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Société

Kinshasa : les “prophètes de rue” gagnent du terrain pendant que la misère progresse

Kinshasa, 9h. En face de la station UPN, une foule compacte se presse autour d’un homme présenté comme prophète. Des vendeuses avec leurs bassins de légumes, des élèves en uniforme, des mamans, des chauffeurs en pause… Tous soudain figés, suspendus à ses paroles. Au milieu du chaos habituel de ce carrefour bondé, une autre activité s’impose : la prière publique.

Ce matin-là, le “prophète” affirme avoir vu « cinq personnes menacées par leur famille ». Il les appelle à s’avancer pour une délivrance. Deux seulement se manifestent. Les trois autres demeurent introuvables, mais l’homme insiste, compte jusqu’à trois pour les faire sortir. Rien. Puis viennent les impositions de mains, rapides, au milieu des klaxons, des cris des vendeurs et des bus jaunes qui serpentent entre les étals.

Une scène banale, mais révélatrice d’une tendance devenue presque incontrôlable dans la capitale, la prolifération des prières de rue, ces rassemblements improvisés où des “hommes de Dieu” transforment les artères de Kinshasa en temples à ciel ouvert.

Pourquoi tant de monde s’arrête ?

Avec la crise sociale, le chômage, l’instabilité familiale et les difficultés du quotidien, beaucoup cherchent un refuge spirituel, une parole d’espoir ou une promesse de changement. La foi reste une force majeure pour des millions de Congolais. Mais ce phénomène favorise aussi une multiplication de dérives.

Prophéties vagues, manipulations émotionnelles, promesses de miracles instantanés, mises en scène spirituelles… Le tout dans un pays où l’on prie énormément, et pourtant où les injustices, la misère et la violence persistent.

Prière ou manipulation ?

Chercher Dieu n’a rien de problématique. Mais la scène observée à l’UPN révèle un malaise plus profond, de nombreux Congolais, fragilisés par leurs conditions de vie, deviennent vulnérables aux discours de prophètes improvisés.

Dans une société où l’État peine à offrir des solutions concrètes, la rue devient un refuge. Mais aussi, un espace où certains exploitent la détresse et la crédulité.

La RDC, pays de grande foi mais de grandes souffrances

La contradiction saute aux yeux, la RDC est l’un des pays les plus religieux d’Afrique, mais aussi l’un de ceux où les maux sociaux demeurent les plus enracinés. Les prières remplacent parfois l’action, et la “manne du ciel” devient le dernier recours pour ceux qui n’ont plus de filets sociaux pour les soutenir.

Au-delà de la foi, une réflexion s’impose : combien de temps encore les Congolais devront-ils chercher des solutions dans la rue, faute d’en trouver dans les structures censées les protéger ?

Martin Tadiya, Actu2.cd

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