Aimer sa mère-patrie, un acte civique sublime. Une note introductive à des leçons populaires de patriotisme.(Par Prof. Dr P. Ngoma-Binda, Université de Kinshasa, enseignant d’Éthique Civique et Politique, ou d’« Éducation à la Citoyenneté », auteur du manuel La Participation Politique, 2020 ; bindadekin@gmail.com).
L’amour d’un vrai citoyen pour sa patrie est et doit être de degré égal à l’amour de l’enfant pour sa mère. Pour un enfant normal bien né et correctement éduqué, la mère génitrice et inévitablement nourricière est, aux côtés de son père, le plus cher des êtres au monde. Pour un citoyen, un être humain socialisé, mieux, profondément citoyennisé, la mère-patrie est la plus adorée de toutes les terres de vie ou d’habitation possible et pensable.
Être citoyen, c’est être un être épris, passionné, aimant, un être sincèrement et profondément amoureux de sa patrie. Quiconque manque d’aimer sa patrie n’est point un citoyen réel, un citoyen de conviction, un citoyen de cœur ; il est juste un citoyen de formalité juridique, une personne quelconque enregistrée aux services de l’état civil par formalité. On ne naît pas citoyen, on le devient. Devenir citoyen, c’est déployer un amour véritable, vibrant et profond à perpétuité pour sa mère-patrie, en temps de bonheur comme en temps de malheur, en sa présence comme dans son absence, près des yeux comme loin des yeux, dans des circonstances de paix comme dans celles de guerre injuste. Un bon citoyen est un être profondément patriote, vivant et témoignant d’une vie civique sans faille. Il est ce jeune homme absolument prêt à se sacrifier, à mourir pour sa mère en danger d’être injurié, d’être battue, d’être violée, d’être assassinée par des bandits inciviques. Un vrai citoyen est une personne qui à tout instant pratique et accomplit des actes civiques patriotiques, et de manière sublime, lorsque sa mère-patrie est en danger d’invasion, de mort, de destruction complète de par la fureur satanique des autres, de cyniques convoiteurs des biens de sa patrie.
Pratiquer le civisme patriotique c’est, fondamentalement, faire acte d’un amour vibrant, profond et sans bornes pour sa patrie, au moyen du plus grand nombre possible d’attitudes et de comportements exemplaires au quotidien et aux moments exceptionnels. Quelques actes patriotiques ?
1° Aimer sa patrie, c’est manifester un comportement civique, plus exactement, un comportement qui va dans le sens du respect des lois et règles qui organisent la société pour y apporter l’ordre, l’unité et la paix nécessaire au travail et à la coopération fructueuse entre les citoyens.
Aimer son pays, c’est s’astreindre à la discipline aussi bien intellectuelle que morale et civique. C’est faire preuve, en toute circonstance, des vertus d’obéissance aux lois du pays, d’honnêteté, de sens de justice, d’altruisme et d’empathie, de solidarité et d’amour à l’égard des compatriotes. Se comporter de manière civique, c’est sortir de la sauvagerie d’une vie de jungle où il n’y a ni loi ni ordre ; c’est se civiliser, c’est entrer dans la cité, qui se veut un territoire policé, rendu poli par la police morale et juridique intérieure, un espace de vie bien ordonné parce que régi par des lois rationnelles et justes, démocratiquement adoptées par tous ou par les représentants des citoyens. Se comporter de façon civique, c’est faire acte de civilité ; c’est, s’efforcer constamment de respecter les lois de la cité ainsi que ses concitoyens. Par concitoyens, il faut entendre aussi bien les autorités que toutes les autres personnes qui sont des pairs, des citoyens égaux ou des subordonnés. Du reste, nous sommes tous ontologiquement des pairs au sein de la cité nationale et terrestre.
2° Aimer sa patrie, c’est poser, à tout instant et en toutes les circonstances, des actes susceptibles d’accroître son honneur et sa dignité, de renforcer ses capacités et sa crédibilité, d’augmenter les potentialités de paix, d’unité et de cohésion de tous ses membres, d’assurer davantage de possibilités de progrès pour soi-même, pour les autres, et pour l’ensemble de la nation.
3° Aimer sa patrie, c’est éviter de commettre le moindre acte qui risque de souiller son honneur, de l’affaiblir face à ses ennemis et concurrents, d’handicaper ses efforts d’unité et de progrès, de prospérité et de puissance.
4° Aimer sa patrie, sa nation et ses concitoyens, c’est éviter de nuire à la patrie et à ses compatriotes, c’est éviter de leur faire quoi que ce soit qu’on n’aimerait jamais subir soi-même. Et la toute première interdiction ou le tout premier acte mauvais à éviter, c’est la commission de l’injustice ou le refus de donner à l’autre ce qui, dans le partage des biens, devrait lui revenir conformément à la raison et à l’équité.
Un dirigeant qui ne donne pas le salaire qu’il faut à ses ouvriers n’aime ni sa patrie, ni ses concitoyens, ni la paix, même s’il se proclame nationaliste ou patriote. Un gestionnaire qui vole les deniers publics pour les investir ailleurs, dans les autres pays, doit être condamné sévèrement, à mort s’il le faut, pour crime contre le civisme, pour trahison contre sa patrie et attentat délibéré à la vie de ses concitoyens. Il mérite triplement la peine la plus forte parce qu’il vole, parce qu’il prive ses concitoyens de possibilités de vie, et parce que, traître, il fournit aux étrangers de plus grandes possibilités d’avancer et, au besoin, d’exploiter davantage et de dominer les autres, y compris ses propres compatriotes, frères et sœurs.
5° Aimer sa patrie, c’est éviter, de toutes ses forces, de succomber à la tentation de la corruption, de la concussion, de la trahison, du détournement des biens publics et de la fraude fiscale. Tous ces maux dépriment l’économie nationale, désarticulent les mécanismes de fonctionnement d’une nation, jettent le pays dans le désordre et dans l’incapacité à s’acquitter de ses obligations sociales, matérielles, politiques et culturelles. Aimer sa patrie, c’est payer ses impôts et taxes, grâce auxquels se forme la richesse des nations et des citoyens.
Tous les pays forts du monde le sont devenus grâce à la discipline des citoyens, en particulier vis-à-vis de leurs obligations fiscales, vis-à-vis des vertus morales et sociales obligatoires. S’il y a, aux États-Unis d’Amérique, une violation de la loi qui est la plus crainte par tous les citoyens, du président de la république au plus humble d’entre eux, c’est la fraude fiscale. Cette pratique n’honore point quiconque s’y adonne ; bien au contraire, elle envoie à la honte et en prison. Un pays dont les citoyens versent dans les fraudes et les évasions fiscales est condamné à la pauvreté éternelle de la majorité de ses habitants quant à ses moyens de sécurité et de défense, à la faiblesse éternelle et à la dérision sur le plan international.
Le civisme fiscal est le premier atout de toute nation qui aspire à la puissance. Dans une société bien gouvernée, tout individu coupable de fraudes douanières et/ou fiscales est traité de la même manière qu’un voleur, qu’un détourneur des deniers et biens publics. Il est dénoncé et sanctionné très sévèrement, emprisonné et tous ses biens confisqués. Pour amener un pays au développement et à la puissance, la sanction à infliger à quiconque verse dans la fraude, l’évasion fiscale et/ou le détournement des deniers publics doit être très exemplaire par sa rigueur. Elle doit être à la fois une punition, une réparation et une dissuasion rigoureusement efficace pour les autres.
6° Aimer sa patrie, c’est éviter avec fermeté, et combattre de toutes ses forces, toute tentation de collusion avec les étrangers ennemis de son pays ou de ses chefs ; c’est refuser à tous les prix et sacrifices de se faire le complice ou l’instrument de domination et d’exploitation cynique de son propre pays par les étrangers et les concitoyens délinquants, égoïstes, sans âme ni grandeur.
7° Aimer sa patrie c’est, ainsi que Mzee Laurent-Désiré Kabila le disait bien fort, ne jamais trahir le Congo, notre patrie : ne jamais accepter de céder un seul morceau de son sol aux ennemis, c’est ne jamais servir de faire-valoir aux prédateurs, c’est ne jamais se rendre complice de leurs malfaisances et de leurs actes nuisibles contre sa propre patrie.
8° Aimer sa patrie, c’est la protéger sa mère, la défendre, jusqu’à sa dernière goutte de sang, contre tous ses ennemis, noirs ou blancs, concitoyens ou étrangers, voisins ou lointains. C’est l’exalter à la face du monde en soulignant ses vertus, ses qualités, sa beauté, ses potentialités et ses performances tout en voilant patriotiquement et stratégiquement tout ce qui peut flétrir sa dignité, ternir son honneur, décourager ses amis et tous ceux qui seraient portés à l’aimer, à y investir, à y vivre.
9° Aimer sa patrie, c’est savoir taire ses insuffisances et défauts vis-à-vis de ses ennemis, et néanmoins s’engager à lui proposer des orientations fécondes, à travers une critique responsable, lucide, positive et polie, formulée d’une manière propre à arracher l’approbation des destinataires ; aimer son pays, c’est ne point prêter les flancs de sa patrie aux attaques des ennemis.
Aucun enfant sérieux ne peut s’enrouler dans l’idiote volupté d’une critique désinvolte, irréfléchie ou mensongère, calomnieuse, pour des buts égoïstes, contre sa propre mère. La patrie est notre mère. Qu’elle soit belle ou laide, petite ou mastodonte, l’attachement filial nous contraint à l’aimer, et à la protéger énergiquement, de toutes ses forces, contre quiconque chercherait à la ridiculiser, à la violenter, à lui manquer de respect, à la battre ou à la soumettre à l’esclavage.
10° Aimer sa patrie, faire preuve de civisme patriotique, c’est, au total, se montrer véritablement bon citoyen ; c’est respecter les prescrits de la citoyenneté, en particulier celui de l’amour de la patrie et de ses compatriotes. Aimer ses compatriotes, c’est ne jamais accepter qu’ils soient massacrés, dominés, subjugués, exploités, spoliés ou réduits à l’esclavage par qui que ce soit, concitoyen ou étranger. Etre un citoyen véritable c’est, essentiellement, être un homme ou une femme responsable, un homme ou une femme de devoirs, qui se sait d’une manière claire coresponsable de la destinée, heureuse ou malheureuse, de sa patrie.
En ces temps précis douloureux où la patrie est sauvagement agressée et plusieurs de ses enfants, fils et filles, sont soumis à des souffrances horribles, le sens de la patrie, du patriotisme, est un acte de civisme suprême impératif et nécessaire. Au vu de toutes les cruautés qui sont perpétrées par Paul Kagame sur nos compatriotes depuis des décennies, mettant en avant un complice inimaginablement perdu, peut-on penser que Monsieur Corneille Nanga est un bon citoyen congolais ? Quelle que soit la nature de ses revendications, pouvait-il s’associer à un criminel aussi sanguinaire et impénitent qu’est le président rwandais ? Corneille Nanga entend-il défendre les intérêts de la patrie ou plutôt ses propres intérêts sordidement égoïstes ?
Il est impératif et urgent de conscientiser en profondeur à la citoyenneté. Et pour susciter et nourrir la flamme patriotique dans l’esprit et le cœur du citoyen, une pédagogie appropriée est indispensable. (Il faudra y revenir, et l’apprendre aux formateurs, et à la nation entière).

