que santé animale ?
JM : C’est depuis 2012 que le secteur de la santé animale a été impliquée. Pour preuve, dernièrement j’étais à Isiro. Il faut noter que pour la 17ème épidémie d’Ebola, c’est la même souche que nous avons connu en 2012. C’est comme ça que nous sommes diabolisés à l’extérieur et les gens croient que c’est une nouvelle souche. Ça toujours frappé l’Ouganda plusieurs fois et la RDC. Moi et le feu Masikita étions personnellement impliqués et depuis nous sommes toujours présent chaque fois qu’il y a épidémie.
RC : Comment le secteur de la santé animale est-il impliqué dans la lutte contre les différentes épidémies d’Ebola enregistrées en RDC ?
JM : Le laboratoire vétérinaire est le plus grand en Afrique centrale, nous avons établi beaucoup de techniques que nous réalisons ici et les techniques sont là. Mais la plus grande difficulté ces sont les moyens financiers, le remplacement et l’entretien des équipements. Le labo vétérinaire est là pour apporter son soutien au secteur animal. Et face à cela, nous avons besoin de l’appuie de l’extérieur mais malheureusement à notre niveau, nous n’avons pas beaucoup d’entrées. Si nous prenons le secteur animal séparé, beaucoup des partenaires mettent le paquet là-bas, c’est vrai que nous sommes humains. Si vous prenez l’OMS et vous le comparez à l’OMS A, n’y pas match. Il y a un déséquilibre a ce niveau là. C’est pourquoi nous parlons de One Health qui veut dire quand on finance l’OMS qu’on finance également l’OMSA, le FAO, le PNUE, afin que la santé des humains, des plantes et des animaux soit au même niveau. Même au niveau du pays, quand il y a un budget pour la santé humaine, il faut un budget pour la santé animale, végétale et environnementale. Ainsi, si nous voulons protéger l’homme on doit commencer par là, au cas contraire il y aura des maladies qui viendront matin midi et soir.
Rodriguez Kikamba

