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Tribunes

Le dangereux parallèle Bozizé-Kabila : Quand les anciens présidents deviennent chefs rebelles ! (Tribune)

Dans une analyse d’une rare fermeté, Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé, notable de Madimba et observateur attentif de la scène politique africaine, dresse un parallèle dérangeant entre deux figures autrefois portées par leurs peuples : François Bozizé et Joseph Kabila.

Selon lui, l’Afrique centrale fait face à un phénomène inquiétant : celui d’anciens présidents qui, plutôt que de se retirer avec dignité, glissent dans l’ombre des rébellions armées dans l’espoir de reconquérir un pouvoir perdu. Pour Charlie Mingiedi, cette dérive n’est ni un hasard ni un accident politique, mais la manifestation d’une culture dangereuse où certains dirigeants préfèrent saboter les institutions plutôt que d’accepter le verdict de l’histoire.

À travers ce texte, l’auteur expose comment Bozizé, affaibli et contesté, et Kabila, désormais rattrapé par son implication présumée dans la coalition rebelle AFC-M23, suivent un schéma similaire : contourner la voie démocratique pour tenter un retour par la force.

Mingiedi voit dans ces trajectoires une menace directe contre la souveraineté et la stabilité des États, mais surtout une insulte à la mémoire de ceux qui paient le prix du sang dans les régions meurtries. Son propos est clair : lorsqu’un ancien président choisit la rébellion, c’est toute la nation qui vacille.

Quand les anciens présidents deviennent chefs rebelles : le dangereux parallèle Bozizé – Kabila

L’histoire politique africaine nous rappelle parfois que certains dirigeants, au lieu de quitter la scène avec dignité, préfèrent s’inviter dans l’ombre des rébellions. C’est le cas de François Bozizé en Centrafrique. C’est aussi, désormais, le cas de Joseph Kabila Kabange, Hippolyte Kanambe de son vrai nom , en République démocratique du Congo. Deux trajectoires presque jumelles, deux dérives qui interrogent l’avenir de nos États et la valeur que certains accordent réellement à leurs nations.

François Bozizé : de chef d’État à exilé contesté

En 2025, François Bozizé est toujours en exil en Guinée-Bissau, sous la protection du président Umaro Sissoco Embaló. Déchu de son rôle de coordinateur de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) par d’autres chefs rebelles qui ont créé la faction rivale “CPC-Fondamentale”, son influence militaire et politique s’en trouve considérablement affaiblie.

Parallèlement, Bozizé et son parti, le Kwa Na Kwa (KNK), cherchent à réaffirmer leur influence sur la scène centrafricaine, malgré la perte de contrôle sur la rébellion.

Exil et poursuites :

  • Depuis 2023, Bozizé vit en exil en Guinée-Bissau, après avoir quitté le Tchad.
  • Il reste ciblé par un mandat d’arrêt international en Centrafrique pour crimes contre l’humanité et incitation au génocide.
  • La Cour Pénale Spéciale (CPS) a officiellement demandé aux autorités guinéennes de l’extrader afin qu’il réponde de ses actes devant la justice.

Joseph Kabila : la dérive congolaise, plus dangereuse encore

En RDC, nous assistons au même scénario, mais dans une dimension plus inquiétante.

Depuis mai 2025, les preuves se sont accumulées : Joseph Kabila Kabange, Hippolyte Kanambe de son vrai nom a rejoint la coalition rebelle AFC-M23 à Goma, et en est devenu le chef de facto.

Le temps du déni, des murmures et des faux-semblants est terminé. Le Congo doit regarder la vérité en face.

Comme Bozizé, Joseph Kabila a fait l’objet d’un mandat d’arrêt immédiat en septembre/octobre 2025, après avoir été condamné à la peine de mort par contumace par la justice militaire congolaise. Il est également considéré comme étant en exil depuis fin 2023, ayant quitté le pays discrètement en décembre 2023 et été aperçu en Afrique du Sud au début de 2024.

Au lieu d’incarner l’homme d’État à un moment où la nation est agressée, Kabila choisit l’alliance avec ceux qui déchirent l’Est du pays, incendient les villages, violent nos femmes et dispersent nos familles.

Là où le Congo attendait un patriote, Kanambe a préféré devenir stratège de guerre.

Les membres du PPRD et du regroupement politique FCC ne cachent plus leur enthousiasme, affirmant à qui veut l’entendre que leur autorité morale va revenir au pouvoir, de gré ou de force.

Et Kabila semble vouloir accomplir ce qu’il avait promis. En août 2018, lors de son dernier sommet en tant que président de la RDC à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à Gaborone, Botswana, il déclarait à ses pairs :

“Je ne vous dis pas au revoir, mais à bientôt.”

Voilà qui éclaire ses intentions : ce n’est pas un départ définitif, c’est un retour programmé, réfléchi, calculé.

Le vieux principe : déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul

Bozizé et Kabila partagent la même logique :  prendre aux institutions ce qu’ils ne peuvent plus obtenir par les urnes,  sacrifier la stabilité nationale pour maintenir leur influence, changer de camp dès qu’ils sentent leur pouvoir leur échapper.  Les deux font la paire.

C’est la politique de prédation par excellence : on reprend par les armes ce qu’on n’a plus par la légitimité.

Conclusion

Maintenant que le gouvernement congolais et l’AFC/M23 ont signé l’accord-cadre pour la paix à Doha, sous la médiation du Qatar, une question centrale demeure, brûlante, incontournable : quel est le sort réservé à leur chef désigné, Joseph Kabila Kabange, Hippolyte Kanambe de son vrai nom ?

Les négociateurs l’assurent : selon les propos du Vice-Premier ministre, Kanambe serait simplement “pris en charge” par l’accord, sans “traitement spécial”. Pas de privilège, disent-ils. Mais alors, si ce n’est pas un privilège, comment faut-il appeler le fait qu’un ancien président de la République, impliqué de manière flagrante dans une coalition rebelle, se retrouve soudain exonéré des conséquences de ses actes ?

Parce que là, réside l’indignation du peuple et la mienne.

Si Joseph Kabila, alias Hippolyte Kanambe, peut jouir de la protection d’un accord de paix après avoir dirigé, inspiré ou accompagné une rébellion meurtrière, cela signifie une seule chose : les Congolais sont morts pour rien à l’Est pendant la prise de pouvoir de l’AFC-M23.

Et pire encore : cela ouvre la porte à une jurisprudence dangereuse, un précédent politique toxique qui dit ceci : tout ancien président congolais peut, demain, prendre les armes contre sa propre Nation… et revenir à la table des négociations comme si de rien n’était.

C’est non seulement inacceptable, c’est une insulte à la mémoire de ceux qui sont tombés, à la dignité de notre République, à l’honneur même de l’État.

La paix, oui. L’amnésie, jamais.

Parce qu’un pays qui refuse la vérité finit toujours par renoncer à sa souveraineté.

Par : Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé

Activiste, Penseur et Notable de Madimba.

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