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Tribunes

Kinshasa : entre promesses et abandon, la ville en état d’insalubrité chronique (Tribune de Charlie Mingiedi)

Dans cette tribune, Charlie Mingiedi  choisit de mettre des mots sur un malaise que vivent chaque jour des millions de Kinois. Avec une plume directe, presque rythmée comme une mélodie qui revient en boucle, il décrit une ville qui s’enfonce dans l’insalubrité pendant que les autorités répètent, année après année, les mêmes refrains de promesses non tenues. Son texte sonne comme une musique familière : celle des indignations officielles, des réunions d’urgence annoncées, des campagnes d’assainissement lancées puis oubliées.

M. Charlie Mingiedi ne cherche pas l’exagération. Il expose simplement, mais fermement, une réalité que chacun peut constater : Kinshasa manque d’un système fiable de gestion des déchets, et le gouvernement semble redécouvrir le problème à chaque saison des pluies. À travers une analyse calme mais déterminée, il questionne, compare, et rappelle que d’autres villes africaines ont su se moderniser. Pourquoi pas Kinshasa ?

Le constat aujourd’hui est que, la salubrité un sujet aussi important commence à devenir banal, tant il se répète. Mais cette fois, même au sommet de l’État, le ton a changé. Lors du Conseil des ministres du vendredi 14 novembre 2025, le président Félix Tshisekedi a lui-même dénoncé « un manque de suivi manifeste » dans la gestion de la salubrité publique. Il a promis des sanctions contre toute défaillance et annoncé la convocation urgente des acteurs concernés pour une évaluation sérieuse et des décisions concrètes.

Nous vous prions de lire ci-dessous, sa énième tribune sur le portail d’Eveil et du changement:


Kinshasa : entre promesses et abandon, la ville en état d’insalubrité chronique
Aujourd’hui, je suis choqué. Choqué de constater que nos autorités continuent de nous prendre pour des sardines sans cervelle. Comment est-il possible de voir un État qui refuse d’assumer ses responsabilités les plus élémentaires envers ses propres citoyens ? Kinshasa étouffe dans l’insalubrité, et pourtant ce gouvernement semble découvrir chaque année un problème qu’il n’a jamais réellement affronté.
Depuis le début du deuxième mandat du président Félix Tshisekedi Tshilombo, nous n’avons entendu que des plaintes, des indignations, des inquiétudes, des fustigations. Hier encore, le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, lisait une communication présidentielle parlant d’une situation devenue « alarmante » et « catastrophique », avec la promesse d’une réunion d’urgence et de sanctions exemplaires.
Toujours les mêmes mots. Jamais les actes.
Le gouverneur de la ville province de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, pour sa part, lance régulièrement des opérations d’assainissement : KinshasaEzoBonga, curage, évacuation, embellissement… Ces campagnes sont médiatisées mais restent superficielles. Elles ne résolvent rien en profondeur. Elles ne créent ni système, ni organisation, ni pérennité.
Et pendant ce temps, certains, comme l’ancienne députée nationale Colette Tshomba Mombong, préfèrent condamner la population en parlant de « responsabilité citoyenne ».
Mais comment peut-on exiger un comportement parfait à une population qui n’a jamais été encadrée, ni éduquée, ni soutenue par son propre État ?  Quand vous n’apprenez rien à votre enfant, il fera ses besoins sur lui ou par terre. N’est-ce pas ? C’est exactement la situation de Kinshasa.
Les promesses oubliées : Ngobila, Bazaiba, Turquie, N’djili Brasserie…
Je me souviens : sous Gentiny Ngobila, on avait vu arriver des camions de Turquie via l’Angola. L’ancienne ministre de l’Environnement, Ève Bazaiba, promettait un site de traitement des déchets à N’djili Brasserie.
  • Où sont ces projets aujourd’hui ?
  • Où sont passées ces machines ?
  • Où en est ce centre ?

Tout s’est volatilisé, et personne ne rend de compte.

Résultat : la population se débrouille seule pour évacuer ses immondices. Ce que l’État congolais a trouvé de mieux à faire, c’est d’imposer à cette population déjà écrasée par la misère le SALONGO, une fuite manifeste de ses responsabilités régaliennes.
L’assainissement, une mission exclusive de l’État
Qu’on le rappelle clairement :  l’évacuation des immondices et le traitement des déchets sont une compétence exclusive de l’État.
Pas des mamans maraîchères.
Pas des motards.
Pas des enfants dans les avenues.
Pas des habitants abandonnés à eux-mêmes.
Le problème n’est pas que « les gens sont sales ».  Le problème, c’est que l’État n’a jamais mis en place un système national ou même municipal de gestion des déchets digne de ce nom.
Un exemple africain : Abidjan
Pendant que nous stagnons, d’autres pays africains avancent.  Prenons le cas de la Côte d’Ivoire.
Le gouvernement ivoirien, à travers le ministère de l’Assainissement et de la Salubrité (MINASS), a modernisé toute la chaîne opérationnelle des déchets du district autonome d’Abidjan. Deux opérateurs de renommée internationale — ECOTI et ECO Eburni ont été sélectionnés dans un cadre contractuel clair. En voici les Résultats :
  • 196 postes de groupage aménagés
  • 5 centres de transfert construits
  • 4 200 agents employés
  • 366 véhicules de collecte
  • 6 000 emplois directs et indirects créés
  • Un centre moderne de valorisation et d’enfouissement à Kossiwa, 100 hectares
  • Une capacité de traitement de 1 250 000 tonnes par an (≈ 4 200 tonnes/jour)
  • Un investissement de 40,73 milliards de francs CFA, soit 72 185 616,08 $
Grâce à cela, 85 % des déchets d’Abidjan sont collectés et traités.   Pourquoi la RDC n’arrive-t-elle pas à faire même 10 % de cela ?   La réponse est simple : chez nous, tout commence et s’arrête à la rétrocommission.
Et c’est cette mentalité qui tue Kinshasa.  La solution : un système, pas une photo sur Twitter.
Pour empêcher la population de jeter dans les caniveaux, il faut d’abord offrir une alternative réelle :
  • Des bacs poubelles obligatoires dans chaque parcelle
  • Des jours fixes de collecte
  • Des centres de transfert fonctionnels
  • Des camions réguliers
  • Des sanctions strictes pour les contrevenants
Mais on ne peut pas sanctionner ce que l’État n’a jamais organisé.
Conclusion : Il est temps que l’État congolais fasse son travail
Le président Tshisekedi, le gouverneur Bumba et toutes les autorités concernées doivent comprendre que l’assainissement n’est pas un slogan, mais un service public essentiel.
  • Il est temps de sortir du discours.
  • Il est temps de sortir du théâtre médiatique.
  • Il est temps de mettre en place un vrai système national de gestion des déchets.
Je demande à la nouvelle ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, Mme Marie Nyange Ndambo, de faire de ce problème son véritable cheval de bataille.
Kinshasa ne mérite pas ce chaos.
Les Kinois ne méritent pas cette humiliation.
Et l’État n’a plus d’excuse.
                               Par
Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba

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