Un procès qui bouleverse la confiance du public et met à nu les failles profondes de la sécurité nationale
Le procès du braquage spectaculaire survenu le 16 octobre dernier à l’agence Rawbank Victoire, dans la commune de Kalamu, a pris une tournure inattendue ce mardi devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe. Pour la première fois, les juges ont autorisé la diffusion publique des images issues des caméras de surveillance de la banque. Et ce que l’audience a découvert a glacé la salle.
Sur les vidéos projetées, on distingue clairement des hommes en uniforme policiers, militaires et éléments des FARDC censés sécuriser la scène du crime, en train de fouiller les coffres et d’empocher des liasses de billets. Le spectacle a provoqué des murmures, des cris d’indignation et même des larmes parmi les témoins présents. Le ministère public, à l’origine de cette demande de projection, a évoqué des « preuves accablantes » qui pourraient élargir l’enquête à de nouveaux accusés.
Pour rappel, ce braquage avait fait grand bruit à Kinshasa. Une bande, conduite selon l’accusation par Honorine Porsche, une Allemande d’origine congolaise, avait réussi à s’emparer de 10 500 dollars américains avant d’être neutralisée par les forces de l’ordre. Cinq personnes dont deux gardiens de la banque et deux commissaires de police, sont actuellement jugées pour vol à main armée, terrorisme et association de malfaiteurs. Deux autres suspects sont encore en fuite.
L’audience de ce 11 novembre, présidée par le major Freddy Ewume, a permis de confronter les témoins et les preuves visuelles. Le chef d’agence, Tshibwabwa Andy, présent à la barre, a confirmé :
« Ils étaient venus pour nous protéger, mais ils ont profité du désordre pour se servir eux-mêmes. »
Mais au-delà du procès, cette affaire met en lumière une crise plus profonde : le malaise au sein des forces de sécurité congolaises.
Des policiers et militaires mal payés, souvent laissés sans soutien logistique ni moral, glissent parfois du côté du crime. Ce constat, bien que dérangeant, résonne comme un signal d’alarme.
« Ce n’est pas un simple braquage, c’est un miroir de la République », laisse entendre un observateur
Ce procès doit donc servir d’électrochoc. Si les images choquent, elles rappellent surtout l’urgence de réformer en profondeur la gestion et la moralisation des forces de l’ordre. Car un État qui laisse ses uniformes s’avilir perd peu à peu sa crédibilité.
Et quand ceux qui devraient protéger deviennent les prédateurs, c’est toute la société qui vacille.
La Rédaction

