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Joseph Kabila invité au Sénat le mardi 20 Mai à la Commission spéciale : entre réquisitoire controversé et appels à la cohésion nationale !

Le Palais du Peuple s’apprête à vivre un moment décisif de l’histoire institutionnelle de la RDC. L’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, devenu sénateur à vie, est convoqué ce mardi 20 mai 2025 à 11 heures pour une séance de travail avec la Commission spéciale du Sénat. La rencontre, prévue dans la Salle des Conférences Internationales, vise à entendre sa version des faits avant toute décision sur une éventuelle levée de ses immunités parlementaires.

Cette procédure fait suite à un réquisitoire de l’Auditeur général près la Haute Cour militaire, transmis au Sénat et demandant l’autorisation de poursuites contre l’ancien chef de l’État, soupçonné d’actes qualifiés de trahison. La commission, composée de 40 membres et présidée par le sénateur Christophe Lutundula, doit remettre son rapport final le 21 mai.

Mais cette démarche ne fait pas l’unanimité. L’Observatoire de la dépense publique (ODEP) s’y oppose fermement. Son président, Florimond Muteba, l’a déclaré le jeudi 15 mai lors d’une conférence de presse à Kinshasa, alors même que le Sénat examinait le réquisitoire. Pour lui, « le moment n’est pas approprié pour lever les immunités de Joseph Kabila », dénonçant une procédure biaisée :

« Sans avoir été jugé, condamné, le ministre de la Justice a ordonné les pillages de propriété de Joseph Kabila. C’est un citoyen qui a le droit d’être défendu par un État de droit. On a même violé ses domaines à Lubumbashi. Si nous voulons une paix durable, nous devons veiller à la cohésion nationale. »

Florimond Muteba appelle le président Félix-Antoine Tshisekedi à dialoguer avec son prédécesseur pour désamorcer la crise :  « Aujourd’hui, il est plus facile d’aller dialoguer avec l’émir du Qatar qu’avec celui qui vous a cédé en paix le fauteuil présidentiel. La cohésion est menacée. Si elle est menacée, le dialogue intercongolais ne pourra pas se faire. »

Du côté politique, Francine Muyumba, cadre du PPRD, rejette également la démarche du Sénat :

« Les immunités de Joseph Kabila lui sont accordées en vertu de son statut d’ancien Chef de l’État, non en tant que sénateur. Le Sénat n’a donc aucune base légale pour lever cette protection. Cette initiative devrait être rejetée dès la phase de recevabilité. »
Elle craint que cette démarche ne compromette davantage l’unité nationale :

« Le gouvernement choisit d’alimenter les divisions internes au lieu d’y apporter des solutions. »
Laurent Onyemba, avocat de plusieurs opposants, parle d’un « recul démocratique sans commune mesure », estimant que la dissolution envisagée du PPRD — au même titre que celle de l’UDPS — serait une atteinte à l’équilibre politique du pays :

« Le PPRD est un patrimoine national comme l’UDPS/Tshisekedi. »
La situation s’envenime aussi sur le plan judiciaire. Des biens de Joseph Kabila ont été saisis, son siège politique restitué à une propriétaire spoliée, et il a été publiquement accusé par Félix Tshisekedi d’être derrière l’AFC. Kabila, resté discret, a été aperçu pour la dernière fois aux côtés de l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo.

Pour Me Jean-Claude Katende, les preuves présentées dans le réquisitoire sont faibles :

« Des témoignages d’un prévenu et une interview… ce n’est pas suffisant pour garantir un procès juste. Son sort est déjà scellé ».  Il dénonce une « application sélective des lois » : « L’Auditeur général se réfère aux articles 5 et 9 de la loi sur les anciens présidents, tout en ignorant volontairement l’article 8, qui exige que la demande de poursuite soit soumise au Congrès et non au Sénat. Cela révèle une démarche biaisée, marquée par une volonté manifeste de raccourci juridique et un manque d’indépendance ».

Au nombre d’autres réactions de pro-pouvoir, l’on note le député honoraire Adrien Phoba. Ce dernier a appelé à laisser la justice suivre son cours, en insistant sur le fait que le statut de sénateur à vie ne doit pas être synonyme d’impunité. « Nul n’est au-dessus de la loi. Ce pays ne doit plus être dirigé par des symboles d’intouchabilité. Le Sénat doit faire primer la République », a-t-il martelé.

Adrien Phoba a, par ailleurs, dénoncé les manœuvres de certains sénateurs qui, selon lui, utilisent des logiques tribalo-ethniques pour bloquer les poursuites contre l’ancien président. Il rappelle que la loi du 26 juillet 2018, qui définit le statut des anciens chefs d’État, garantit certes des droits, mais impose également des devoirs envers la nation.

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