Le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major de l’armée ougandaise (UPDF) et fils du président Yoweri Museveni, est arrivé ce vendredi à Kinshasa dans le cadre de l’évaluation et du renforcement de l’opération militaire conjointe Shujaa.
Ce déplacement stratégique intervient à la veille de la signature d’un mémorandum d’entente révisé, destiné à prolonger et optimiser les opérations conjointes entre la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda contre les Forces démocratiques alliées (ADF).
Lancée le 30 novembre 2021, l’opération Shujaa a pour objectif de neutraliser les ADF, un groupe armé actif dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, accusé de multiples massacres de civils en RDC et d’attentats terroristes en Ouganda. Depuis son lancement, les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et l’UPDF ont mené plusieurs offensives conjointes, détruisant des bastions importants de la rébellion, notamment entre Beni, Irumu et Mamove.
En septembre 2024, une opération de grande envergure a permis la destruction d’une base ADF située entre les villages de 47 et Kota-Okola. Malgré ces avancées, des défis majeurs demeurent. Des rapports indépendants comme ceux du Groupe d’Étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli avaient qualifié en 2022 les résultats de “mitigés”, évoquant des contraintes logistiques et un déficit de coordination entre les deux armées.
La signature du nouveau mémorandum ce samedi 21 juin 2025 entre le général Muhoozi et son homologue congolais, le lieutenant-général Jules Banza, chef d’état-major général des FARDC, devrait permettre une relance coordonnée des efforts militaires sur le terrain. Selon l’armée congolaise, l’accord comprend une meilleure répartition des tâches, un partage renforcé des renseignements et une gestion commune des zones d’opérations.
Dans une vidéo publiée par les services de communication des FARDC, les responsables militaires soulignent que cet engagement renouvelé vise à « accroître l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme dans l’est du pays ».
La visite de Muhoozi à Kinshasa intervient également dans un contexte diplomatique tendu. Le général ougandais, très actif sur les réseaux sociaux, s’est attiré plusieurs critiques de Kinshasa. En janvier dernier, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, avait qualifié ses propos de « déclarations inconsidérées », exigeant des clarifications officielles. Muhoozi avait notamment mis en garde contre la présence de « mercenaires blancs » aux côtés des FARDC, provoquant l’indignation du gouvernement congolais.
Son nom a aussi été mentionné dans l’affaire judiciaire impliquant Corneille Nangaa et les membres de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), où l’un des prévenus affirmait que Muhoozi leur avait fourni un lieu d’hébergement lors de leurs séjours en Ouganda.
Malgré ces controverses, Kinshasa et Kampala poursuivent leur coopération sécuritaire dans une région toujours marquée par l’instabilité. Le sommet de ce samedi pourrait ainsi marquer une étape décisive dans la refondation d’un partenariat militaire efficace, dans l’intérêt d’une paix durable dans la région des Grands Lacs.
AKAMUS

