Dans un contexte socio-économique où les avis se heurtent, où certains saluent les avancées visibles tandis que d’autres dénoncent un pilotage budgétaire flou et inégal, l’économiste Sigis Aberi Amoti prend la plume pour livrer une réflexion qu’il estime indispensable.
Conférencier aguerri sur les questions de gouvernance des institutions et d’entrepreneuriat, mais aussi acteur politique engagé, il signe ici, sa tribune publique très incisive, consacrée au Budget 2026, un exercice qu’il observe avec rigueur depuis des années.
Pour lui, l’heure n’est plus aux discours rassurants ou aux chiffres en apparence flatteurs. À travers une analyse précise et accessible, il interroge le sens réel de l’augmentation continue des budgets nationaux, passée de moins de 7 milliards à près de 25 milliards de dollars en cinq ans. Cette progression, souvent présentée comme un symbole de vitalité économique, contraste fortement avec les réalités vécues par les citoyens, les secteurs sociaux et les moteurs de croissance.
Dans cette tribune, Sigis Aberi Amoti invite à un débat responsable : celui de l’orientation budgétaire. Il questionne la cohérence, l’équité, la discipline et la finalité d’une loi des finances censée refléter les aspirations du peuple. Une démarche citoyenne, exigeante et profondément tournée vers l’intérêt général. Ci-dessous sa tribune :
Budget 2026 : entre équité, efficacité et saupoudrage. Quid de l’orientation budgétaire ? ( Tribune de Sigis Aberi Amoti )
Au cours des cinq dernières années, le budget de la RDC a connu un accroissement significatif. Il est passé successivement de 6,9 milliards à 9,9 milliards entre 2021 et 2022. La même tendance s’est poursuivie entre 2023 et 2024, d’un montant de 14 milliards à 16 milliards, pour enfin se situer à 17 milliards en 2025 (Loi des finances 2021, 2022, 2023, 2024 et 2025). Quant au budget de l’État 2026 sous examen, il est présenté en équilibre entre les recettes et les dépenses, pour une valeur d’environ 25 milliards de dollars américains.
Toutefois, l’évolution arithmétique de ces grandeurs budgétaires contraste avec la réalité. Au fil des ans, les budgets sont votés et exécutés sans répondre efficacement aux problèmes pour lesquels ils avaient été adoptés, quoique certains efforts puissent être revendiqués par l’exécutif.
À cet effet, il convient de se poser des questions sur l’orientation budgétaire de ces dernières années. L’essentiel des rapports sur l’exécution des budgets atteste des dépassements des crédits alloués aux Institutions de la République, au détriment des secteurs productifs et porteurs de croissance (Ministère du Budget, chaîne de la dépense, Direction du contrôle budgétaire, plan d’engagement budgétaire).
Par respect du principe de l’unité budgétaire, la RDC en tant qu’unité nationale se doit d’une loi des finances équitablement répartie, redistributive et pro-croissance.
Budget 2025 et rapports sur la réédition des comptes
Dans un contexte de gestion de la Respublica, la loi des finances, par définition, est la somme chiffrée du programme d’actions du gouvernement en vue d’apporter des solutions durables aux problèmes de la cité. Le budget reflète donc les aspirations du peuple et l’engagement de l’exécutif.
En RDC, l’exécution des budgets contraste avec les prévisions budgétaires. Les rapports sur la réédition des comptes font souvent état de pratiques budgétaires peu orthodoxes, violant les principes de redevabilité et de transparence nécessaires à la bonne gouvernance des finances publiques (voir rapport Réédition des comptes budget 2025). Ce dernier est plus récent et révélateur de ces pratiques.
L’exploitation dudit rapport met en lumière les faits suivants :
1. Grave dépassement des crédits au profit des institutions.
2. Non-respect de la chaîne de la dépense, associé à des dépenses extra-budgétaires.
3. Taux de mobilisation moyen des recettes publiques.
Vue sommaire du budget 2026
Du côté des recettes, on note l’absence d’efforts dans la mobilisation des ressources, alors que l’économie a renoué avec des taux de croissance positifs, synonymes d’activité, de création de richesse et, par ricochet, de recettes publiques. Lors du débat parlementaire, l’honorable député Professeur Godé Mpoyi évoque quant à lui la paresse de l’État dans la mobilisation des recettes publiques.
Du côté des dépenses, on observe plusieurs saupoudrages budgétaires au lieu de véritables crédits ciblés. Les crédits des institutions réunis dépassent largement les montants alloués aux secteurs de la santé, de l’agriculture, des transports et voies de communication, etc., bref, au secteur social.
Il ne sera donc guère surprenant que, lors de l’exécution du budget, le compte du Trésor accuse des déficits sur l’ensemble de l’année, comme l’indique la Note de conjoncture de la BCC d’octobre 2025.
Brève esquisse de l’orientation budgétaire en RDC et apport théorique
Au-delà d’une loi, le budget joue un rôle prépondérant dans la régulation conjoncturelle et la relance de l’économie. Associée à des politiques conjoncturelles, la politique budgétaire contribue activement au lissage des cycles, étant donné l’inefficacité des stabilisateurs automatiques en RDC.
Théoriquement, le concept d’orientation budgétaire évalue la proportion dans laquelle l’activité économique est impactée par les décisions de l’exécutif, et le solde primaire en constitue la mesure.
En tant que scientifique, nous faisons remarquer qu’après des années de rigueur budgétaire, un flou, un brouillage et un relâchement s’observent dans la discipline et la conduite budgétaire. Si les années 2004 à 2014 ont été considérées comme une décennie de reprise de la coopération internationale et de stabilité — ponctuée d’orientations budgétaires à la fois restrictives et expansionnistes sous contrôle —, la fin de la décennie 2015 à 2025 est, quant à elle, caractérisée par des déficits publics excessifs, un financement monétaire du déficit et l’absence de poursuite des réformes majeures dans les finances publiques.
En somme, nous proposons ce qui suit :
1. Un shutdown budgétaire par les élus du peuple avant le vote, afin d’améliorer le budget et de le rendre pro-croissance et pro-social.
2. La création, au niveau de la BCC, d’un comité budgétaire à l’instar du comité de pilotage de la politique monétaire, dans le souci de permettre à la politique budgétaire de jouer pleinement son rôle, plutôt que de la réduire aux seules séquences recettes-dépenses.
3. La mise en place de réformes structurelles visant à élargir l’assiette fiscale et l’accompagnement des provinces dans les efforts de mobilisation des recettes.
Sigis Aberi Amoti
Économiste et
Conférencier sur des questions de gouvernance des Institutions et Entrepreneuriat
-Acteur politique

