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Économie

Coopération : l’économiste Éric Kamba révèle les axes manqués de la visite de l’Emir du Qatar en RDC !

L’arrivée à Kinshasa de Son Altesse Sheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, l’Émir du Qatar, pour sa première visite officielle en République démocratique du Congo (RDC), a été marquée par un accueil chaleureux et la signature de six accords bilatéraux dans divers secteurs stratégiques. Mais pour l’économiste et analyste Éric Kamba, cette rencontre aurait pu être beaucoup plus décisive pour l’avenir économique du pays.

Après avoir été reçu à l’aéroport par le Président Félix Tshisekedi, l’Émir et le Chef de l’État congolais se sont rendus à la Cité de l’Union Africaine pour un entretien en tête-à-tête. Au cours de cette rencontre, le Président Tshisekedi a remercié l’Émir pour ses efforts de médiation dans le processus de Doha, aboutissant à la signature d’un accord-cadre entre le gouvernement de la RDC et la coalition AFC/M23.

Dans une tribune récente, M. Éric Kamba critique la gestion de cette visite par les autorités congolaises. Selon lui, les accords signés restent essentiellement protocolaires et ne répondent pas aux besoins stratégiques urgents du pays. Il déplore notamment l’absence de priorisation dans des secteurs structurants tels que l’infrastructure, l’urbanisation, l’industrialisation et la diversification économique.

« Malheureusement, les priorités mises en avant lors de cette rencontre n’ont pas reflété les besoins urgents de la RDC, ni les opportunités qu’un partenariat stratégique avec le Qatar aurait pu offrir dans les secteurs structurants de l’économie. Il est regrettable de constater que certains responsables publics  pourtant détenteurs de portefeuilles économiques majeurs se montrent peu réceptifs aux nouvelles idées, aux innovations stratégiques et aux contributions intellectuelles indépendantes. Le refus du Ministre concerné de recevoir un exemplaire gratuit de mon ouvrage « Le Modèle Dubaï : Une stratégie de reconstruction pour un Congo moderne » en est une illustration frappante », explique Eric Kamba.

Et de poursuivre :

« Si le gouvernement avait pris le temps de s’inspirer du modèle de Dubaï, il aurait pu attirer davantage d’investissements, transformer nos villes et moderniser notre gouvernance ».

L’analyste pointe également un problème plus large : la gouvernance réactive du pays, qui empêche la formulation de priorités stratégiques et freine l’innovation. Selon lui, tant que certains responsables resteront enfermés dans le statu quo et la peur des idées nouvelles, « la RDC continuera à saisir les opportunités à moitié ».

Toujours dans sa tribune, il propose cinq axes stratégiques qui auraient pu être présentés lors de la visite de l’Émir :

  1. Créer des Zones Économiques Pilotes (ZEP) inspirées des free zones de Dubaï.
  2. Lancer un plan national d’infrastructures stratégiques incluant routes, corridors logistiques et projets énergétiques.
  3. Moderniser et digitaliser la gouvernance économique pour plus de transparence et d’efficacité.
  4. Développer un programme d’urbanisation moderne incluant logements sociaux et transport public.
  5. Créer un cadre d’accueil pour les fonds souverains étrangers, comme le Qatar Investment Authority.

Selon M. Kamba, aucun de ces axes n’a été intégré dans les accords signés, laissant une occasion stratégique inexploitée.

Pour Éric Kamba, le Congo mérite mieux que l’immobilisme bureaucratique. Il insiste sur l’importance de capitaliser sur les idées et expertises indépendantes, nationales ou diasporiques, pour bâtir un Congo moderne et compétitif sur la scène internationale.

« Les nations qui se développent savent tirer parti des talents et des idées. La RDC doit impérativement rejoindre ce cercle », conclut-il.

Rappel 

Six protocoles d’entente et accords bilatéraux ont été signés entre la RDC et le Qatar  lors des séjours de L’Émir Sheikh Tamim Ben Hamad Al Thani à Kinshasa. Il s’agit de :

  1. La coopération portuaire entre Qatar Ports Management Company “Mwani Qatar” et l’ONATRA.
  2. La coopération juridique entre les ministères de la Justice des deux pays.
  3. l’exemption de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et spéciaux.
  4. Du partenariat pour le projet multisectoriel d’urgence en Sud-Kivu avec le Qatar Fund for Development.
  5. De la coopération dans les domaines de la jeunesse et du sport.
  6. des consultations politiques sur les questions d’intérêt mutuel entre les ministères des Affaires étrangères.

AKAMUS

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