La ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi, a appelé mardi 6 octobre les responsables des médias nationaux et internationaux à s’impliquer durablement dans la campagne de solidarité nationale lancée par le gouvernement congolais.
La rencontre, organisée à Kinshasa, a réuni 51 responsables des médias autour des enjeux de cette campagne, des mécanismes de collaboration avec les médias et des moyens de renforcer la mobilisation des citoyens, des partenaires et des acteurs sociaux en faveur des populations vulnérables.
S’adressant directement aux professionnels des médias, Ève Bazaiba a insisté sur le rôle stratégique de la presse dans la réussite de cette initiative.
« J’ai besoin de vous. Je vous dis à cœur ouvert, j’ai besoin de vous. Sans vous, ça ne réussira pas », a-t-elle déclaré.
15 millions de Congolais pourraient avoir besoin d’une assistance humanitaire en 2026
Dans son intervention, la ministre a dressé un état des lieux des principales situations qui alimentent les besoins humanitaires en République démocratique du Congo.
Selon les estimations présentées, environ 15 millions de Congolais pourraient se retrouver en situation de besoin d’assistance humanitaire en 2026. Ève Bazaiba a notamment évoqué les déplacements forcés liés aux conflits armés, les épidémies, les catastrophes climatiques ainsi que certaines crises provoquées par des facteurs humains.
Elle a indiqué que les conflits armés représentent environ 60 % des causes des crises humanitaires prises en charge par son ministère, avec plus de 7 millions de personnes déplacées internes en RDC.
Les épidémies représenteraient environ 25 % des causes, tandis que les aléas climatiques compteraient pour environ 15 %, selon les données communiquées lors de la réunion.

La ministre a également évoqué d’autres catégories vulnérables : victimes de violences basées sur le genre, personnes vivant avec handicap, enfants en situation de rue, personnes âgées, personnes vivant avec des maladies chroniques ainsi que des Congolais privés d’accès à l’éducation ou à l’alphabétisation.
Pour répondre à l’ensemble de ces besoins, elle estime à 1,4 milliard de dollars les ressources nécessaires pour faire face aux urgences humanitaires, sans même inclure l’ensemble des besoins relevant du volet social.
Une baisse importante des financements humanitaires extérieurs
Ève Bazaiba a par ailleurs alerté sur la diminution des financements humanitaires internationaux, qui oblige, selon elle, la RDC à rechercher de nouvelles sources de solidarité.
Elle a évoqué une perte importante des financements humanitaires provenant notamment du Royaume-Uni et des États-Unis, estimant que cette situation impose désormais de diversifier les mécanismes de mobilisation des ressources.
« Un rôle d’un responsable, c’est aussi l’initiative, la créativité, diversifier maintenant les ressources », a-t-elle souligné.

C’est dans ce contexte que la ministre entend renforcer la solidarité nationale, en sollicitant davantage les Congolais, les personnes physiques et morales, les entreprises ainsi que les partenaires présents en RDC.
Une campagne désormais conçue comme permanente
La ministre a rappelé que la campagne de solidarité nationale avait été annoncée par le chef de l’État le 27 juillet, avant son lancement effectif le 27 août.
Elle a précisé que cette initiative n’était pas une création entièrement nouvelle, des campagnes similaires ayant déjà été organisées sous ses prédécesseurs, notamment en 2022 et 2024.
La nouveauté, selon elle, réside dans le choix d’en faire une campagne permanente, et non une opération ponctuelle de collecte.
« Tant que les problèmes sont encore permanents, j’ai donc le devoir d’avoir une campagne permanente en vue de faire face à ces problèmes », a-t-elle expliqué.
La ministre a toutefois précisé que cette solidarité ne devait pas se substituer à la responsabilité de l’État. Elle doit plutôt constituer un mécanisme complémentaire permettant aux citoyens et aux acteurs privés de contribuer aux efforts publics.
Des mécanismes publics pour collecter les dons
Ève Bazaiba a également présenté les mécanismes institutionnels destinés à encadrer les contributions.
Elle a notamment évoqué la possibilité de collecter les contributions financières, notamment en espèces et par chèques, à travers les structures publiques concernées.
Pour les dons en nature, elle a annoncé la mise en place d’un centre de collecte de fonds et de biens, destiné à recevoir notamment les vivres et les biens non alimentaires.

La ministre a insisté sur la nécessité de garantir la crédibilité, la traçabilité et la transparence des contributions recueillies dans le cadre de la campagne.
« Les médias doivent être les véritables canaux » de la solidarité
Au cœur de la rencontre figurait surtout la question du rôle des médias.
Ève Bazaiba estime que la campagne ne peut atteindre les citoyens sans une communication régulière et structurée.
Elle a appelé les médias à réfléchir avec son ministère à des mécanismes de collaboration durable, plutôt qu’à se limiter à la couverture ponctuelle des activités officielles.
La ministre souhaite notamment que les médias puissent contribuer à sensibiliser les Congolais, y compris ceux vivant à l’étranger, mais également les entreprises et partenaires susceptibles de participer aux efforts de solidarité.
Elle a ainsi invité les responsables des médias à envisager l’intégration de cette campagne dans leurs différentes lignes éditoriales et espaces de diffusion.
Vers un partenariat durable avec les médias
La rencontre avait également pour objectif de recueillir les propositions des professionnels des médias sur les mécanismes susceptibles de rendre cette collaboration efficace.
Ève Bazaiba a dit vouloir établir un partenariat formel entre son ministère et les médias afin de renforcer la couverture des actions humanitaires et sociales, mais aussi de créer une dynamique nationale autour de la solidarité.
Pour la ministre, la presse doit permettre de rapprocher les différentes catégories de la population congolaise autour des difficultés rencontrées dans les différentes provinces.
Elle a notamment évoqué l’idée que la souffrance d’une personne à Goma, dans le Nord-Kivu, à Fizi ou ailleurs puisse mobiliser des Congolais vivant à Kinshasa, dans le Kasaï, le Haut-Katanga, le Sankuru ou dans d’autres régions du pays.
« La souffrance d’un Congolais à Goma intéresse les Congolais de Harme », a-t-elle déclaré, appelant à renforcer le sentiment d’une solidarité nationale dépassant les frontières provinciales.


